Articles taggués ‘Mort’

  • Anka, Guillaume Guéraud

    Date: 2013.03.04 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Guillaume Guéraud, c’est Je mourrai pas gibier, un livre coup de poing qui a fait parler de lui il y a quelques années, notamment lorsqu’il a été adapté en bande dessinée. C’est un autre livre dur – mais nécessaire. Qui vous harcèle longtemps, vous pousse à chercher une faille quelque part. Une solution qui aurait été possible. Une autre avenue qu’aurait pu prendre le personnage principal. Je ne vous en ai jamais parlé parce que je l’ai lu bien avant de commencer ce blogue. Si vous avez envie d’en lire une critique – dont je partage les opinions – allez voir sur Sophielit. Et empruntez le livre, vous en sortirez déboussolé.

    Encore un long préambule pour vous expliquer comment Anka s’est démarqué dans le rayon des nouveautés de ma bibliothèque. Tiens, Guillaume Guéraud, ça me dit quelque chose….

    Anka, Guillaume Guéraud anka

    Dès les premières pages, on reconnaît le style direct de l’auteur. Nous sommes directement dans la tête du personnage principal – et on commence déjà à y étouffer. Marco, adolescent de 14 ans, est seul à la maison. Des policiers débarquent et lui annoncent, sans ménagement, que sa mère est morte et que son père doit venir identifier le corps. Ils repartent et 5 minutes plus tard, sa mère rentre à la maison. Ces 5 minutes auront suffi pour que Marco réalise ce qu’il a – et a failli perde. L’amour maternel, la tendresse de quelqu’un qui se préoccupe, qui s’intéresse.

    Alors, qui est cette femme morte? C’est une Roumaine que le père, en manque d’argent, a épousée 10 ans plus tôt. Elle est morte seule, dans un parc. Personne dans la famille n’en fait de cas, sauf Marco. Cette jeune femme l’obsède, il veut la connaître, comprendre sa vie. Elle brûle en lui depuis qu’il a vu sa photo.

    Et plus il en apprend sur elle, son arrivée au pays, l’exploitation par la notaire chez qui elle faisait le ménage, son propriétaire, le truand qui lui a trouvé un mari pour les papiers, jusqu’aux petits cons qui sonnaient chez elle pour se faire faire une pipe à 5 euros, plus la rage et le besoin de cogner montent. Est-ce le choc d’avoir réalisé, en 5 minutes, que certains sont aimés et choyés, alors que d’autres sont totalement seuls et oubliés, qui le fait perdre ses moyens? Quoi qu’il en soit, il les perd, et c’est brutal, et ça fesse.

    Le roman est porté par deux voix qui s’alternent. Un chapitre au « je », dans la tête de Marco. Un chapitre à la troisième personne, où on découvre des brides de la vie d’Anka, de ses derniers instants surtout. C’est court, 109 pages intenses et puissantes. Qui nous donne, à nous aussi, envie de cogner.

  • Quelques minutes après minuit, Patrick Ness

    Date: 2013.02.06 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Ça fait longtemps que je n’avais pas écrit, pas ressenti le besoin impératif de parler d’un livre. J’avais besoin d’un choc, je crois…

    Quelques minutes après minuit, Patrick Ness

    Est-ce parce que je suis à nouveau maman, mais plus intensément que jamais peut-être, parce que c’est la dernière fois, que cette histoire me bouleverse à ce point? Je ne pense pas. Parce qu’il m’est arrivée cette histoire, comme à plusieurs d’entre vous sûrement, il y a longtemps déjà? Non.  L’oeuvre en soi est puissante. Universelle. Nous avons tous un monstre qu’on appelle à l’aide à la fin. Lorsque même tout l’amour du monde n’y tient plus.

    « Les histoires sont des créatures sauvages. Quand tu les libères, qui sait ce qu’elles peuvent déclencher? »

    C’est l’histoire de Conor, un adolescent dont le père est parti vivre loin, de sa mère, qui lutte contre un cancer, et d’un arbre monstrueux qui le visite. Il vient la nuit, à 12h07, pour lui raconter des histoires. Tout le monde aime se faire raconter des histoires, mais les siennes se terminent bien différemment de ce à quoi on s’attendrait. À la fin, c’est Conor qui devra lui raconter la sienne. Son histoire, sa vérité, celle du cauchemar qui le hante depuis le début de la maladie.

    C’est aussi une histoire d’intimidation et de résistance, d’amour et de haine, d’amitié et de rejet, de vérité et de mensonge. C’est une histoire qui fait mal à lire parce qu’on est juste humain et que c’est dur de n’être que cela. Je n’en dirai pas plus sur le contenu, allez le lire. Vraiment. C’est magnifique. Et très bien écrit en plus. Une écriture enveloppante, qui nous brusque et nous réconforte à la fois. Poétique et brutale.

    L’objet-livre

    Le contenant aussi, est magnifique. Le roman est remarquablement illustré par Jim Kay. En noir et blanc, avec un trait puissant où l’on sent toute l’agressivité de l’enfant. Les dessins rajoutent à l’ambiance ténébreuse de l’ensemble et nous aide particulièrement à cerner ce personnage de monstre-arbre tout en nuance. J’achète rarement un livre, mais j’achèterais celui-ci pour prendre le temps de contempler les illustrations, tout comme je l’avais fait pour Ophélie de Charlotte Gingras.

  • Sur la mort … la suite

    Date: 2011.10.04 | Catégories: Pour aller plus loin, Roman enfant, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Tel que promis dans un article précédent, voici ma sélection de romans et d’albums, pour petits lecteurs, sur le délicat thème de la mort. Je constate toute la richesse de cette thématique qui a été magnifiquement traitée par les auteurs. Je traiterai donc dans un autre article des livres destinés aux adolescents.

