• Guerres, Charlotte Gingras

    Date: 2011.04.16 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Nouveautés littéraires, Pour aller plus loin, Roman | Tags:

    Je n’achète jamais mes romans. Je suis bibliothécaire et j’emprunte mes livres, à l’exception des albums car je les lis inlassablement à mes enfants. Les rares romans que je m’offre, c’est parce que je suis incapable d’attendre qu’ils soient disponible en bibliothèque. Ça avait été le cas pour Ophélie, c’est aujourd’hui le cas pour Guerres, de Charlotte Gingras, sorti en librairie cette semaine.

    Guerres, Charlotte Gingras

    Je l’ai lu d’un trait. C’est une petite plaquette de 150 pages. Guerres au pluriel, car on traîne tous en soit une guerre. Ici, il y est question de la grande, celle d’Afghanistan où est allé volontairement le père réserviste. Celle de la mère qui n’aime plus ses enfants, qui a franchi la ligne rouge qui sépare le soldat du tueur. Celle de l’enfant abandonné qui ne connaît que la violence et ne pense qu’à cogner. Celle de la survie aussi, la guerre du quotidien pour nager en surface et tenter d’éviter la noyade. Celle d’enfants momentanément perdus parce que leur arbre est parti et qu’ils sont déracinés.

    Trois enfants dans cette famille. La narration est assumée alternativement par la sœur aînée, cette princesse esseulée par un père qui l’a mise de côté pour bercer excessivement son garçon, Luka avec un k. Mais dans ce geste de douceur paternel se cachait un geste de douleur. Et par ce frère, ce petit roi délaissé par un père qu’il aime trop, submergé par une violence qu’il ne se connaissait pas et qu’il ne sait pas gérer. Comment survivre au désir fou du père de les quitter pour aller faire la guerre alors qu’elle explose dans son propre foyer? Un long chemin, un long hiver éclairé par cette petite lumière, ce trésor d’amour qu’est la cadette, qui les ramène tous à leur vrai nature, qui est faite d’amour et non de haine.

    Comme toujours, je sors de ses livres bouleversée, muette. Comme après une pièce de théâtre qui m’a marquée, les mots ne sortent pas pour en parler. Il me faut digérer, réfléchir, me questionner car je ne peux évoquer cette histoire avec légèreté. La guerre est tout, sauf légère. Les histoires de Charlotte Gingras sont tout, sauf légères.

    Je me confesse, j’adore Charlotte Gingras. Son œuvre reste pour moi celle que je revisite avec plaisir. Son écriture est fine, directe, vraie. Ses livres sont denses, riches et grouillent de vie, de vie écorchée, souvent blessée et en quête de bonheur. Pour moi, c’est l’auteure pour la jeunesse par excellence. En fait, je dirais plutôt l’auteur pour l’adolescence par excellence. Je me promets de vous parler bientôt de ses autres titres, pour l’instant c’est Guerres qu’il est urgent de lire.