Archives pour la catégorie ‘Roman’

  • Le cri de Léa, Jean-François Sénéchal

    Date: 2013.04.08 | Catégories: Adolescent, Amour, Réaliste, Roman | Commentaires: 1

    Ce livre m’a fait réaliser à quel point j’aime les romans urbains. Les histoires où la ville elle-même devient un personnage bien plus qu’un décor. Une ville qui vie, qui souffre, déchirée et déchirante. Miroir des personnages, toujours intenses, qui sont mis en scène dans les romans pour ado.

    Le cri de Léa, Jean-François SénéchalLe cri de Léa

    La Léa du titre a le vague à l’âme. Premier chagrin d’amour qui frappe une jeune adolescente déjà ébranlée par la vie (mère inexistante, père souvent absent). Elle s’emmure en silence dans ses écouteurs et ne survit plus qu’à travers les mots des autres. Les disques sont ses antidépresseurs, qui réussissent à peine à lui tenir la tête hors de l’eau. Heureusement, il y a sa grand-mère (comme j’aime les grand-mères!), dont les bras l’enveloppe et la retienne à la vie, l’enracine comme ils peuvent dans une réalité passablement difficile.

    Il y a aussi William, jeune réfugié d’une terre tremblante où il a vu l’homme se transformer en animal, et ne s’en est toujours pas remis.

    Et finalement, il y a le « poseur de monstre ». Un itinérant-artiste qui fabrique des sculptures en métal et les « lâche » dans la ville à l’aurore.

    Un jour, leur destin se croise tragiquement, suite à quoi les monstres se mettent à crier les mots de ceux qu’on n’écoute pas. Ce qui chamboule l’ordre et les forces qui le régentent. La ville, le monde, se divise entre ceux qui veulent écouter et ceux qui veulent qu’ils se taisent. S’ensuit une quête à travers la ville, ses toits et ses ruelles, ses beaux quartiers et ses parcs malodorants, liée à l’instinct de survie des deux jeunes.

    Je ne vous en dirai pas plus, pour préserver votre droit à l’émotion, qui est très vive tout au long de cette courte histoire. Une histoire emplie d’espoir malgré tout. Avec des mots très beaux, une langue poétique. Et des thèmes effleurés dans le mystère, où tout n’est pas dit, mais plutôt suggéré. Mais je ne crois pas que le roman s’adresse nécessairement à de « vieux » ados. William a 14 ans et l’amour n’est pas l’apanage des jeunes du cégep. Chaque âge portera un regard différent sur l’histoire et ses multiples thèmes (l’abandon, la maladie, les laissez pour compte, l’amour, la désobéissance civile, les réfugiés, l’art, l’activisme social, etc). À chaque âge sa raison de vouloir crier.

    *****

    Comme je le disais en introduction: j’aime l’urbanité dans les livres. Même si elles sont divinement bien écrites, les histoires campagnardes me touchent rarement. C’est probablement pourquoi j’accroche aux dystopies, qui se passent pratiquement toujours dans un futur en manque d’espace où les hommes vivent les uns sur les autres. C’est aussi pourquoi, parmi tous les titres de Charlotte Gingras (une de mes – sinon mon – auteurs préférés), La fille de la forêt occupe une place particulière pour moi. Car même si le titre souligne l’importance de la nature dans le roman, c’est d’abord de la faune urbaine dont il est question.

  • Max, Sarah Cohen-Scali

    Date: 2013.03.19 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 1

    Vous avez dû remarquer que j’ai tendance à préférer les livres qui mettent en scène de cruelles réalités. Tout est ici dans le « mettent en scène ». Ces livres parlent de réalités probables sans relater des histoires véridiques. La distance entre le probable et le véritable me maintient dans une zone floue où ma conscience s’éveille dans une douleur tolérable. Par contre, je tombe parfois sur des Max…. et ça fait mal.

    Max, Sarah Cohen-Scali

    Max, c’est un pur produit aryen. Né de l’union mécanique d’une Allemande aux proportions parfaites, sélectionnée suite à une batterie de tests, et d’un haut gradé de l’armée. Et il n’est pas le seul…. mais il est le premier à naître grâce à la mise en place de ce programme: Lebensborn. En tant que tel, il se retrouve à en être la mascotte. Il est baptisé par Hitler lui-même! Il est élevé dans différentes institutions en tant que pupille de l’État. Il se plaît à dire que sa mère, c’est l’Allemagne, et son père, le Führer. Sa vie semble toute tracée, le Reich ouvre la voie à mille ans de bonheur. Mais ce n’est pas ce qui se passe, l’histoire nous le dit.

