• C’est un petit livre, Lane Smith

    Date: 2012.05.03 | Catégories: Album, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Pour rigoler | Commentaires: 1

    Impossible de ne pas craquer devant ce magnifique tout-carton!

     

    Lorsque son grand frère C’est un livre, est paru l’année dernière, plusieurs blogues nous en avaient parlé. C’est vrai que c’est un album unique et original, qui fait rigoler les grands enfants et leurs parents. Car il fallait tout de même connaître un peu les technologies pour apprécier l’humour de ce livre, qui passe par une série de références sur les fonctionnalités de ces dernières. Ainsi, l’âne demandait au gorille si l’objet qu’il consultait (un livre) pouvait texter, envoyer des courriels, faire du bruit, etc. 

     

    Ici, nul besoin d’être adepte des téléphones intelligents, tablettes électroniques, ordinateurs ou autres bidules pour apprécier l’humour de Lane Smith. C’est au monde de la petite enfance, et aux jouets qui le peuplent, que fait référence le petit âne. Ainsi, il demande au gorille si l’objet qu’il consulte (toujours un livre) peut voler, être mâchouillé, servir de chapeau, si on peut grimper dessus, s’en servir comme oreiller… Les tout-petits saisiront immédiatement les références. Et la fin est d’autant plus délicieuse que lorsque le petit gorille lui répond que c’est un livre et que ça se lit, il entreprend d’en faire la lecture avec petit âne. Trop adorable!

     

    Sincèrement, retrouver ces deux personnages attachants en couches-culottes, c’est presque trop mignon!

  • La fourmilière, Jenny Valentine

    Date: 2012.04.30 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    C’est une histoire à deux voix. Il y a d’abord celle de Sam, 17 ans, fugueur. Il est venu à Londres se cacher. Et puis celle de Bohemia, 10 ans, que trimballe sa trop jeune mère, alcoolique et droguée, d’un appartement miteux à l’autre. Tous deux se retrouvent dans le même immeuble délabré où vit une faune bigarrée, mais attachante. Le premier tente de s’y dérober alors que la seconde s’y mêle avec joie.

     

    Une vieille dame, Isabelle, locataire de l’immeuble, les pousse à devenir amis. Elle sent bien que Sam cache quelque chose et que Bo a besoin d’un ami. Deux histoires nous sont donc racontées en parallèle: celle de l’enfant sans père, élevée par une mère peu responsable, mais qu’elle adore, et celle de Sam, un garçon qui semble tout à fait normal et dont on ne soupçonne pas la raison d’une fugue. Il avait une famille qui l’aimait, des amis, dont un en particulier dont il parle à Bo. Max, son ami depuis l’enfance. Celui qui aime tant les fourmis.

     

    Rapidement, un rapprochement se fait dans notre tête entre la raison de la fugue de Sam et cet ami. Mais que s’est-il passé? Le lecteur, un peu plus vieux que Bo, se pose des questions qu’elle ne se pose pas. Tout ce qu’elle souhaite, c’est que Sam retourne auprès de son ami et de ses parents qui le chérissent. En fait, c’est ce qu’elle souhaite pour elle-même, mais ne réussit pas à l’obtenir auprès de sa mère. Elle ne comprend pas qu’il rejette tout ça. Dans un geste calculé, elle tente une action qui soulève un vent de panique auprès de la petite communauté de l’immeuble, qui comprend aussi un propriétaire radin, mais bon, et un fêtard qui a le béguin pour la mère de la fillette. Tous se mobiliseront pour elle, mais c’est avant tout Sam qui devra d’abord confronter la réalité qu’il tente de fuir et la cruauté de ses actes.

     

    J’avoue avoir été déroutée par ce livre. Je croyais savoir exactement où l’histoire s’en allait et c’est par attachement pour les personnages que je poursuivais ma lecture. Je souhaitais que la mère de Bo se prenne en main et que Sam retourne chez lui. Jamais je ne me serais attendue à un tel dénouement. On évoque ici la part sombre qui se cache en chacun, que ne peuvent soupçonner parfois nos plus proches amis. Sous l’apparence discrète et polie de quelqu’un se tapit parfois un monstre. Je n’en dirai pas plus pour préserver la surprise, mais je ne me serais pas attendue à celà du personnage.

     

    À l’heure où l’intimidation semble enfin être un mal que l’on prend en main dans les écoles, ce livre pourrait être un bon élément déclencheur de discussion ou éveilleur de conscience. Espérons-le, avant que les choses n’aillent trop loin, comme ce fût le cas ici.

  • Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier

    Date: 2012.04.26 | Catégories: Adolescent, Amour, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 1

    J’ai emprunté ce livre tout à fait au hasard, parce qu’il fait partie d’une collection que j’aime bien: doado, aux Éditions du Rouergue. On y retrouve souvent des textes courts et « punchés » sur des sujets sensibles chez les ados. Ici, on traite tout à la fois de marginalité et d’intimidation, d’homosexualité, d’automutilation, de rivalité fraternelle, de père castrant et de mère soumise, et de ces petits gestes qui peuvent parfois changer le cours d’une vie.

    Emballée!

    Damien a toujours subi de l’intimidation. Parce qu’il est grand et maigre, parce qu’il pleure quand ses bourreaux l’attaquent et qu’il ne riposte pas. Il n’a jamais vraiment eu d’amis avant qu’il ne change d’école et rencontre Samy et sa bande. Tout en noir et en piercing, ils impressionnent même les skateurs. Damien se lie immédiatement avec eux, se sent bien en leur présence, est fasciné par la liberté avec laquelle ses amis se touchent, se caressent les cheveux, se prennent par la taille. Lui qui a une telle carence des contacts physiques!

    Il adopte leur look gothique, se met à traîner avec eux, ce qui ne plaît pas du tout à son père. En laissant passer une blague suggérant qu’il serait homosexuel, Damien sème le doute dans son entourage. Le paternel explose, interdiction de voir Samy et sa bande. Damien se soumet, comme toujours, et c’est sur lui qu’il passe sa rage. Une lame entre les doigts, il s’entaille profondément la cuisse. Ça lui fait du bien, sa souffrance morale s’écoule avec son sang.

    Mais viens un moment où l’engrenage semble impossible à arrêter. Damien ne peut plus vivre sans Samy, mais son père refuse cette idée. Et la bande des skateurs revient dans le décor. Et sa soeur parfaite qui n’en rate pas une. Et sa mère qui ne dit rien… Ça devait exploser, tôt ou tard.

    Sceptique?

    Comment cette histoire pouvait-elle bien finir? Dès le départ, j’ai pensé au suicide, bien sûr. Trop facile. L’auteure s’est ici donnée du fil à retordre. Je ne suis pas encore certaine que les chemins qu’elle fait prendre à son histoire tiennent la route, mais ils ont au moins le mérite de faire prendre conscience aux adolescents du pouvoir qu’ils ont sur leur destin. Qu’il suffit parfois d’un seul petit événement et de comment on y réagit pour que l’histoire dérape… ou se transforme en conte de fées.

    J’en sors perplexe, et vous? C’est tout de même un texte court et rythmé qui nous accroche et duquel on a du mal à décrocher….

  • Les Zigotos, Benoît Charlat

    Date: 2012.04.19 | Catégories: À animer, Album, La bibliothécaire aime, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Pour rigoler, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    C’est lors d’une heure du conte à ma bibliothèque, animée par Noë Cropsal (un animateur vraiment génial que je recommande vivement), que j’ai découvert cette adorable série de petits livres. D’abord publié avec une couverture souple en France chez Casterman, Les 400 coups ont commencé à les réimprimer dans une version cartonnée et un format légèrement plus grand. Quelle merveilleuse idée! Et l’éditeur semble nous promettre sur leur site qu’il en sera ainsi des 22 titres!

