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  • Pablo trouve un trésor, Andrée Poulin et Isabelle Malenfant

    Date: 2014.10.12 | Catégories: Album, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour aller plus loin | Commentaires: 0

    PabloVous le savez, j’ai un faible pour Carré blanc, l’excellente collection publiée chez Les 400 coups et dont le mandat est défini comme suit sur leur site: Quand le cercle noir devient-il carré blanc ? Lorsqu’il nuance son point de vue. Par des textes dérangeants et des illustrations fortes, cette collection veut sensibiliser les enfants à ce qui constitue l’humanité.

    En 2012, Tu me prends en photo m’avait grandement marqué. Et plusieurs autres avant: Le tricycle de Sinichi, Fidèles éléphants, Rose Blanche, Au secours les anges (que je ne peux lire sans m’effondrer), Ma maman du photomaton, Nul poisson où aller (d’accord, lui ne fait pas partie de la collection, mais je ne comprends pas trop pourquoi).

    Donc, Pablo vit dans ce qui semble être une grande ville au sud de l’Amérique du Nord. Il se rend à la décharge tous les jours avec sa grande sœur afin de dénicher des détritus réutilisables ou recyclables qu’il vendra pour les nourrir, lui, sa mère et sa sœur. Mais sur la montagne, Grand Sale règne en maître et contraint, par la force, les plus faibles à lui remettre les trésors trouvés. Pablo pense avoir déniché quelque chose qui leur permettra de se payer le luxe d’un poulet entier pour sa sœur et d’une gâterie – un livre – pour lui. C’est sans compter les yeux experts et les points cogneurs de Grand Sale. Je ne vous dirai pas la fin, mais contrairement à plusieurs fins d’album Carré blanc, celle-ci est lumineuse et placée sous le signe de la joie.

    C’est un livre magnifique, par le texte et par l’image. L’utilisation de pastels aux couleurs terreuses, au fini un peu sale, rend très justement l’ambiance et permet de bien deviner le milieu de vit des enfants. Pas étonnant que le livre soit finaliste au Prix du gouverneur général 2014 pour ses extraordinaires illustrations!

    Vous vous demandez peut-être comment utiliser cet album, dans quel contexte le lire? Je suis de l’école voulant qu’on mette rapidement les enfants en contact avec les réalités du monde qui les entoure – pas en leur montrant les images catastrophes aux nouvelles, mais en discutant avec eux. J’ai lu ce livre à ma fille de 5 1/2 ans et à mon fils de presque 8 ans plusieurs fois cet été – à leur demande – et depuis, ils y font régulièrement référence lorsqu’on parle de toute autre chose: de l’argent qu’on a et de celui qu’on n’a pas (« dans le livre, les enfants, c’est sur qu’ils n’ont pas d’argent pour suivre des cours au service de garde »), des enfants qui vivent d’autres réalités que la leur (« maman, nous on est chanceux de pouvoir aller à l’école en auto quand il pleut, les enfants du livre, eux, ils doivent aller dans les montagnes de poubelles sous la pluie- maman, Est-ce que ça veut dire qu’ils ne vont pas à l’école? Et le petit garçon il rêve quand même d’avoir un livre!), de la nourriture saisonnière actuellement disponible (c’est pas grave maman si on peut pas avoir des fraises en hiver, Pablo lui n’en a surement jamais mangé). Ça les a marqués, particulièrement ma fille. C’est comme si l’histoire continuait à vivre en elle et lui permettait d’actualiser sa compréhension du monde à chaque nouvelle donnée enregistrée.

    Un grand livre qui nous habite longtemps – et qui semble les habiter, eux, nos petits privilégiés, ecore plus longtemps.

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