Archives pour la catégorie ‘Nouveautés littéraires’

  • Le Petit tabarnak, Jacques Goldstyn

    Date: 2014.10.09 | Catégories: Album, La bibliothécaire aime, La maman aime, Nouveautés littéraires, Pour aller plus loin | Commentaires: 0

    Mea culpa, ça fait vraiment longtemps que je n’ai rien écrit. Ce n’est pas par manque de coup de cœur au contraire, cette année fut riche en découvertes pour moi. Non, il n’y a pas d’autre raison que le petit train train familial: moi de retour dans un travail qui me passionne, mes deux plus vieux à l’école (je vais sans doute vous parler bientôt de l’incommensurable plaisir d’une maman bibliothécaire jeunesse qui voit son fils aîné dévorer des livres), mes deux plus jeunes à la garderie… Il faut aussi dire que la raison pour laquelle j’ai démarré ce blogue, c’est par désir de parler de littérature jeunesse. Or, de retour à temps plein sur ma chaise de bibliothécaire, je suis servie de ce côté…

    Mais je me suis soudainement rappelé quelque chose aujourd’hui: j’aime écrire! Alors, c’est reparti. Je ne sais pas pour combien de temps, ni à quelle fréquence, mais j’ai envie de vous parler de mes dernières trouvailles. Allons-y pour mon incontournable de l’été, autant pour moi que pour mon grand Arthur: Le Petit tabarnak.

    Le petit tabarnak

    Juste le titre me donne le goût de le lire, pas vous? C’est l’histoire d’un enfant, dont le père lâche LE juron le plus terrible du panel québécois, après s’être donné un coup de marteau sur le pouce. Le petit le questionne alors sur le sens de ce mot… mais disons que c’était loin d’être le bon moment… Il s’enfuit donc dans la rue, à la recherche de ses amis. Il les retrouve devant l’église où ils se mettent à discuter du mot maudit. Pour un, ça fait référence à une terrible maladie. Pour l’autre, c’est le nom d’un affreux dictateur. Pour un troisième, c’est le nom d’un village massacré en temps de guerre. Bref, les adultes sont dans un tel état quand ils prononcent ce mot, ça doit être vraiment terrible…

    Surgit alors un bon curé plein de bonhommie qui les invite à l’intérieur de l’église afin de découvrir ce qu’est le tabarnak. Quoi? Ça habite dans l’église… Et le curé de leur faire une présentation du tabernacle, du calice, etc…

    Ce que j’ai aimé par-dessus tout de ce livre, c’est qu’il met parfaitement la table pour parler de la religion catholique. J’ai grandi là-dedans, j’ai fait mon catéchisme, je connais la signification des symboles religieux… mais pas mes enfants! Pour eux, les statues devant les églises n’ont aucune signification, tout comme les cloches qui sonnent le dimanche, la fête de Pâques ou le baptême. Ce livre permet d’aborder ce sujet qui fait partie de notre histoire commune et qui n’est plus enseigné à l’école. Tous les ans, à la bibliothèque, les élèves ont des recherches à faire sur les différentes religions du monde, mais sur le catholicisme, jamais. Je n’ai jamais eu de question de référence à ce sujet. Les images de Le Petit tabarnak présentent un chemin de croix dans l’église ainsi que quelques statues et tableaux de saints. Autant de prétextes pour parler de notre histoire, de l’importance qu’a prise la religion dans notre société à une certaine époque, même si ce n’est plus le cas.

    Il y a aussi les référents des amis du Petit tabarnak qui sont autant de pistes qui peuvent ouvrir la discussion – si on en a envie. À quelle terrible maladie ayant dévasté un peuple peut bien faire référence le premier? De quelle guerre parle l’autre? De quel dictateur est-il question? Les amis du Petit Tabarnak viennent des quatre coins de la planète et associent le terrible sens du mot maudit à ce qu’eux ont connu de plus terrible.

    La richesse du livre passe aussi par les anecdotes dont Goldstyn parsème ses illustrations. Les bibelots qui réagissent au rugissement du père lors de l’initiateur « tabarnak », le chien perdu qui se tient sous son affiche, etc. L’humour reste pour moi la meilleure façon d’aborder ce thème – qui n’est pas drôle du tout – particulièrement quand on analyse son impact sur la société québécoise. J’ai adoré lire Le Petit tabarnak en tant qu’adulte, en tant que mère qui le lit à ses enfants, et en tant que bibliothécaire qui le laisse souvent trainer sur son bureau quand une classe de grands vient à la bibliothèque. Empruntez-le, vous ne serez pas déçu!

  • Ton histoire, Jeanne Ashbé

    Date: 2011.05.23 | Catégories: Album, La maman aime, Nouveautés littéraires, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Je l’ai dit plusieurs fois sur ce blogue, pour moi la référence dans les livres de la très petite enfance, c’est Jeanne Ashbé. J’avais offert à des amis son dernier livre et attendais qu’il soit disponible à ma bibliothèque de quartier pour l’emprunter. C’est fait, et avec quel bonheur!