    Pourquoi j’aime tant Les Zigotos

    Pour leur impertinence, voilà! Ras-le-bol de la morale dans les albums destinés aux touts petits, on a envie de les faire exploser de rire. Et ça fonctionne. J’en ai testé plus d’une douzaine sur ma petite Marguerite (20 mois), qui n’avait de cesse à la fin de la lecture de répéter « encore, encore », en courant vers le présentoir des livres empruntés à la bibliothèque pour se choisir un autre titre coloré.

    Donc, bien sûr, on aime pour les sujets. Ici, c’est sous des traits animaliers que les comportements (pour ne pas dire les travers) de nos petits trésors sont illustrés. Des crises reliées au retrait de la tétine chérie à cette manie qu’ils ont tous de se fouiller dans le nez, en passant par ces moments où ils jouent à redevenir des bébés (exaspérant!), les enfants se reconnaissent souvent dans les courtes histoires présentées.

    Mais pas toujours! D’autres titres n’ont pour finalité qu’une chute bien orchestrée visant l’éclat de rire. Je pense ici, entre autres, à L’oie qui jouait de la trompette ou au Canard qui n’avait pas peur de l’eau.  L’oie joue très bien de la trompette avec tout ce qu’elle trouve… mais quand elle trouve une vraie trompette, elle joue très bien… de la guitare! C’est d’ailleurs la force de tous les titres de cette série, la finale rebondissante dans laquelle est placé le personnage.

    On aime aussi beaucoup les couleurs vives des fonds sur lesquels se détache un graphisme inventif et animé. Les jeunes enfants sont attirés par ce type de couleurs et par les contrastes forts. Le dessin est caricatural et les traits sont exagérés, ce qui fait d’autant plus rigoler.

    Les histoires sont courtes, rythmées, « punchées ». Et avec le nouveau format un peu plus grand et des pages cartonnées bien résistantes, on serait fou de ne pas en mettre plusieurs exemplaires entre les mains curieuses de nos petits explorateurs.

    Bonne rigolade!

  • Quand la famille s’agrandit! Des livres pour préparer les plus vieux à l’arrivée de bébé.

    Date: 2012.04.03 | Catégories: Album, La maman aime, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Ça fait déjà quelques semaines que je n’ai rien publié sur ce blogue. C’est que je me suis tranquillement transformée en maman oiseau qui prépare son nid à la venue d’un petit. J’ai quand même beaucoup lu, mais surtout des albums pour mes plus grands. Afin de les préparer, eux aussi, à l’arrivée de bébé Aubert, prévue pour le 1er mai. Voici donc une présentation de ces albums que nous fréquentons en famille depuis quelques semaines déjà…

    Le très mignon et préféré de maman : Le ventre de ma maman, toi dedans, moi devant, Jo Witek
    C’est probablement le dessin de Christine Roussey qui m’a d’abord séduite. Coup de crayon minimaliste, style brouillon, mais très expressif, couleurs primaires avec une omniprésence du noir, du blanc et du rouge : tout pour me plaire quoi! C’est l’histoire toute simple d’une petite fille qui parle au bébé dans le ventre de sa maman. Chaque double page présente à droite l’enfant « devant » le ventre de sa maman, qui lui se trouve à gauche. L’enfant parle au bébé, lui raconte son quotidien, l’attente, la vie à l’extérieur, etc. Le ventre en question comporte toujours un volet à ouvrir présentant le bébé en évolution « dedans ». D’abord petit arrondi à l’extrême gauche de la page, au fur et à mesure le ventre se déploie et prend de plus en plus de place sur la page, venant même jusqu’à déborder sur celle de droite. Puis le ventre disparait et la puce se fait belle pour ce grand jour, celui où elle deviendra une grande sœur!

    Il est vrai que c’est idyllique comme déroulement et que la plupart du temps, les plus grands vivent des frustrations qui ne sont pas exprimées ici, mais… lorsque je regarde ma grande Simone de 3 ans qui parle tous les jours à ma bedaine et dit à son frère combien elle a hâte qu’il sorte, je me dis qu’il y a tout de même quelque chose de vrai dans cette histoire.

    Le très rigolo et préféré ex æquo de Simone : Maman va exploser, Fabrice Boulanger
    Ici, tout est dans l’excès : l’histoire, les illustrations caricaturales, la représentation de la mère (l’air niais à s’empiffrer, tentant vainement de mettre ses souliers, à 4 pattes dans le frigo…), etc.  C’est sûrement ce qui fait tant rigoler les enfants (un peu moins les pauvres mamans). Mais bon, ce n’est pas toujours facile pour eux de vivre avec les contraintes d’une bedaine si énorme que maman ne peut même plus les prendre sur ses genoux, alors autant en rire un peu et désamorcer le drame. N’empêche, je commence à en avoir assez de me faire demander: « Maman, quand est-ce que tu vas exploser? » ;0)

    Le très touchant et autre préféré ex æquo de Simone, Ma maman ballon, Marie-Isabelle Callier
    Depuis la lecture de cette histoire, Simone me surnomme, en riant, sa maman ballon. Pourtant, contrairement à l’histoire, je vis une grossesse tout à fait normale. Ici, on raconte plutôt les contraintes familiales liées à une grossesse difficile. Quand maman doit rester couchée et que la vie doit continuer. C’est un très beau livre sur la conciliation, sur l’apprentissage, sur la résilience même de l’enfant, qui comprend les efforts à faire pour que les bébés soient en santé (il s’agit ici de jumeaux). Le tout porté par des illustrations vaporeuses et poétiques, rappelant un univers onirique, d’une maman ballon qui ne doit surtout pas s’envoler, mais rester clouée au lit.

    Le petit format et préféré de Marguerite, Et dedans il y a …, Jeanne Ashbé
    Un petit livre carré et cartonné, idéal pour les petites mains dont la dextérité fine n’est pas encore tout à fait développée. Un petit album en trois temps : 1. La valise, le cadeau, la pastèque : on peut les ouvrir pour voir dedans. 2. Le nounours, la télévision, le ballon : il vaut mieux ne pas les ouvrir pour voir dedans. 3. Le ventre de maman quand s’annonce un nouveau bébé : on ne peut pas l’ouvrir pour voir dedans, mais… Chaque page présente l’élément nommé sur un volet à ouvrir afin que l’enfant puisse voir « dedans ». Puis, dans le dernier chapitre, on voit le ventre de maman en 3 temps et comment bébé évolue à l’intérieur. Pour terminer sur l’arrivée du bébé, calé confortablement dans les bras de grand frère. Simple et efficace, à l’image de tout le travail de cette auteure majeure qui sait si bien parler aux bébés de leur réalité.

    Le délirant et préféré d’Arthur, Maman a avalé un tigre!, Pascal Brissy
    Il ne s’agit pas ici d’un livre, mais plutôt d’une histoire racontée dans la très belle revue Histoires pour les petits, édition de janvier 2010. Anna croit dur comme fer que sa maman a avalé un tigre, car elle a un appétit féroce. Il bouge dans son ventre et ça lui fait faire des grimaces. Anna a peur que lorsqu’il n’aura plus de place dans le ventre de maman, il veuille aller dans sa chambre! Mais… peut-être qu’il est gentil, qu’il voudra jouer au ballon et qu’il aimera les câlins. À force de s’en convaincre, elle en vient à être contente… mais quelle surprise lorsque sa mère lui annonce que ce sera un petit frère. C’est papa qui va être content!

