Articles taggués ‘Leçon de vie’

  • Le coeur et la bouteille, Oliver Jeffers

    Date: 2011.06.20 | Catégories: Album, La maman aime, Pour aller plus loin, Vie de tous les jours | Commentaires: 2

    J’ai lu cet album pour la première fois alors que je choisissais les livres pour enfants que ma bibliothèque allait acquérir l’année dernière. Je me rappelle avoir pris le temps de lire l’album au complet (ce qu’on fait rarement étant donné qu’on n’a qu’une journée pour parcourir plusieurs centaines de volumes) et d’en avoir été bouleversée. Il m’a suivie longtemps… puis j’ai accouché et été prise dans le tourbillon du quotidien. C’est pourquoi j’étais vraiment contente qu’on me rappelle son existence il y a quelques temps, lors d’une activité du CQRLJ.

     

    Le coeur et la bouteille, Oliver Jeffers

    C’est une histoire toute simple racontée en peu de mots. L’histoire passe à travers les charmantes illustrations. La première phrase nous parle d’une enfant: « C’est l’histoire d’une petite fille comme les autres, qui avait dans la tête toutes les curiosités du monde. » Les images nous présentent sa relation privilégiée avec son grand-père. On le voit marchant avec la fillette dans la forêt, puis lui expliquant mille et une choses bien calé dans son fauteuil rouge, un livre entre les mains. Cette double page est extraordinaire, car le texte parle de curiosité alors que les questionnements de l’enfant, et les réponses du grand-père, sont illustrées dans des bulles liées aux personnages. On devine une ébullition d’idées, une scène très animée. On voit ensuite sa curiosité pour les étoiles, pour la mer, etc. Et chaque fois, le grand-père est là pour expliquer. Puis arrive cette double-page blanche où l’on voit l’enfant dessiner et courir vers ce qu’elle voit hors cadre, et qu’on devine être le grand-père, pour montrer son œuvre. La déchirure s’opère à la page suivante alors que l’enfant découvre le fauteuil rouge vide.

    La demoiselle décide de protéger son cœur en le glissant dans une bouteille, qu’elle porte au cou. Puis tout change, elle ne s’intéresse plus à rien. Elle grandit sans curiosité, son cœur bien à l’abri. Elle raconte alors une enfant avec cette même curiosité qui l’animait. La fillette lui pose une question à laquelle elle ne sait pas quoi répondre sans son cœur. Avant, elle aurait su. Elle décide de sortir son cœur, mais comment faire? Elle essaie de casser la bouteille de plusieurs façons, rien n’y fait. C’est une toute petite main d’enfant qui a finalement la solution. Le cœur reprend sa place et le fauteuil n’est « plus aussi vide désormais. Contrairement à la bouteille. »

    J’ai été surprise de la réaction de mon grand Arthur, 4 1/2 ans, face à cette histoire. Depuis quelques mois déjà, il me questionne sur la mort. En fait, c’est depuis que Mamie lui a dit que son père à elle était mort. En lisant cette histoire avec lui, j’ai découvert qu’il comprenait très bien pourquoi la petite fille était triste (Parce que son papi est mort maman!). Lorsque je lui ai demandé comment il l’avait deviné, il m’a répondu: « sa chaise est vide et il n’y a plus de livre dessus, c’est qu’il est mort ». Bien qu’il ne soit mentionné nulle part dans le texte la raison de l’enfermement du cœur dans la bouteille, je me suis risquée à lui demander pourquoi la petite fille faisait ça: « mais parce qu’elle a trop de peine ». Et à la fin de l’album, je lui ai demandé pourquoi le fauteuil n’est plus vide maintenant: « parce qu’avec son cœur, elle est capable de recommencer à lire des livres et à apprendre des choses comme elle le faisait avec son papi. »

    C’est qu’il avait tout compris! Une fois de plus, je m’émerveille devant la puissance des livres, de la relation texte-image et de comment un livre ouvre sur une multitude de possibles. Ce livre a fait sur mon Arthur exactement ce que les livres font sur la jeune fille de l’histoire, la faire grandir un peu plus, l’ouvrir sur autre chose, lui expliquer le monde. En fait non, pas le lui expliquer. Lui donner une piste pour qu’il en trouve l’explication lui-même. Un grand livre pour tous je dirais.

     

  • La Ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain

    Date: 2011.05.13 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 2

    Aujourd’hui, je vous révèle une de mes sources lorsque je suis à la recherche de nouveautés à lire: le blogue de la librairie Monet (Le délivré). La librairie publie un article mensuel faisant un retour sur les dernières parutions et les titres qui se démarquent. Quand je ne sais plus quoi lire, je me tourne vers leur blogue pour des idées et c’est là que je suis tombée sur Sean Hopper.

    La Ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un livre dur. Très dur. À l’image de ce Sean Hopper qui semble être une brute dénuée de sentiments. Car la ballade dont il est question ici, c’est un double aller-retour de l’enfer au paradis. Et celui qui y va n’est pas le petit garçon d’une dizaine d’année qu’on voit sur la couverture mais bien un trentenaire dit « Le tueur », boucher-responsable de la mise à mort des troupeaux à l’abattoir. Et le garçon? C’est le narrateur et voisin, l’observateur externe qui nous raconte la ballade à travers ses yeux d’enfants, qui finalement comprennent davantage que les autres adultes de l’histoire et racontent infiniment bien.

    Sean Hopper est un homme dur qui ne parle pas. Allergique aux sentiments, à l’humanité en général et aux enfants en particulier. Tous le craignent dans le village. Pourtant, Bonnie l’aime et vit avec lui. En cachette, elle s’occupe de Bud, le petit narrateur, dont la grand-mère mourante (une indienne qui lui a appris à écouter la nature qui l’entoure et à en tirer mille usages) vit davantage dans le monde des esprits que dans celui de l’enfant. Mais un jour Bonnie part car Sean l’a frappé. Il boit trop et conduit saoul. Un accident va le changer au-dedans, mais de l’extérieur rien ni paraît alors tous continuent à le craindre. Et surtout, il en sort incapable de tuer, de faire son travail.

    Comment s’en sortir alors que ce qu’il voulait le plus était justement d’y rester? Le destin de Sean Hopper ne s’est pas accompli encore et des nœuds restent à être dénoués. Sous toute sa violence et sa haine viscérale des enfants se cachent des blessures profondes qui, sans justifier, expliquent. Je n’ai pas vu venir la fin, le dénouement, qui m’a rentré dedans sur un banc du Parc Lahaie à Montréal, par une des premières belles journées du printemps. Ruisselante de larmes, avec un bébé endormis dans sa poussette qui ne se doutait pas de toutes les émotions qui chamboulaient sa maman. Un livre puissant, doux-amer, qui laisse une petite aigreur au cœur.

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