Archives pour la catégorie ‘Réaliste’

  • Max, Sarah Cohen-Scali

    Date: 2013.03.19 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 1

    Vous avez dû remarquer que j’ai tendance à préférer les livres qui mettent en scène de cruelles réalités. Tout est ici dans le « mettent en scène ». Ces livres parlent de réalités probables sans relater des histoires véridiques. La distance entre le probable et le véritable me maintient dans une zone floue où ma conscience s’éveille dans une douleur tolérable. Par contre, je tombe parfois sur des Max…. et ça fait mal.

    Max, Sarah Cohen-Scali

    Max, c’est un pur produit aryen. Né de l’union mécanique d’une Allemande aux proportions parfaites, sélectionnée suite à une batterie de tests, et d’un haut gradé de l’armée. Et il n’est pas le seul…. mais il est le premier à naître grâce à la mise en place de ce programme: Lebensborn. En tant que tel, il se retrouve à en être la mascotte. Il est baptisé par Hitler lui-même! Il est élevé dans différentes institutions en tant que pupille de l’État. Il se plaît à dire que sa mère, c’est l’Allemagne, et son père, le Führer. Sa vie semble toute tracée, le Reich ouvre la voie à mille ans de bonheur. Mais ce n’est pas ce qui se passe, l’histoire nous le dit.

    Peut-être que je suis une des seules qui ne connaissait pas le programme Lebensborn. Lorsque j’ai lu la 4e de couverture de ce livre, j’ai cru à un ouvrage de science-fiction. À la moitié du livre, je n’ai pas pu me retenir et suis allée lire l’épilogue (ce que je ne fais jamais). Je suis tombée des nues. Si le héros est inventé, le contexte ne l’est pas. Le programme Lebensborn a vraiment existé. Mon mari, lui, le connaissait (il en sait trop sur l’histoire, c’est frustrant à la fin!).

    Mais le livre, c’est beaucoup plus que la description de l’aberration que fût ce programme visant à régénérer la race aryenne. C’est le parcours, l’endoctrinement d’enfants qui n’ont pas commis les fautes de leurs parents. C’est une suite de questions que se pose Max, dont les certitudes, pourtant puissamment ancrées dans tout ce qu’il est,  sont ébranlées par différentes rencontres avec le peuple hais. Et c’est aussi la déchéance du peuple allemand alors que Berlin est assiégé.

    Je ne dirais pas que c’est un grand livre, je dirais que c’est un livre nécessaire qu’on peut difficilement lâcher. Nous avons tous lu le Journal d’Ann Frank. Vu La liste de Schindler ou La vie est belle. Ici, on traverse les barbelés pour découvrir l’enfance des jeunes aryens. C’est une enfance rouge sang qui laisse un goût ferreux dans la bouche.

    *****

    Si vous avez envie de lire (boîte de mouchoirs en main) un magnifique livre sur le thème, je vous suggère: Le garçon au pyjama rayé, de John Boyne. Pour le regard d’un jeune Allemand totalement innocent (à l’inverse de celui de Max) porté sur cette guerre. Il y a aussi le très bel album Rose Blanche, de Roberto Innocenti.

  • Anka, Guillaume Guéraud

    Date: 2013.03.04 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Guillaume Guéraud, c’est Je mourrai pas gibier, un livre coup de poing qui a fait parler de lui il y a quelques années, notamment lorsqu’il a été adapté en bande dessinée. C’est un autre livre dur – mais nécessaire. Qui vous harcèle longtemps, vous pousse à chercher une faille quelque part. Une solution qui aurait été possible. Une autre avenue qu’aurait pu prendre le personnage principal. Je ne vous en ai jamais parlé parce que je l’ai lu bien avant de commencer ce blogue. Si vous avez envie d’en lire une critique – dont je partage les opinions – allez voir sur Sophielit. Et empruntez le livre, vous en sortirez déboussolé.

    Encore un long préambule pour vous expliquer comment Anka s’est démarqué dans le rayon des nouveautés de ma bibliothèque. Tiens, Guillaume Guéraud, ça me dit quelque chose….