    Le très réaliste et préféré de papa, Il y a une maison dans ma maman, Giles Andrea
    Ce titre est sans doute celui le plus « ancré » dans le quotidien de l’enfant, celui dans lequel il se reconnait le plus. On voit le grand frère d’environ 2 ½ ans qui joue aux voitures avec ses parents, se brosse les dents avec papa, s’habille, joue aux trains, prend son bain avec maman, lit une histoire , etc… Et pendant chacune de ses activités, il nous parle du bébé qui grandit dans le ventre de sa maman et de ses besoins. De ce qu’il fera avec lui lorsqu’il sera sorti. Des réflexions d’enfants simples et réalistes, qui parleront aux 2 ½ ans- 3 ans, alors que  le premier livre présenté (Le ventre de ma maman, toi dedans, moi devant), s’adresse probablement à des enfants de 1 ou 2 ans de plus – ou à de très bons lecteurs-auditeurs.

    *****

    Pour ceux qui ne veulent résolument pas d’un bébé à la maison (généralement lorsque l’arrivé du petit dernier survient alors que le plus grand – enfant unique jusque-là – approche du 3 ½ – 4 ans), je suggère Bébé Cadum, de Stéphanie Blake et Quand le nouveau bébé arrive, moi je m’en vais, de Martha Alexander. Pour montrer qu’il y a aussi de bons côtés à devenir grand frère ou grande sœur!

  • Oh, boy!, Marie-Aude Murail

    Date: 2012.02.20 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Réaliste, Roman | Commentaires: 1

    Je connaissais cette auteure pour avoir lu, il y a quelques années, Maïté coiffure, que j’avais adorée. J’avais entendu parler élogieusement par plusieurs personnes de Miss Charity, sans jamais réussir à lire plus que quelques pages (ce que je suis en train de faire, comme quoi il y a toujours un bon moment pour lire un livre). J’avais emprunté souvent Oh, boy!, sans même l’ouvrir. Et puis, un soir….

    Oh, boy!, Marie-Aude Murail

     J’ai adoré ce livre. Ce n’est ni une grande dystopie à la Hunger Games, ni un roman d’aventures à la Vango. Pas de grand drame social, de guerre. Juste la triste réalité de trois orphelins parisiens qui n’ont personne vers qui se tourner. Un surdoué en mode survit, une ombre silencieuse au physique qu’on préfère ne pas voir et une adorable petite poupée blonde. Il faut leur trouver un foyer, mais tout et tous tenteront de les séparer : la travailleuse sociale, la juge, l’éventuelle demi-soeur qui craque pour la petite dernière, la mort… mais justement, leur serment c’est « Les Morlevent ou la mort! » Et malgré toutes leurs épreuves, dont je ne vous dirai rien sinon qu’elles nous déchirent, ils réussissent.

    Je me relis et me dis que cette description ne rend pas justice au livre. Qu’est-ce donc qui m’a tant plus que j’ai envie de vous en parler (car pour dire vrai, je n’écris d’article que sur quoi, 10% des livres que je lis)? Pour que ce livre m’habite pendant plusieurs jours? Pour que, malgré des semaines de travail surchargées en ce moment, une bedaine qui me donne l’air d’une baleine, et trois petits monstres qui aspirent mon énergie jusqu’à la moelle, je sois demeurée réveillée une partie de la nuit pour terminer ce livre commencé après avoir couché mes aînés?

    Me revient alors en tête un article de Rhéa, paru dans Le délivré, il y a déjà quelque temps. Un article sur les héros attachants et comment, à eux seuls, ils portent certains livres et nous font tomber sous leur charme. Et c’est exactement ça. La richesse de ce livre réside dans la puissance des personnages. On y croit, on les aime. Tout d’abord, ce demi-frère, jeune, homosexuel, dandy, irresponsable, assumé. Dont l’homosexualité n’est pas le centre du livre. On ne fait pas un cas de son orientation sexuelle, c’est comme ça et c’est tout. On lui reproche plutôt son instabilité. Et cette demi-sœur, qu’on n’arrive pas à percer. Qu’on sent mystérieuse et malheureuse. Dont la vie ne semble qu’apparence. Et la juge, entre les mains de qui le sort des enfants repose, qui n’est pas un modèle de moral et de vertu, qui cache du chocolat dans ses poches et succomberait peut-être au charme du demi-frère. Elle aussi, on voit ses travers. Et le médecin traitant (car la maladie aussi tente de séparer les Morlevent), érigé en rempart entre la maladie et ses patients, dont on aperçoit tout de même les failles. Et son assistant, un brin méprisant envers le jeune homosexuel. Tous ces personnages secondaires sont d’une épaisseur, d’une richesse, que j’ai rarement rencontrée. Ils vivent avec nous et c’est pourquoi je n’ai pas réussi à les abandonner avant d’avoir tourné la dernière page.

     

    Je réalise que je ne vous ai même pas encore parlé des trois personnages principaux, ces enfants d’abord laissés à eux-mêmes, qui se retrouvent finalement plus qu’entourés. Je vais préserver le mystère de votre rencontre avec les trois orphelins Morlevent, pour ne pas vous gâcher le plaisir. Eux aussi sont pleins de travers et de défauts, et c’est pourquoi on les aime tant. Prévoyez un attachement immédiat, un désir d’adoption instantané, et une incapacité prenante à les abandonner, au moins le temps de passer au travers les 207 pages du roman.

  • Sako, Martine Pouchain

    Date: 2012.02.13 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Comme plusieurs usagers de bibliothèque, j’ai la manie de réserver plus d’une dizaine de documents à la fois. Si bien qu’il m’arrive régulièrement de recevoir des documents dont j’avais complètement oublié l’existence – et la raison de mon intérêt. Suggestion sur un blogue? Présentoir en librairie? Article dans un quotidien (quoi qu’il soit si rare qu’on parle – intelligemment – je n’ai pas pu résister, désolée – de littérature jeunesse dans ces publications)? Quoi qu’il en soit, est atterrit sur mon bureau cette semaine: Sako, de Martine Pouchain. Jolie surprise.

    Sako, Martine Pouchain
    Je parle souvent de romans qui m’ont soulevée, bouleversés – voire traumatisé! Ici, nous ne sommes pas dans ce registre. C’est une histoire toute simple de cultures qui se rencontrent, de générations qui s’apprivoisent. C’est la France actuelle, où se côtoient la vieille garde et la nouvelle génération d’immigrant, dans un terrain de camping où sont immobilisées des roulottes défraîchies, entourées de jardins broussailleux. Sako, jeune malienne encore empreinte de l’enfance, laissée à elle-même pendant que sa mère se tue au travail, amadoue sa vieille voisine française Mado. Après quelques visites, celle qui rêvait fréquemment de sa mort et n’espérait plus rien de la vie, se surprend à attendre la venue de l’enfant. Elle renaît de cette rencontre avec l’autre- incarnée à la fois dans la jeunesse et le statut d’étrangère de Sako. C’est une histoire douce qui coule sur nous avec chaleur. Comme la petite Sako qui lit Robinson Crusoé en redoutant l’arrivée du voilier qui le fera quitter son île – et son ami Vendredi -, nous glissons dans l’histoire en espérant une fin autre que celle qui semble inévitable: la police venant vider le camp des sans-papiers.

