• Sako, Martine Pouchain

    Date: 2012.02.13 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Tags: ,,,

    Comme plusieurs usagers de bibliothèque, j’ai la manie de réserver plus d’une dizaine de documents à la fois. Si bien qu’il m’arrive régulièrement de recevoir des documents dont j’avais complètement oublié l’existence – et la raison de mon intérêt. Suggestion sur un blogue? Présentoir en librairie? Article dans un quotidien (quoi qu’il soit si rare qu’on parle – intelligemment – je n’ai pas pu résister, désolée – de littérature jeunesse dans ces publications)? Quoi qu’il en soit, est atterrit sur mon bureau cette semaine: Sako, de Martine Pouchain. Jolie surprise.

    Sako, Martine Pouchain
    Je parle souvent de romans qui m’ont soulevée, bouleversés – voire traumatisé! Ici, nous ne sommes pas dans ce registre. C’est une histoire toute simple de cultures qui se rencontrent, de générations qui s’apprivoisent. C’est la France actuelle, où se côtoient la vieille garde et la nouvelle génération d’immigrant, dans un terrain de camping où sont immobilisées des roulottes défraîchies, entourées de jardins broussailleux. Sako, jeune malienne encore empreinte de l’enfance, laissée à elle-même pendant que sa mère se tue au travail, amadoue sa vieille voisine française Mado. Après quelques visites, celle qui rêvait fréquemment de sa mort et n’espérait plus rien de la vie, se surprend à attendre la venue de l’enfant. Elle renaît de cette rencontre avec l’autre- incarnée à la fois dans la jeunesse et le statut d’étrangère de Sako. C’est une histoire douce qui coule sur nous avec chaleur. Comme la petite Sako qui lit Robinson Crusoé en redoutant l’arrivée du voilier qui le fera quitter son île – et son ami Vendredi -, nous glissons dans l’histoire en espérant une fin autre que celle qui semble inévitable: la police venant vider le camp des sans-papiers.

    La langue est belle et simple, sans être simpliste. Les images, les symboles, les parallèles, les références le sont aussi. Un prof au secondaire pourrait très bien donner ce bouquin à analyser à ses élèves, ils aimeraient. Et même si ça ne se termine pas par “et l’enfant s’occupa de l’aînée jusqu’à la fin de ses jours”, une note d’espoir clôt ce livre. Ce qui nous fait peur et qu’on redoute pourrait bien être la source même de notre salut, suffit de se laisser apprivoiser. Une belle découverte, un livre qu’on referme avec douceur et qu’on médite encore, et encore.

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    Finalement, en cherchant le nom de l’auteure sur mon site, j’ai découvert avoir écrit sur un de ses romans que j’avais adorés, La ballade de Sean Hopper – un univers à cent lieues de celui de Sako. Je n’ai aucune mémoire pour associer un auteur avec son livre. Soit je me rappelle de l’un, soit je me rappelle de l’autre, mais je me rappelle toujours des histoires (1). Résolution pour 2012: je vais exercer ma mémoire à relier les auteurs à leurs oeuvres qui m’ont marquée.

    (1) Petite anecdote à ce sujet: à mes débuts comme bibliothécaire jeunesse en 2005, j’ai relu les classiques de mon adolescence, la trilogie de Marie-Lune par Dominique Demers, Cassiopée de Michèle Marineau, Nocturnes pour Jessie (j’ai tellement peiné à retrouver ce titre, réédité par la suite sous le titre Les chemins de Mirlande – c’est la version maintenant disponible en bibliothèque), etc. Je me rappelais aussi clairement de cette autre histoire, une trilogie, où la jeune fille se faisait avorter. Au moment de l’acte médical, son amoureux, le frère du père de l’enfant – qui était mort dans un accident de moto – était coincé dans un embouteillage dû au Carnaval de Québec! Ça se terminait aussi sur l’accouchement de la belle-mère de l’héroïne- il me semblait. Je me souvenais de tous ces détails, mais pas du titre des livres, ni du nom de l’auteur. Je me rappelais qu’elle était rousse par contre! Je croyais que ça avait été publié à La courte échelle… Et bien, à l’hiver 2010, j’ai reçu Reynald Cantin à la bibliothèque, un des trois auteurs du Trio Rigolo publié chez Foulire. Une classe me l’avait suggéré comme auteur à inviter. Avant la rencontre, en discutant avec lui, j’ai découvert que c’était lui qui avait écrit ces oeuvres dans les années quatre-vingt, qu’elles n’avaient pas été publiées à La courte échelle mais chez Québec Amérique, et que son héroïne s’appelait Ève! Je ne l’oublierai plus, promis. Que voulez-vous, j’aime les histoires…