    Ton histoire, Jeanne Ashbé

    C’est l’histoire toute simple de l’arrivée sur terre d’un petit être. On suit son développement de sa conception à quelques mois d’existence (en regard de la dernière illustration). J’aime le trait enfantin de l’auteur, qui en dit tant avec si peu. La première double page présente un cordon ombilical qui s’enroule jusqu’à l’embryon. Dans les pages suivantes, nous suivons ce cordon qui nous indique le sens du récit vers l’enfant qui grandit. L’auteure/illustratrice en profite pour donner à celui-ci des airs de lapin souriant. Une fois l’enfant né, nous retrouvons ce lapin coquin en tant que spectateur de la vie de l’enfant, comme nous le sommes nous-mêmes. Puis il s’embarque dans une voiture, dont le son varie selon l’origine de l’enfant sur la page. Car l’auteure enrichit encore plus son livre en présentant des bébés de partout : caucasien, noir, bridé… et le petit lapin continue de nous guider.

    Nous rencontrons alors maman et papa, qui nourrissent et bercent l’enfant chacun à leur manière. S’amorce alors un jeu intéressant où les illustrations monochromes en brun et beige s’amusent à faire émerger des formes par la négation de couleurs. Ainsi, d’une pleine page marron émerge à la fois le chemin en spirale sur lequel se promène le lapin en voiture et un visage rieur qui lui souhaite « bienvenue au monde ». Puis, la spirale le fait gentiment basculer vers la page suivante où le petit mammifère disparaît alors que l’enfant se fait appeler : « mon lapin! » et qu’on lui dessine joyeusement des oreilles. Ainsi, cette histoire simple en apparence peut être analysée de plusieurs façons et permet plusieurs pistes de lecture et d’entrée dans l’œuvre. Le petit lapin qu’on suit depuis le début est-il un spectateur externe ou l’enfant lui-même qui nous regarde le regarder?

    Un livre riche en sens qui n’a pas terminé de me livrer ses secrets… Finalement, je pense que je vais aller me l’acheter. D’autant plus que ma toute petite (bientôt 9 mois) se l’ai dangereusement approprié et qu’il serait risqué pour mes oreilles que je le lui enlève!

  • Guerres, Charlotte Gingras

    Date: 2011.04.16 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Nouveautés littéraires, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 2

    Je n’achète jamais mes romans. Je suis bibliothécaire et j’emprunte mes livres, à l’exception des albums car je les lis inlassablement à mes enfants. Les rares romans que je m’offre, c’est parce que je suis incapable d’attendre qu’ils soient disponible en bibliothèque. Ça avait été le cas pour Ophélie, c’est aujourd’hui le cas pour Guerres, de Charlotte Gingras, sorti en librairie cette semaine.

    Guerres, Charlotte Gingras

    Je l’ai lu d’un trait. C’est une petite plaquette de 150 pages. Guerres au pluriel, car on traîne tous en soit une guerre. Ici, il y est question de la grande, celle d’Afghanistan où est allé volontairement le père réserviste. Celle de la mère qui n’aime plus ses enfants, qui a franchi la ligne rouge qui sépare le soldat du tueur. Celle de l’enfant abandonné qui ne connaît que la violence et ne pense qu’à cogner. Celle de la survie aussi, la guerre du quotidien pour nager en surface et tenter d’éviter la noyade. Celle d’enfants momentanément perdus parce que leur arbre est parti et qu’ils sont déracinés.

    Trois enfants dans cette famille. La narration est assumée alternativement par la sœur aînée, cette princesse esseulée par un père qui l’a mise de côté pour bercer excessivement son garçon, Luka avec un k. Mais dans ce geste de douceur paternel se cachait un geste de douleur. Et par ce frère, ce petit roi délaissé par un père qu’il aime trop, submergé par une violence qu’il ne se connaissait pas et qu’il ne sait pas gérer. Comment survivre au désir fou du père de les quitter pour aller faire la guerre alors qu’elle explose dans son propre foyer? Un long chemin, un long hiver éclairé par cette petite lumière, ce trésor d’amour qu’est la cadette, qui les ramène tous à leur vrai nature, qui est faite d’amour et non de haine.

    Comme toujours, je sors de ses livres bouleversée, muette. Comme après une pièce de théâtre qui m’a marquée, les mots ne sortent pas pour en parler. Il me faut digérer, réfléchir, me questionner car je ne peux évoquer cette histoire avec légèreté. La guerre est tout, sauf légère. Les histoires de Charlotte Gingras sont tout, sauf légères.

    Je me confesse, j’adore Charlotte Gingras. Son œuvre reste pour moi celle que je revisite avec plaisir. Son écriture est fine, directe, vraie. Ses livres sont denses, riches et grouillent de vie, de vie écorchée, souvent blessée et en quête de bonheur. Pour moi, c’est l’auteure pour la jeunesse par excellence. En fait, je dirais plutôt l’auteur pour l’adolescence par excellence. Je me promets de vous parler bientôt de ses autres titres, pour l’instant c’est Guerres qu’il est urgent de lire.

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