    La langue est belle et simple, sans être simpliste. Les images, les symboles, les parallèles, les références le sont aussi. Un prof au secondaire pourrait très bien donner ce bouquin à analyser à ses élèves, ils aimeraient. Et même si ça ne se termine pas par “et l’enfant s’occupa de l’aînée jusqu’à la fin de ses jours”, une note d’espoir clôt ce livre. Ce qui nous fait peur et qu’on redoute pourrait bien être la source même de notre salut, suffit de se laisser apprivoiser. Une belle découverte, un livre qu’on referme avec douceur et qu’on médite encore, et encore.

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    Finalement, en cherchant le nom de l’auteure sur mon site, j’ai découvert avoir écrit sur un de ses romans que j’avais adorés, La ballade de Sean Hopper – un univers à cent lieues de celui de Sako. Je n’ai aucune mémoire pour associer un auteur avec son livre. Soit je me rappelle de l’un, soit je me rappelle de l’autre, mais je me rappelle toujours des histoires (1). Résolution pour 2012: je vais exercer ma mémoire à relier les auteurs à leurs oeuvres qui m’ont marquée.

    (1) Petite anecdote à ce sujet: à mes débuts comme bibliothécaire jeunesse en 2005, j’ai relu les classiques de mon adolescence, la trilogie de Marie-Lune par Dominique Demers, Cassiopée de Michèle Marineau, Nocturnes pour Jessie (j’ai tellement peiné à retrouver ce titre, réédité par la suite sous le titre Les chemins de Mirlande – c’est la version maintenant disponible en bibliothèque), etc. Je me rappelais aussi clairement de cette autre histoire, une trilogie, où la jeune fille se faisait avorter. Au moment de l’acte médical, son amoureux, le frère du père de l’enfant – qui était mort dans un accident de moto – était coincé dans un embouteillage dû au Carnaval de Québec! Ça se terminait aussi sur l’accouchement de la belle-mère de l’héroïne- il me semblait. Je me souvenais de tous ces détails, mais pas du titre des livres, ni du nom de l’auteur. Je me rappelais qu’elle était rousse par contre! Je croyais que ça avait été publié à La courte échelle… Et bien, à l’hiver 2010, j’ai reçu Reynald Cantin à la bibliothèque, un des trois auteurs du Trio Rigolo publié chez Foulire. Une classe me l’avait suggéré comme auteur à inviter. Avant la rencontre, en discutant avec lui, j’ai découvert que c’était lui qui avait écrit ces oeuvres dans les années quatre-vingt, qu’elles n’avaient pas été publiées à La courte échelle mais chez Québec Amérique, et que son héroïne s’appelait Ève! Je ne l’oublierai plus, promis. Que voulez-vous, j’aime les histoires…

  • Tu me prends en photo, Marie-Francine Hébert

    Date: 2012.01.30 | Catégories: Album, Pour aller plus loin | Commentaires: 3

    “Pas encore une photo!” Comme tous les parents de l’ère du numérique, je mitraille mes enfants avec nos appareils photo (et encore plus leur père, un photographe amateur). Je ne sais plus combien de disques durs externes servent à stocker ces précieux souvenirs, et ce, en de multiples exemplaires. Je tente d’emprisonner ces moments de bonheur, pour les ressortir lorsque je serai vieille et que mes petits-enfants voudront que je leur raconte les “tananteries” de leur père ou de leur mère enfants. Mais cette réalité n’est pas celle de tous les enfants photographiés. Tu me prends en photo nous le crie presque hargneusement.

    Tu me prends en photo, Marie-Francine Hébert, Les 400 coups, 2011
    J’attendais la sortie de ce livre impatiemment. J’adore l’auteur, j’adore la collection (carré blanc) et – oserais-je le dire? – Bof, après tout je ne me suis jamais réclamée critique – j’ai un gros faible pour les albums de cette maison d’édition (Les 400 coups). Il est arrivé sur mon bureau de bibliothécaire il y a une dizaine de jours. Je l’ai lu, et relue et rerelue. Déstabilisée.

    Souvent très poétique (Le ciel tombe à côté, Nul poisson où aller), les textes de Marie-Francine Hébert coulent en moi, me bercent. Et c’est de la rencontre brutale de ces mots déposés doucement dans mon oreille et de ce qu’ils racontent réellement – sous la fable – ici l’abus sexuel, là la guerre – que naît toute la force du message pour moi. Chuchoté, mais résonnant si fort. Ici, il en est tout autrement.

    Cette phrase, “Tu me prends en photo”, répétée en caractère gras à chaque début de page, semble être criée par l’enfant. Jetée au visage du photographe de guerre comme un miroir de son affront. “Pour quoi donc…” demande ensuite irrémédiablement l’enfant. Et moi, la lectrice, j’ai envie de demander à l’enfant, pourquoi donc tant de hargne envers le photographe? Je poursuis ma lecture, déstabilisée.

    Le point de vue est celui de l’enfant. Elle ne connaît pas la langue du photographe, mais devine ses questions. Dans un long monologue poétique, elle traduit les interrogations de son interlocuteur et y répond ironiquement. Il lui demande un sourire pour la photo. “Tu veux rire! Non, la longue marche ne m’a pas desséché la langue. Pas la longue marche!” . Et on découvre le quotidien de cette enfant qui en tient un autre dans ses bras, trouvé dans un fossé à côté de ses parents tombés morts. “Non, l’explosion ne m’a pas arraché la langue. Pas l’explosion!” Et l’explosion de sa maison, et sa peur, et le froid, et la faim, et son malheur, alors que le photographe tente de l’amadouer en voulant lui montrer des photos de ses propres enfants. “Tu veux me montrer leur photo, pour me jeter leur bonheur à la figure… Non, le malheur ne m’a pas usé la langue. Pas le malheur!”.

    Et je réalise, en cours de lecture, que ces phrases jetées au visage du photographe par l’enfant me heurtent, car je suis moi-même ce photographe. Je suis ce parent qui traîne dans ses poches une photo de ses enfants explosant de bonheur. Je suis cette adulte-témoin, qui sait et qui laisse-faire… Et qui ne sait pas trop quoi faire en fait. Comme le photographe de l’histoire, je laisse couler une grosse larme qui me fait du bien. Suite à cette rencontre traumatisante, il range son appareil, vais-je ranger ce livre?

    “Tu dis: Je déteste la guerre!
    Moi aussi, si tu veux savoir.
    Tu dis: je gagne ma vie, c’est tout.
    Moi, je la perds, vois-tu.”

    L’auteur dédit le livre “Aux enfants dont on prend la photo quand la guerre leur a déjà tout pris ; Aux photographes sans lesquels le reste du monde ignorerait leur existence.” Si les photographes font leur part en ramenant des témoignages, je pense que c’est à nous, médiateurs, de les diffuser. Et comme je crois que la sensibilisation, l’éducation, dès le jeune âge, sont nécessaires, même si parfois difficile, je vais tenter de mettre ce livre dans les mains du plus grand nombre de personnes possible – parents, enseignants. Comme je le fais depuis 7 ans pour Une si jolie poupée, de Pef. Et de mon côté, je vais prendre mon courage de parent à deux mains, bien réfléchir à l’orientation que je veux donner à la discussion que j’aurai sans doute avec mon grand à la suite de la lecture de ce livre, et plonger, avec lui. Lui qui a, en fait, le même âge que cette petite fille.

  • Yakouba, Thierry Dedieu

    Date: 2012.01.16 | Catégories: Album, Arthur demande, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin | Commentaires: 0

    Après l’orgie des livres rouges (maintenant rangés pour une autre année ou retournés à la bibliothèque), mes enfants et moi avions envie de documents d’une tout autre palette de couleurs. Parfois, des critères aussi futiles que celui-ci nous mènent vers de véritables petits bijoux.

