• Le bébé tombé du train, Jo Hoestlandt

    Date: 2011.11.22 | Catégories: La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Tags: ,

    Je vous l’ai déjà dit que j’aime le théâtre depuis bien plus longtemps que la littérature jeunesse? J’ai fait mon cégep en théâtre, il y a maintenant bientôt 15 ans. Je suis une spectatrice plutôt exigeante, je n’aime pas qu’on me dévoile tout. Qu’on m’explique tout par peur que je ne comprenne pas.

    Et bien, j’ai les mêmes attentes avec la littérature jeunesse. J’ai pour conviction qu’il faut laisser les liens se tisser d’eux-mêmes, permettre au lecteur de découvrir lui-même certaines choses. Glisser des indices, infimes. J’aime que subtilement, l’auteur glisse un détail qui pique la curiosité du lecteur et le pousse à en chercher le sens.

    J’aime qu’on me questionne quand je vais au théâtre, tout comme quand je lis un livre pour enfant. Et c’est pourquoi j’ai beaucoup aimé la lecture de ce livre.

    Le bébé tombé du train, Jo Hoestlandt
    Dès le titre, on se doute de l’histoire. Parce que nous, adultes, connaissons l’histoire avec un grand H. Et c’est bien de ça dont il est question, de déportation, de guerre, de juif, même si les mots ne le disent jamais. Des détails le suggèrent, des illustrations nous orientent dans ce sens. On y rencontre pourtant un homme qui vit hors du temps, seul dans sa maison et son jardin. Au bout de ce dernier, des trains passent tous les jours. Il ne sait pas ce qu’ils contiennent, ni où ils vont. Ça ne l’intéresse pas. Il a du travail dans sa maison et son jardin. Et c’est tout.

    Même si chaque fois que passe un train, des objets sont lancés sur son terrain, il ne s’y intéresse pas, les jette ou les brûle. Un jour pourtant, il serre sur son coeur quelque chose tombé du train et sent que s’en séparer équivaudrait à s’arracher le coeur. L’homme s’ouvre à cet enfant, au regard profond où brille une étoile jaune. Il découvre le monde avec lui. Va jusqu’à dénicher des livres pour répondre à ses questions, lui qui n’a jamais été curieux de ce qui l’entoure. Le jour où des gendarmes viennent, il découvre qu’il serait prêt à tout pour garder cet enfant près de lui. Et il ira jusque-là. Bousculant sa manière de vivre, renonçant à sa solitude et à qui il croyait être.

    Je pense qu’il faut croire en l’intelligence des enfants. Combien de fois un enfant vous a surpris en relevant un détail que vous-même aviez ignoré, dans un texte ou sur une image? Ils sont vifs et allumés, donnons-leur matière à être interpellés. Et ici, cette matière déborde.

    Je ne vous dis pas comment ça se termine, allez plutôt lire le livre. Et mettez-le entre les mains des enfants ensuite, vous serez alors prêt à répondre à leurs questions. Et peut-être le ferez-vous, comme Anatole, avec des livres. Et si votre enfant en demande encore, allez avec lui voir la bibliothécaire jeunesse de votre quartier. Il existe une quantité d’oeuvres de fiction et de documentaires sur le sujet, qu’elle ne manquera pas de vous recommander.