• Sur la mort… albums à découvrir ou à re-découvrir

    Date: 2011.09.19 | Catégories: Album, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour aller plus loin, Vie de tous les jours | Tags: ,,

    C’est suite à la lecture d’un article (Le dernier voyage) sur le blogue Délivré, réalisé par la dynamique librairie Monet, que j’ai eu envie de vous faire part de mes coups de cœur liés à la délicate question de la mort. Des albums, des romans, où le sujet est abordé sobrement. Pour amorcer une discussion ou simplement parce qu’en général, les bibliothécaires, on aime ça, les livres intenses à sujets délicats. On n’a qu’à voir le succès de la collection Coup de poing et la liste des finalistes et gagnants du Prix du livre jeunesse de la Ville de Montréal.

    Dans ce premier article, je m’en tiendrai aux albums pour enfants. Suivra plus tard un article sur les premiers romans et albums pour plus grands sur le sujet.

     

    Le grand voyage de monsieur, Gilles Tibo

    Ce magnifique album empreint de sobriété, voire de dignité, m’a beaucoup touchée. C’est l’histoire triste – peut-il en être autrement avec la mort? – d’un père qui quitte tout suite à la mort de son enfant. C’est un album de peu de mots, on voit bien que l’homme n’est plus capable d’en prononcer.

    La première page, celle du titre et des dédicaces, est simplement illustrée d’une chaise en bois  sur laquelle est assis un ourson de laine. Ce seront les seuls accessoires qui suivront Monsieur dans son voyage autour du monde, le voyage d’une vie, celui qu’il ne fera pas avec son enfant. Assis sur la chaise, l’ourson dans les bras, il avance. Il balance son ourson dans les parcs, l’amène au cirque, à la plage. Le positionne sur ses épaules afin qu’il ne manque rien du soleil couchant sur la mer. On devine bien que ce sont toutes des choses qu’il aurait aimé faire avec son enfant perdu.

    Au bout du monde, il rencontre un enfant pleurant sa maison, sa famille, saccagé par la guerre. Sous les décombres, il n’a trouvé qu’une poupée de chiffon et une chaise en bois, en mille morceaux. Monsieur la répare et la donne à l’enfant. Par ce geste, Monsieur l’invite à poursuivre son voyage avec lui. Il lui prête l’ourson, l’enfant raconte l’histoire de la poupée. On ne la connaîtra pas, mais on peut deviner que c’était celle de sa soeur. Et l’album se termine simplement par cette phrase: “Depuis ce jour, l’homme et l’enfant voyagent ensemble, assis l’un près de l’autre, en se tenant par la main.”

    Un petit bijou de sobriété, tout en nuance et en sous-entendu. Une atmosphère lourde dans les premières pages où le temps semble s’étirer dans chacune des lignes prolongées et accentuées de l’illustrateur, Luc Melanson. Un album à découvrir qui a gagné le prix du Gouverneur Général en 2002.

     

     

    Le parapluie jaune, Lili Chartrand

    Ce livre magnifique à la couverture jaune soleil annonce quelque chose de joyeux, et pourtant… C’est l’histoire de monsieur Grésil qui a offert un parapluie jaune à sa femme lors de leur dernier voyage à Paris, deux mois avant sa mort. Depuis, il n’est plus qu’une ombre. Mais le parapluie, lui, ne comprend pas pourquoi il est remisé et s’énerve pour se faire remarquer. Ça fonctionne et l’homme entamera une promenade-pèlerinage sous la pluie, sorte de marche vers la guérison, au cours de laquelle il visite les lieux chers de son aimée. Cette marche, c’est le travail du deuil qui opère tranquillement, à la fin de laquelle le soleil reviendra en la personne de madame Giboulée au magnifique parapluie vert.

     

    Les illustrations apportent beaucoup à cette histoire. Par son jeu de couleur, on comprend les états d’âme du veuf. Et j’apprécie particulièrement la mixité des médias utilisés, ça nous change un peu des albums léchés (mais tout de même souvent magnifique). Une histoire simple et efficace qui fait résonner Léo Ferré dans ma tête: “Avec le temps, avec le temps, va, tout s’en va…”.

     

    Quartiers d’orange, François Legendre

    Ce texte me touche particulièrement. J’ai eu la chance, moi aussi, d’être très très proche de mon arrière-grand-mère, Simone, de ma naissance à ses derniers moments à l’hôpital, alors que j’avais 22 ans. Dans Quartiers d’orange, c’est la petite Petra qui vit de tendres moments au quotidien avec son Pépé Juanito. Tous les matins, il lui apporte une orange en quartier à son réveil. Elle ouvre donc les yeux avec un rayon de soleil dans la bouche. Tous les soirs, après l’école, il l’attend sur la place et fait le reste du chemin jusqu’à la maison avec elle. Un soir, son Pépé ne l’attend pas, il est alité, car il s’est senti mal. Lentement, on suit la petite fille au chevet de son Pépé, qui mange de moins en moins, devenait de plus en plus pâle et maigre. Un matin que la maman de Pétra se décourage du peu d’appétit de son père, Pétra lui apporte une orange, qu’elle pèle et coupe en quartier. Elle lui en dépose un quartier dans la bouche et il lui dit alors ces mots qu’il lui a répétés, tous les matins de sa vie de petite fille: “Oh, la bonne petite bouchée de soleil, bientôt il sera très haut dans le ciel!”. Cet après-midi-là, c’est la maman de Pétra qui l’attendait sur la place, Pépé était mort dans la journée. Et pour toujours, les oranges d’Andalousie rappelleront à l’enfant ce Pépé tant aimé. Magnifique.

    Je suis chaque fois fascinée par le concentré d’intensité que sont ces albums au sujet difficile. Mon grand Arthur me parle de la mort depuis qu’il a 4 ans et ça l’obsédait même à une époque. Il avait peur que nous, ses parents, mourions bientôt. Nous avions beau lui expliquer que ça n’arriverait que lorsque nous serions très très vieux, il ne comprenait pas. Et bien, avec Quartiers d’orange, il semble avoir assimilé le concept de vieillesse et de mort à la fin d’une longue vie. Il semble plus serein par rapport à la mort et ne m’en parle presque plus. La preuve que ce n’est pas que lorsqu’elle survient que nous avons besoin de ces précieux albums pour l’affronter!

     

    Bonne chance avec ces lectures! Je vous reviens bientôt avec des livres et albums pour plus grands sur le thème de la mort.