    Yakouba, Thierry Dedieu
    Je connaissais visuellement ce livre depuis longtemps. Surdimensionné, il  dépasse de plusieurs centimètres ses voisins de la cote “Ded” sur son rayon à la bibliothèque. Je savais aussi qu’il fait partie de la collection Coup de poing, des livres qui ébranlent. Il me faut avouer que parfois, le hasard retarde une rencontre qui n’en ai que plus réjouissante lorsqu’elle a lieu.

    Tout d’abord, le visuel nous heurte. Des couleurs terreuses et du noir, uniquement. Le trait est brouillon, grossier. L’ensemble a quelque chose de l’esquisse, un peu floue, un peu vague. La page couverture est tout à fait représentative de l’atmosphère de l’album. Bien calée sous la couette, entourée d’Arthur (5 ans) et Simone (3 ans), j’ai douté brièvement de leur choix (c’est eux qui l’ont choisis dans le présentoir consacré aux livres de bibliothèques juste avant l’heure du dodo). Mais comme je ne suis pas de celles qui croient qu’il y a un âge pour chaque livre, et qu’après tout leur maman a un solide bagage pour médiatiser les histoires, je me suis lancée.
    Et ne l’ai pas regretté.

    Ça raconte le passage à l’âge adulte des jeunes garçons dans une tribu guerrière de l’Afrique subsaharienne. Les futurs guerriers doivent trouver le lion dans la savane et l’affronter, seuls. Avec une économie de mots impressionnante et un décor schématique, Dedieu nous absorbe magistralement dans la quête de Yakouba.

    Sous un soleil de plomb, marcher, /franchir les ravins, contourner les collines, / se sentir rocher, forcément, / herbe, bien sûr, / vent, certainement, /eau, très peu.

     Le jour comme la nuit, épier, scruter; oublier la peur qui serre le ventre, qui transfigure les ombres, rend les plantes griffues et le vent rugissant. Attendre des heures et puis soudain…

    Lorsqu’il le trouve, il est majestueux, terrifiant… et blessé. Dans les yeux du lion, l’enfant lit, devine, une prière:

    Comme tu peux le voir, je suis blessé. J’ai combattu toute la nuit contre un rival férose. Tu n’aurais donc aucun mal à venir à bout de mes forces. Soit tu me tues sans gloire et tu passes pour un homme aux yeux de tes frères, soit tu me laisses la vie sauve et à tes propres yeux tu sors grandi, mais banni, tu le seras par tes pères. Tu as la nuit pour réfléchir,

    L’enfant décidera de laisser la vie sauve à la bête et rentre chez lui où le clan le fait gardien des bêtes. Et l’album se termine sur ces mots:

    C’est à peu près à cette époque que le bétail ne fut plus jamais attaqué par les lions.

    Cette histoire est d’une telle richesse à nos yeux d’adultes: rite de passage, honneur, importance de la reconnaissance des pairs, écoute de soi et de sa conscience, respect des forces de la nature. Nous y voyons une multitude d’angles par lesquels entrer dans l’histoire et aborder l’oeuvre avec nos jeunes.

    Pour ma part, j’en ai fait une lecture simultanée avec les miens, et à la fin du livre, voici l’échange que j’ai eu avec mon grand:

    “Maman, est-ce que le lion a vraiment parlé à Yakouba?”

    “Qu’est-ce que tu en penses Arthur?”

    “Moi je pense que non, que Yakouba s’est dit tout ça dans sa tête. Parce qu’il le savait que ce n’était pas juste de se battre avec un lion blessé.”

    “Est-ce que Yakouba le savait que s’il choisissait de ne pas se battre avec le lion, il ne serait jamais un guerrier comme ses amis?” (Et croyez-moi, mon petit chevalier / amateur de Star Wars, de viking et autres nobles batailleurs, sait ce qu’est un guerrier et le statut d’être « supérieur » de celui qui fait parti de ce groupe)

    “ Oui, mais il a choisi d’avoir de la peine à la place du lion.”

    Tiens, c’est par l’angle du sacrifice qu’il a choisi de comprendre cette histoire. Du haut de ses cinq ans, il sait que le bonheur des autres nous rend parfois plus heureux que notre propre bonheur. Je ne le répéterai jamais assez, il faut faire confiance à l’intelligence des enfants.

    Pourquoi est-ce que j’étais due pour découvrir ce bijou maintenant? Parce que je ne l’aurais jamais vu sous le même angle si mon petit bonhomme de cinq ans n’avait pas joué les médiateurs auprès de sa maman.

    Je vous recommande aussi vivement la suite, Kibwé.

  • Les livres que j’offrirai à Noël

    Date: 2011.12.21 | Catégories: Album, Arthur demande, Développer son imaginaire, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Pour rigoler, Simone exige | Commentaires: 0

    Comme plusieurs d’entre vous, j’en suis certaine, j’offre toujours des livres en cadeau à mes enfants à Noël et à leurs fêtes. C’est autant un cadeau pour eux que pour moi, ces titres que je choisis soigneusement, car ils resteront dans notre bibliothèque et je sais que je devrai les lire à répétition. Vous me promettez de ne pas leur révéler leur cadeau? Alors d’accord, voici ce que j’offrirai à mon petit clan pour Noël (hormis l’épée de Star Wars, la décapotable de Barbie et la poupée Bout de choux – la vraie avec des cheveux en laines, on se demande si c’est pour la mère ou pour la fille!):

    Pour mon grand Arthur, 5 ans: Dessine, Bill Thomson
    Ce tout nouvel album sans texte, paru cet automne à L’école des loisirs, est une pure merveille. D’abord, pour la qualité du dessin hyperréaliste (qui rappelle un peu Stéphane Poulin), ensuite pour le message: tout est possible avec un peu d’imagination! Finalement, pour le bonheur de se faire prendre par l’histoire. Même les adultes ne remarquent pas ce petit détail qui fait tout basculer. Je ne vous en dis pas plus, ça gâcherait votre plaisir.

    Voici l’histoire: des enfants débarquent au parc un jour de pluie. Ils y trouvent un sac de craies et se mettent à crayonner par terre. Or, magie, ce qu’ils dessinent prend vie. Maintenant, regardez la page couverture, vous vous doutez de ce que le petit coquin du groupe va gribouiller… Comment les enfants vont-ils s’en sortir? Un délicieux album qu’on déguste page par page, en s’attardant au dessin… et aux détails! Et pour une fois, on peut les laisser nous raconter l’histoire sans qu’ils demandent systématiquement “Lis les mots maman”.

    Pour ma princesse Simone, 3 ans: Blanche-Neige, Andrée Poulin, illustrée par Gabrielle Grimard (Éditions Imagine)
    J’adore cette collection des Éditions Imagine. Avouez qu’ils sont rares les albums qui s’adressent aux jeunes enfants en reprenant les contes classiques et en se donnant la peine de les doter d’illustrations de qualités. De plus, ici, les textes originaux sont respectés. Exit les versions sirupeuses à la Walt Disney. Et ces histoires qu’on aime sont racontées par des auteurs pour la jeunesse québécois dont on côtoie les ouvrages depuis longtemps. Que demander de plus! Je les recommande tous, mais j’ai un faible pour les illustrations tout en contrastes dans les teintes de rouge, noire et blanc de cette Blanche-Neige. Parfait pour une petite princesse en devenir.