    Anka, Guillaume Guéraud anka

    Dès les premières pages, on reconnaît le style direct de l’auteur. Nous sommes directement dans la tête du personnage principal – et on commence déjà à y étouffer. Marco, adolescent de 14 ans, est seul à la maison. Des policiers débarquent et lui annoncent, sans ménagement, que sa mère est morte et que son père doit venir identifier le corps. Ils repartent et 5 minutes plus tard, sa mère rentre à la maison. Ces 5 minutes auront suffi pour que Marco réalise ce qu’il a – et a failli perde. L’amour maternel, la tendresse de quelqu’un qui se préoccupe, qui s’intéresse.

    Alors, qui est cette femme morte? C’est une Roumaine que le père, en manque d’argent, a épousée 10 ans plus tôt. Elle est morte seule, dans un parc. Personne dans la famille n’en fait de cas, sauf Marco. Cette jeune femme l’obsède, il veut la connaître, comprendre sa vie. Elle brûle en lui depuis qu’il a vu sa photo.

    Et plus il en apprend sur elle, son arrivée au pays, l’exploitation par la notaire chez qui elle faisait le ménage, son propriétaire, le truand qui lui a trouvé un mari pour les papiers, jusqu’aux petits cons qui sonnaient chez elle pour se faire faire une pipe à 5 euros, plus la rage et le besoin de cogner montent. Est-ce le choc d’avoir réalisé, en 5 minutes, que certains sont aimés et choyés, alors que d’autres sont totalement seuls et oubliés, qui le fait perdre ses moyens? Quoi qu’il en soit, il les perd, et c’est brutal, et ça fesse.

    Le roman est porté par deux voix qui s’alternent. Un chapitre au « je », dans la tête de Marco. Un chapitre à la troisième personne, où on découvre des brides de la vie d’Anka, de ses derniers instants surtout. C’est court, 109 pages intenses et puissantes. Qui nous donne, à nous aussi, envie de cogner.

  • Le garçon qui voulait courir vite, Pierre Bottero

    Date: 2013.02.26 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 2

    Le drame, quand on est parent, c’est qu’on devient précieux. On prend soin de notre petite personne non plus par égoïsme, mais parce qu’on ne voudrait tellement pas que nos enfants aient à se négocier une vie troublée par la perte d’un parent. Pourtant, ça arrive…

    Le garçon qui voulait courir vite, Pierre Botterole garcon qui voulait courir vite

    Jules a vu son père périr dans un accident, brûlé vif, prisonnier de sa voiture.  Depuis, il ne parle presque plus et est incapable de courir. Seuls sa sœur, Agathe, et un ami-géant avec qui il combat les méchants, Aziz, sont capables de comprendre ce qu’il tente de faire passer par son regard.

    Nous suivons donc la lente remontée à la surface de ces deux jeunes à travers les yeux d’Agathe. Ce n’est pas cucul, ce n’est pas larmoyant, c’est juste la vie. Ils ont tiré le mauvais numéro et se dépatouillent avec leur sort. Maman qui est si belle – mais qui a tant maigri. La maison qui coûte trop cher- il faut déménager. La vie en cité. Les amies de l’école qui ne le sont plus vraiment depuis l’accident. Les nouvelles responsabilités.

    La richesse de cette histoire se situe dans la pléiade de personnages qui supportent le récit. Ces enfants sont loin d’être seuls, tout un clan hétéroclite les entoure et les aide, à accepter l’inacceptable et à se dessiner un avenir. Il y a cet ami du père, épicier, et son fils à la stature de superhéros. Toujours là, dans la discrétion. Les deux psychologues, aussi différents l’un de l’autre que peuvent l’être l’égoïsme et le dévouement. La maman, comme un arbre solide, qui assume. Le trio de bouffons qui tentent d’intimider. L’amoureux littéraire, comme nous en voulions toutes un à l’adolescence.

    Pourquoi Jules est-il incapable de courir? Attention au dénouement, les parents ne pourront retenir une petite larme.

    *****

    Je n’avais jamais rien lu de cet auteur prolifique. Bien sûr, je connaissais Ewilan, cette trilogie fantastique qui a connu un vif succès auprès des jeunes il y a quelques années. On me l’avait vivement conseillé. Je devrais m’y mettre, d’ailleurs, au fantastique. C’est un des seuls genres qui n’a pas su m’accrocher encore. Les magiciens, les elfes, les chevaliers en armure… Je dois avoir une tendance maso à vouloir me gratter le bobo avec mes livres réalistes et dramatiques (mais tellement bon!) ou ceux qui présentent un monde futur version apocalyptique. Vous avez un titre à me conseiller?

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