• La fourmilière, Jenny Valentine

    Date: 2012.04.30 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Tags: ,,

    C’est une histoire à deux voix. Il y a d’abord celle de Sam, 17 ans, fugueur. Il est venu à Londres se cacher. Et puis celle de Bohemia, 10 ans, que trimballe sa trop jeune mère, alcoolique et droguée, d’un appartement miteux à l’autre. Tous deux se retrouvent dans le même immeuble délabré où vit une faune bigarrée, mais attachante. Le premier tente de s’y dérober alors que la seconde s’y mêle avec joie.

     

    Une vieille dame, Isabelle, locataire de l’immeuble, les pousse à devenir amis. Elle sent bien que Sam cache quelque chose et que Bo a besoin d’un ami. Deux histoires nous sont donc racontées en parallèle: celle de l’enfant sans père, élevée par une mère peu responsable, mais qu’elle adore, et celle de Sam, un garçon qui semble tout à fait normal et dont on ne soupçonne pas la raison d’une fugue. Il avait une famille qui l’aimait, des amis, dont un en particulier dont il parle à Bo. Max, son ami depuis l’enfance. Celui qui aime tant les fourmis.

     

    Rapidement, un rapprochement se fait dans notre tête entre la raison de la fugue de Sam et cet ami. Mais que s’est-il passé? Le lecteur, un peu plus vieux que Bo, se pose des questions qu’elle ne se pose pas. Tout ce qu’elle souhaite, c’est que Sam retourne auprès de son ami et de ses parents qui le chérissent. En fait, c’est ce qu’elle souhaite pour elle-même, mais ne réussit pas à l’obtenir auprès de sa mère. Elle ne comprend pas qu’il rejette tout ça. Dans un geste calculé, elle tente une action qui soulève un vent de panique auprès de la petite communauté de l’immeuble, qui comprend aussi un propriétaire radin, mais bon, et un fêtard qui a le béguin pour la mère de la fillette. Tous se mobiliseront pour elle, mais c’est avant tout Sam qui devra d’abord confronter la réalité qu’il tente de fuir et la cruauté de ses actes.

     

    J’avoue avoir été déroutée par ce livre. Je croyais savoir exactement où l’histoire s’en allait et c’est par attachement pour les personnages que je poursuivais ma lecture. Je souhaitais que la mère de Bo se prenne en main et que Sam retourne chez lui. Jamais je ne me serais attendue à un tel dénouement. On évoque ici la part sombre qui se cache en chacun, que ne peuvent soupçonner parfois nos plus proches amis. Sous l’apparence discrète et polie de quelqu’un se tapit parfois un monstre. Je n’en dirai pas plus pour préserver la surprise, mais je ne me serais pas attendue à celà du personnage.

     

    À l’heure où l’intimidation semble enfin être un mal que l’on prend en main dans les écoles, ce livre pourrait être un bon élément déclencheur de discussion ou éveilleur de conscience. Espérons-le, avant que les choses n’aillent trop loin, comme ce fût le cas ici.