    Pour ma monstresse Marguerite, 16 mois, passée maître dans l’art du “bacon” couchée par terre: Je suis terrible, d’Élise Gravel
    Un premier tout carton pour cette auteure, qui fait l’unanimité chez nous. Je vous ai déjà dit que Simone était propre le jour de ses deux ans, car à chaque fois qu’elle allait sur le pot, je lui lisais Bienvenue à la monstrerie? Elle a un faible (tout comme moi d’ailleurs) pour les Crapouilles. Toutes les occasions offertes par sa vessie étaient donc bonnes pour se faire lire ce livre, et je peux compter sur les doigts d’une seule main les fois où elle s’est échappée. Beaucoup plus efficace que les smarties!
    Ici, le pauvre petit monstre essaie d’effrayer l’enfant, mais n’y parvient pas, il est beaucoup trop mignon! Seul le chien a peur, piètre performance pour cet aspirant monstre. Mais un câlin ne vaut-il pas mieux qu’une frousse? Adorable!

     

    Et vous, qu’offrirez-vous à vos petits lecteurs en devenir? Et un Joyeux Noël à tous. Je serai de retour après le temps des fêtes.

  • La trêve de Noël, Michael Morpurgo

    Date: 2011.12.06 | Catégories: Album, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman enfant | Commentaires: 1

    Je me dis depuis longtemps déjà qu’il faudrait bien que je trouve le moyen de vous parler de Michael Morpurgo, dans l’éventualité où vous ne l’ayez jamais croisé sur les rayons de votre bibliothèque. C’est un auteur majeur, du calibre d’un Robert Cormier (dont je vous ai parlé ici), mais dans un style totalement différent. Le Royaume de Kensuké, Soldat Peaceful pour les plus vieux; Toro! Toro! ou L’ours qui ne voulait pas danser pour les plus jeunes. C’est finalement via son très beau livre La trêve de Noël que j’y arrive.

    La trêve de Noël, Michael Morpurgo
    Nous savons tous qu’elle a eu lieu, cette nuit mythique de 1914 où des soldats ennemis, en pleine Première guerre, ont arrêté les hostilités. Ici, l’histoire est romancée, avec pudeur, dans un récit sobre et magnifiquement illustré.

    Nous sommes la veille de Noël, un homme entreprend de restaurer un vieux secrétaire qu’il a acheté chez un brocanteur. Il est mal en point, abîmé par l’eau et le feu. Le dernier tiroir résiste, c’est qu’il cache, on s’en doute, un fragile secret. Une toute petite boîte en métal sur laquelle une étiquette mentionne “ Dernière lettre de Jim, reçue le 25 janvier 1915. Le moment venu, l’enterrer avec moi.”. L’homme est curieux, ne le serions-nous pas tous, et lis la lettre adressée à Mme Jim Macpherson. C’est dans celle-ci qu’on retrouve le récit de la fameuse trêve de Noël. Racontée sans envolée lyrique, par un soldat au fond d’une tranchée, cette nuit n’en devient que plus magique dans l’imagination du lecteur. Les ennemis ont mangé, bus et bavardé ensemble toute la nuit. Ils ont joué au foot, ont chanté. Ils ont évoqué leurs familles et le désir de chaque soldat, peu importe son origine, de terminer cette guerre et de rentrer chez lui. Un moment de paix et de bonne volonté, comme l’écrit le soldat. Il écrit aussi sa certitude qu’ils seront ensemble au Noël prochain…

    L’homme décide de retrouver la dame à qui était adressée la lettre et y arrive sans trop de peine. En voyant l’homme approché et lui tendre la lettre, les yeux de la centenaire se remplissent de larmes: “Tu m’avais promis de rentrer pour Noël mon chéri. Et te voilà, mon plus beau cadeau de Noël. Approche, mon cher Jim, assieds-toi.” Elle confond, bien sûr… Vraiment? L’illustration suivante nous montre pourtant un soldat vaporeux dans le bleu d’une nuit étoilée, une lettre à la main. On dirait qu’effectivement, il est enfin revenu.

    Une belle histoire, toute simple, très courte. Un petit objet-livre à mi-chemin entre l’album et le premier roman. Un outil puissant pour amorcer une discussion avec nos jeunes sur la guerre, mais surtout sur la paix. À ne pas cacher dans le dernier tiroir d’un secrétaire…

  • Livres à animer, ou à déguster collé-collé, pour Noël

    Date: 2011.11.28 | Catégories: À animer, Album, Arthur demande, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Simone exige | Commentaires: 0

    Il y a quelques semaines, je vous avouais que c’est grâce aux tout-cartons que je suis sortie de ma déprime post-Vango. Et bien, c’est une demi-vérité, car cette journée où j’ai dépensé comme une folle à la librairie Monet, je n’ai pas acheté que des livres pour les tout-petits. ..

    Plusieurs vont trouver que cet article a été écrit beaucoup trop tôt. Que Noël, c’est juste dans un mois! Et bien, ça fait déjà un petit moment que je me retiens de vous en parler, car je place des commandes presque quotidiennement pour des livres sur le sujet.  Aujourd’hui, mes bibliothèques personnelles et professionnelles sont fin prêtes, parées de leurs plus beaux atours. Laissez-moi donc le plaisir de vous dévoiler mes titres de Noël préférés.

    Dans un premier temps, ce que contient la mystérieuse boîte cachée sous mon lit…

    Depuis que mes enfants sont nés, j’achète chaque année quelques livres qui viennent enrichir notre coffre au trésor. La tradition familiale (ou plutôt l’obligation imposée par le patriarche du clan) veut que je ne la sorte que le 1er décembre, date à laquelle j’ai également le droit de faire le sapin. Mais cette année, nous sommes deux à vouloir que tout arrive plus vite. J’ai mon grand Arthur, 5 ans, qui a, lui aussi, fait pression sur papa. Il semble avoir plus de poids que moi, car nous avons réussi à devancer de quelques semaines la cérémonie du coffre au trésor (mais pas celle du sapin – de toute façon ils ne sont pas encore arrivés au Marché Jean-Talon).

     

    Les coups de coeur d’Arthur: Boréal Express et Le petit Père Noël

     
    Tout le monde connaît le film Boréal Express, où Tom Hanks a prêté ses traits au conducteur du train. Mais peu de gens connaissent l’album de Chris Van Allsburg à l’origine du film. En fait, bien des gens pensent que c’est l’album du film alors que c’est le contraire!  J’ai lu cette histoire pour la première fois à Arthur alors qu’il n’avait que 3 ans, et même si elle est longue et que les dessins ne sont pas des plus accessibles, il me l’a tant réclamé, qu’année après année, il peut répéter mes intonations avant même que je ne les prenne. Ce classique raconte l’histoire d’un petit garçon qui doute de l’existence du Père Noël. Pour avoir le fin mot de l’histoire, il reste éveillé la veille de Noël, espérant entendre les clochettes du fameux traineau. C’est plutôt un train, le Boréal Express, qui s’arrête devant chez lui tard dans la nuit. Le contrôleur l’invite à monter à bord, direction: Pôle Nord. Cette magnifique fable vaut la peine d’être lue, particulièrement si vous avez un petit amateur de train à la maison. Et la finale est très réussie. Lisez-le et dites-moi si, comme moi, vous les entendez toujours?

     

    Le Petit Père Noël: Ce livre grand format est idéal pour les heures du conte en groupe, petit ou grand. Mon petit groupe l’aime bien et maman apprécie les illustrations d’Henrike Wilson. C’est l’histoire du plus petit des Pères Noël, celui qui se prépare toujours à l’avance, mais ne peut jamais accompagner les grands dans la distribution de présents. Alors qu’il se promène dans la forêt la nuit de Noël, il surprend une assemblée d’animaux qui se plaignent de ne jamais rien recevoir du Père Noël. Qu’à cela ne tienne, le Petit Père Noël revient avec un traîneau rempli de présents. Il est dès lors élu le Père Noël des animaux. C’est le premier titre d’une série. Je vous parlerai bientôt du préféré de maman: Merci Petit Père Noël.