    Ma meilleure amie, Texte de Gilles Tibo et illustrations de Janice Nadeau
    Est-ce vraiment possible, que la mort soit vue par un enfant comme sa meilleure amie? Qu’elle s’immisce dans la vie comme une vieille connaissance qu’on attend avec impatience? Peu importe, je pense que la lecture d’un tel livre peut aider les enfants à changer leur vision de la mort ou du moins à l’appréhender avec moins de crainte. Ici, elle n’est ni violente, ni “sans cœur”. Elle n’est animée d’aucune haine et ne fait pas son travail avec plaisir. La mort est triste.

    Dans ce livre hybride, à mi-chemin entre l’album et le premier roman, un jeune garçon hospitalisé découvre la mort dans les couloirs de l’hôpital, où elle passe à travers les murs. Alors qu’il a très mal, il lui demande de l’emporter, mais elle l’ignore. Puis, un soir, elle entre dans sa chambre. Il a alors moins mal et lui dit de revenir un autre jour. Ce qu’elle fait. Il lui offre de l’eau, lui parle, la fait rire… et découvre toute la tristesse et la peine de la mort. Chaque nuit, elle revient et l’enfant l’apprivoise. Chaque nuit, elle se rapproche de lui, jusqu’à s’étendre dans son lit. Il la réchauffe et la réconforte. Elle lui parle de la vie qui ne pourrait exister sans elle. Il lui demande de ne pas l’emporter tout de suite, à cause de ses parents, qui ne sont pas prêts. Il leur parle de la mort sans laquelle la vie ne pourrait exister, mais ils ne comprennent pas (est-ce qu’un parent peu vraiment comprendre?).

    Un soir, il lui demande où elle ira lorsqu’elle l’aura apporté au pays des rêves? Aura-t-elle un autre ami? Cette fois-là, la mort ne dort pas de la nuit dans le lit de l’enfant. Pour connaître la suite, il faudra lire le livre.

    Un mot sur les illustrations de Janice Nadeau avant de passer à un autre livre: elles sont magnifiques. Comme toujours dans son travail, la ligne et la couleur nous livrent en elles-mêmes le propos même du livre. La mort, ambivalente, est représentée toute en courbe. Les parents, unis et convaincus de la survie de l’enfant, sont composés de lignes droites et solidement campés. Et au travers de leurs vêtements gris, des notes de jaunes percent leur espérance. Et la mort, toute en gris, a les mains rouges. L’enfant aussi porte un pyjama rouge, couleur à la fois de la mort, du sang, et de la chaleur de la vie. Le gris et le noir sont les couleurs dominantes, mais ce sont les touches de rouges, de jaunes et de verts (la vie, l’amitié, l’espoir) dont on se rappelle. Des images, comme du texte, ressortent une impression de sérénité, de sursis et de chance incroyable d’être en vie.

    La chambre vide, Gilles Tibo
    Cet auteur semble avoir un talent particulier pour traiter des sujets délicats. Je pense à tous les titres qu’il a publié dans la collection “Ma petite vache a mal aux pattes” chez Soulières Éditeur. Ici, je veux vous raconter comment La chambre vide m’a touchée. Ici, la mort a bel et bien frappé. On ne connaît pas le disparu, c’est à travers les yeux de son petit frère qu’on vit la perte. Et elle est immense. L’enfant ne vit plus sans lui. Ses parents non plus. “Notre peine est comme l’eau d’un robinet: il en coule, il en coule et il en reste toujours dedans.” Il le cherche dans ses souliers, dans son lit, dans le miroir.  Un matin, ils prennent le bus pour rencontrer le monsieur qui conduisait la voiture qui a heurté l’enfant, qui courrait trop vite derrière son ballon. Le monsieur aussi ne vit plus, tout comme sa femme et sa fille. Devant la télévision, l’enfant accuse la fillette: “Ton père a tué mon frère” . Elle lui répond: “Mon père est entrain de mourir d’avoir tué ton frère”. Je ne vous dis pas la suite, allez lire ce livre magnifique petit bouquin, armés de votre boîte de mouchoir. Tout comme du titre précédent, il émane de celui-ci une note d’espoir et une envie de vivre plus fort.

    Christophe au grand coeur, Nathalie Loignon
    Ouf, il est dur ce livre. Une belle leçon de vie donnée par un petit garçon de 9 ans et dix mois à qui l’on n’a pas trouvé de cœur d’enfant mort pour remplacer le sien. Il ne choisit pas la mort, mais comme il ne peut pas faire autrement, autant être content. Il aime la vie et les tournesols, la mer et les poissons-volants. Et son chat, Catimini. Et son papa. Et Céline, la copine de celui-ci. Il sait qu’il volera au-dessus des maisons, comme sa maman décédée quelques années auparavant. Qu’il ne vivra plus que dans le ciel, alors que maintenant, il se promène entre la maison et l’hôpital. Pas de drame dans le regard de l’enfant, juste la vie qui s’arrête.

    Ici, tout est atmosphérique et doux. On se laisse bercé par le récit de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi tout le monde s’en fait autant avec la mort. La langue est poétique et imagée, comme ces paroles d’enfant qui contiennent l’essentiel et nous fouettent parfois.

     

    J’aurais aimé vous parler de plusieurs autres livres. D’Au revoir Camille!, de Sylvie Desrosiers et de À la vie, à la..., de Marie-Sabine Roger, d’autres livres sur la maladie et la mort des enfants. De Les couleurs de ma mère, de Francine Caron et de Ma maman du photomaton, de Yves Nadon, des albums que j’ai oublié de mentionner dans le précédent article et qui traitent de la mort d’une maman. Mais il faut bien s’arrêter… ma boîte de mouchoir est vide.

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