    Peut-être que je suis une des seules qui ne connaissait pas le programme Lebensborn. Lorsque j’ai lu la 4e de couverture de ce livre, j’ai cru à un ouvrage de science-fiction. À la moitié du livre, je n’ai pas pu me retenir et suis allée lire l’épilogue (ce que je ne fais jamais). Je suis tombée des nues. Si le héros est inventé, le contexte ne l’est pas. Le programme Lebensborn a vraiment existé. Mon mari, lui, le connaissait (il en sait trop sur l’histoire, c’est frustrant à la fin!).

    Mais le livre, c’est beaucoup plus que la description de l’aberration que fût ce programme visant à régénérer la race aryenne. C’est le parcours, l’endoctrinement d’enfants qui n’ont pas commis les fautes de leurs parents. C’est une suite de questions que se pose Max, dont les certitudes, pourtant puissamment ancrées dans tout ce qu’il est,  sont ébranlées par différentes rencontres avec le peuple hais. Et c’est aussi la déchéance du peuple allemand alors que Berlin est assiégé.

    Je ne dirais pas que c’est un grand livre, je dirais que c’est un livre nécessaire qu’on peut difficilement lâcher. Nous avons tous lu le Journal d’Ann Frank. Vu La liste de Schindler ou La vie est belle. Ici, on traverse les barbelés pour découvrir l’enfance des jeunes aryens. C’est une enfance rouge sang qui laisse un goût ferreux dans la bouche.

    *****

    Si vous avez envie de lire (boîte de mouchoirs en main) un magnifique livre sur le thème, je vous suggère: Le garçon au pyjama rayé, de John Boyne. Pour le regard d’un jeune Allemand totalement innocent (à l’inverse de celui de Max) porté sur cette guerre. Il y a aussi le très bel album Rose Blanche, de Roberto Innocenti.

  • Anka, Guillaume Guéraud

    Date: 2013.03.04 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Guillaume Guéraud, c’est Je mourrai pas gibier, un livre coup de poing qui a fait parler de lui il y a quelques années, notamment lorsqu’il a été adapté en bande dessinée. C’est un autre livre dur – mais nécessaire. Qui vous harcèle longtemps, vous pousse à chercher une faille quelque part. Une solution qui aurait été possible. Une autre avenue qu’aurait pu prendre le personnage principal. Je ne vous en ai jamais parlé parce que je l’ai lu bien avant de commencer ce blogue. Si vous avez envie d’en lire une critique – dont je partage les opinions – allez voir sur Sophielit. Et empruntez le livre, vous en sortirez déboussolé.

    Encore un long préambule pour vous expliquer comment Anka s’est démarqué dans le rayon des nouveautés de ma bibliothèque. Tiens, Guillaume Guéraud, ça me dit quelque chose….

    Anka, Guillaume Guéraud anka

    Dès les premières pages, on reconnaît le style direct de l’auteur. Nous sommes directement dans la tête du personnage principal – et on commence déjà à y étouffer. Marco, adolescent de 14 ans, est seul à la maison. Des policiers débarquent et lui annoncent, sans ménagement, que sa mère est morte et que son père doit venir identifier le corps. Ils repartent et 5 minutes plus tard, sa mère rentre à la maison. Ces 5 minutes auront suffi pour que Marco réalise ce qu’il a – et a failli perde. L’amour maternel, la tendresse de quelqu’un qui se préoccupe, qui s’intéresse.

    Alors, qui est cette femme morte? C’est une Roumaine que le père, en manque d’argent, a épousée 10 ans plus tôt. Elle est morte seule, dans un parc. Personne dans la famille n’en fait de cas, sauf Marco. Cette jeune femme l’obsède, il veut la connaître, comprendre sa vie. Elle brûle en lui depuis qu’il a vu sa photo.

    Et plus il en apprend sur elle, son arrivée au pays, l’exploitation par la notaire chez qui elle faisait le ménage, son propriétaire, le truand qui lui a trouvé un mari pour les papiers, jusqu’aux petits cons qui sonnaient chez elle pour se faire faire une pipe à 5 euros, plus la rage et le besoin de cogner montent. Est-ce le choc d’avoir réalisé, en 5 minutes, que certains sont aimés et choyés, alors que d’autres sont totalement seuls et oubliés, qui le fait perdre ses moyens? Quoi qu’il en soit, il les perd, et c’est brutal, et ça fesse.

    Le roman est porté par deux voix qui s’alternent. Un chapitre au « je », dans la tête de Marco. Un chapitre à la troisième personne, où on découvre des brides de la vie d’Anka, de ses derniers instants surtout. C’est court, 109 pages intenses et puissantes. Qui nous donne, à nous aussi, envie de cogner.

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