     

     

     

    Les coups de coeur de Simone: Joyeux noël, Ours affamé! et Joyeux Noël, Splat

     
    À la maison, on aime beaucoup La petite souris, la fraise bien mûre et l’ours affamé.  Quel bonheur de découvrir il y a quelques années que la jolie souris et le méchant ours vivent aussi une aventure de Noël! Ici, la petite souris se prépare pour les festivités en décorant sa maison et en emballant ses multiples cadeaux. Pendant ce temps, le narrateur ramène à son souvenir le pauvre ours affamé, seul et triste, dans sa caverne noire. Il insiste tant que la souris décide de chausser ses bottes et de remplir son traîneau de présents pour l’ours endormi. Mais, attention petite souris, quelqu’un de gros se réveille….

     

    Splat est entrée dans notre boîte de Noël cette année seulement. Parce que nous avons un chat à la maison (Garniture de son prénom), que Simone les adore, et que Maguerite en a peur (il faut donc l’y habituer). Je ne suis pas une grande admiratrice des chats, mais il faut avouer que Splat est mignon. Et ce titre sert très bien cette morale tordue selon laquelle pour recevoir un cadeau du Père Noël, il faut avoir été un très très gentil chat. Menace toujours utile à servir à l’approche du temps des fêtes (gnak-gnak-gnak). Sérieusement, l’histoire est banale, mais les dessins sont réjouissants et l’ensemble plaît énormément aux enfants. Ça raconte l’histoire d’un pauvre chat- Splat - chez qui la soeur sème un doute: ai-je été assez gentil pour recevoir un cadeau. Qu’à cela ne tienne, Splat décide de se reprendre… en aidant (?) tout un chacun. Situations cocasses et fin prévisible, mais c’est parfois ce dont les enfants ont besoin.

     

    Les coups de coeur de Maman: Olivia prépare Noël et Le Noël de Rita et Machin

     
    Ahhhhh, Olivia. Ce qu’elle est mignonne dans son pyjama de Noël. J’aime sa vivacité, sa légèreté et la manière dont elle nous désarçonne. J’aime aussi beaucoup le dessin de Ian Falconer ainsi que le découpage des images qui rappelle la bande dessinée. Olivia meurt d’impatience en cette soirée de Noël. Pour éviter qu’elle ne passe la soirée à la fenêtre, (d’où on aperçoit une pluie désolante) ses parents réclament son aide. Pour nourrir son frère (il vomit), pour décorer la table (elle coupe le sapin). Elle fait gaffe par-dessus gaffes, mais finalement le temps de dormir arrive!  Puis c’est le matin, la neige et les cadeaux. Et des cases délirantes où Arthur s’est bien bidonné à voir Olivia essayer ses skis alors que son frère fait de la luge.

     

    Les deux titres que j’ai choisis se déploient dans les mêmes teintes de blanc, noir et rouge. Rita et son chien, Machin, sont très occupés en cette nuit de Noël: liste de cadeaux dresser, goûter du Père Noël et des rennes à préparer, chanson à apprendre. Le problème, c’est que Machin n’est pas très discipliné et risque de tout faire déraper… surtout lorsqu’il se met à japper furieusement contre le gros bonhomme rouge. Encore une fois, c’est le coup de crayon et le style « bédéesque » d’Olivier Tallec qui a séduit la bibliothécaire.

     

     

    Prédiction de ce que seront les coups de coeur de Papa: Noëls du monde et Père Noël et son merveilleux monde magique

     
    Il y a encore un peu de résistance du côté du paternel. Il ne pense qu’au village en légo qu’il créera sous le sapin avec les enfants. Mais un soir viendra où maman ne sera pas là pour conter les histoires (le mardi en fait, je travaille le soir), et Papa devra se résoudre à  prendre un livre de Noël. Connaissant son goût pour le documentaire, je suis certaine que son choix ira vers ces deux titres présents dans notre bibliothèque.
    Noëls du monde: Ce documentaire présente les différentes traditions de la fête de Noël à travers le monde. De l’Allemagne à l’Espagne, en passant par l’Italie, la France ou  le Brésil, chaque double-page présente une recette traditionnelle, les préparatifs liés aux célébrations, parfois une chanson, le tout présenté du point de vue d’un enfant. Les illustrations d’Olivier Tallec participent à la qualité de l’ouvrage que Papa et les grands enfants (je pense ici à mon Arthur qui raffole de ce genre de livre depuis qu’il a lu avec son père Familles du monde entier – que je recommande vivement!), vont adorer.

    Père Noël et son merveilleux monde magique: Petits et grands enfants aiment ce type de livres “précieux” avec une multitude de petits trésors se cachant derrière des volets ou dans des pochettes. Celui-ci a l’avantage d’être québécois et donc de refléter nos attentes vis-à-vis de la vie au Pôle-Nord. Le Père Noël ne mange pas de tartiflette et ne boit pas de vin chaud! Et qu’on se le dise, chaque renne du Père Noël y est nommé, quelqu’un connait-il vraiment ces derniers, mis à part la vedette au nez rouge qui tire le traineau?

     

     

    Vous vous dites, et Marguerite dans tout ça, elle n’a pas ses livres préférés de Noël elle aussi? Oui, pour l’instant il s’agit de Le non et Le cauchemar, tous deux de Claude Ponti – et ils n’ont rien à voir avec Noël, d’où l’absence de sa sélection. Mais ne vous en faites pas, j’ai encore des titres en réserves, que je sortirai dans les prochaines semaines et dont je vous ferai pars. Il y a tant de livres sur le sujet!

    
  • Le bébé tombé du train, Jo Hoestlandt

    Date: 2011.11.22 | Catégories: La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 0

    Je vous l’ai déjà dit que j’aime le théâtre depuis bien plus longtemps que la littérature jeunesse? J’ai fait mon cégep en théâtre, il y a maintenant bientôt 15 ans. Je suis une spectatrice plutôt exigeante, je n’aime pas qu’on me dévoile tout. Qu’on m’explique tout par peur que je ne comprenne pas.

    Et bien, j’ai les mêmes attentes avec la littérature jeunesse. J’ai pour conviction qu’il faut laisser les liens se tisser d’eux-mêmes, permettre au lecteur de découvrir lui-même certaines choses. Glisser des indices, infimes. J’aime que subtilement, l’auteur glisse un détail qui pique la curiosité du lecteur et le pousse à en chercher le sens.

    J’aime qu’on me questionne quand je vais au théâtre, tout comme quand je lis un livre pour enfant. Et c’est pourquoi j’ai beaucoup aimé la lecture de ce livre.

    Le bébé tombé du train, Jo Hoestlandt
    Dès le titre, on se doute de l’histoire. Parce que nous, adultes, connaissons l’histoire avec un grand H. Et c’est bien de ça dont il est question, de déportation, de guerre, de juif, même si les mots ne le disent jamais. Des détails le suggèrent, des illustrations nous orientent dans ce sens. On y rencontre pourtant un homme qui vit hors du temps, seul dans sa maison et son jardin. Au bout de ce dernier, des trains passent tous les jours. Il ne sait pas ce qu’ils contiennent, ni où ils vont. Ça ne l’intéresse pas. Il a du travail dans sa maison et son jardin. Et c’est tout.

    Même si chaque fois que passe un train, des objets sont lancés sur son terrain, il ne s’y intéresse pas, les jette ou les brûle. Un jour pourtant, il serre sur son coeur quelque chose tombé du train et sent que s’en séparer équivaudrait à s’arracher le coeur. L’homme s’ouvre à cet enfant, au regard profond où brille une étoile jaune. Il découvre le monde avec lui. Va jusqu’à dénicher des livres pour répondre à ses questions, lui qui n’a jamais été curieux de ce qui l’entoure. Le jour où des gendarmes viennent, il découvre qu’il serait prêt à tout pour garder cet enfant près de lui. Et il ira jusque-là. Bousculant sa manière de vivre, renonçant à sa solitude et à qui il croyait être.

    Je pense qu’il faut croire en l’intelligence des enfants. Combien de fois un enfant vous a surpris en relevant un détail que vous-même aviez ignoré, dans un texte ou sur une image? Ils sont vifs et allumés, donnons-leur matière à être interpellés. Et ici, cette matière déborde.

    Je ne vous dis pas comment ça se termine, allez plutôt lire le livre. Et mettez-le entre les mains des enfants ensuite, vous serez alors prêt à répondre à leurs questions. Et peut-être le ferez-vous, comme Anatole, avec des livres. Et si votre enfant en demande encore, allez avec lui voir la bibliothécaire jeunesse de votre quartier. Il existe une quantité d’oeuvres de fiction et de documentaires sur le sujet, qu’elle ne manquera pas de vous recommander.

  • La fin de la déprime, vive les tout-cartons!

    Date: 2011.11.15 | Catégories: Album, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Pour rigoler, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Dites-moi que ça vous arrive aussi? Habituellement, je suis une lectrice boulimique. Toujours, un, deux ou trois livres de commencés. Et je me permets d’arrêter ma lecture si l’ennui me prend ou si je dois me forcer pour continuer un livre. Mais au cours des dernières semaines, j’ai vécu quelque chose de particulièrement troublant : une déprime littéraire.

    La déprime post-Vango
    Je vous ai déjà parlé ici de l’amour que je voue à ce personnage entré dans ma vie il y a un peu plus d’un an. J’attendais avec impatience la sortie du tome 2. Jamais je ne m’attendais à ce coup de couteau littéraire dans le dos. Je m’étais pourtant préparée, lisant à petite dose la suite des aventures de mon héros. J’étirais la sauce, m’obligeais cette fois à lire d’autres livres (particulièrement des livres sur la grossesse et la maternité, car je suis enceinte de mon quatrième enfant et j’ai tendance à l’oublier). Mais il a bien fallu lire ce dernier chapitre, si intense, où tout se boucle. C’est à une scène digne d’un vaudeville que nous convie la finale du dyptique alors que tous ces destins, qui se croisent depuis le début du premier tome, trouvent enfin leur dénouement. J’en suis sortie estomaquée, vidée, épuisée. Et après avoir vécu une aventure aussi passionnante… je suis tombée en dépression littéraire.

    J’ai d’abord emprunté une quinzaine de titres, tous vivement recommandés par des sources plus que fiables. J’en ai commencé la moitié, et même si c’était visiblement de très bon bouquin, je n’ai accroché à aucun. La déprime. Sérieuse. Grave. Douloureuse. Je ne m’ennuyais pas de Vango précisément, mais de l’intensité qu’il m’avait fait vivre. Comme une amoureuse déchue qui s’ennuie de l’amour.

    J’ai passé par toutes les étapes du deuil. Le déni (ben voyons, il n’était pas si extraordinaire que ça!), puis la colère (bordel, il n’existe quand même pas qu’un héros dans l’univers pour me faire vibrer) et enfin l’acceptation (c’est fini pour moi, autant lire La comtesse de Ségur ou Anne la maison aux pignons verts, je ne les ai jamais lus après tout). C’est alors que…

    Les tout-cartons à la Librairie Monet
    Que fait une fille en peine d’amour? Elle s’achète des vêtements. Que fait une bibliothécaire en peine littéraire? Elle achète des livres. Et c’est encore mieux, parce que ce n’est pas mon portefeuille qui en souffre. J’avais beaucoup d’argent à dépenser, un moral à remonter et une collection de tout-cartons à rafraîchir!

    J’ai passé l’après-midi au septième ciel. Pas de livres gnagnas sur les contraires, les animaux de la ferme, les parties du corps ou les types de vêtements. Non, des tout-cartons qui respectent l’intelligence de nos poupons, qui ont le droit d’être nourrit avec autre chose que des petits pot Gerber livresque! Et lorsque j’ai reçu la dizaine de boîtes de livres à la bibliothèque cette semaine, et bien c’était encore mieux que Noël!

    Je vous donne en vrac quelques coups de coeur issuent de ces boîtes, autres que ceux présentés ici et ici:

    La série Fais pas…. et  Fais-toi…, de Christian Guibbaud, Chez Milan jeunesse
    Dans le genre des livres à rabats, ces titres sont parmi mes préférés. Chaque titre reprend le même principe: la page de gauche demande au petit lecteur de poser une action sur la page de droite, et de soulever le volet par la suite. À noter que les illustrations aux couleurs vives plaisent particulièrement aux enfants, et à leurs parents!

    Dans Fais pas le clown, les enfants découvrent les personnages des contes, classiques ou autres, dans de drôle de situation. Ainsi, l’enfant doit frotter une lampe magique d’où sortira un génie, souffler sur les habits d’une drôle de grand-mère, qui cache en vérité le grand méchant loup, chatouiller un monsieur muscle, qui reçoit son haltère sur la tête quand il se met à se bidonner… Dans Fais pas le singe, c’est le même principe, mais avec des animaux. Ainsi, le petit lecteur doit tirer la langue à un singe, qui le lui rend bien sous le volet, tendre les doigts à un mignon petit poisson, qui s’avère être un piranha, etc.

    Fais-toi rire présente également principalement des animaux qui subissent les actions de l’enfant. Le chameau devient dromadaire suite à une petite tape sur sa bosse, le zèbre perd ses rayures, le poussin sort de sa coquille, etc. Mon préféré reste par contre Fais-toi peur. “Abracadabra, ce balai n’est pas à toi” et le balai et la sorcière se changent en carotte. “Souffle les bougies du fantôme…” et le pauvre petit à peur du noir. “Tire la langue au dragon” et il nous enflamme. Adorable et très rigolo, j’adore les lire avec mes enfants. Ils impliquent un véritable dialogue entre le lecteur et le livre, rendant la lecture très dynamique. À avoir absolument à la maison!

    Et dedans il y a… et Et après, il y aura…, Jeanne Ashbé, Pastel
    Vous connaissez déjà le culte que je voue à cette auteure pour les tout-petits. Ces deux titres, que je ne connaissais pas, m’ont charmée. Ma bibliothèque est située dans un quartier très prisé par les jeunes familles. On me demande presque quotidiennement des livres pour préparer grand frère ou grande soeur à la venue de bébé. J’ai mes classiques (le réaliste Il y a une maison dans ma maman ou le rigolo Maman va exploser), mais ces deux petits formats sont particulièrement séduisants.

    Et dedans il y a… est divisé en trois mini-chapitres, tout comme la suite. Chaque chapitre comprend trois pages, donc trois volets à ouvrir nous révélant ce que contiennent les objets sur le dessus du volet. Ainsi, le chapitre un présente des choses qu’on peut ouvrir pour en découvrir le contenu “Qu’y a-t-il dans la valise?” “Mon pyjama, mes chaussettes et ma chemise”. Quant au chapitre deux, ce sont des choses qu’on est mieux de ne pas ouvrir “Qu’y a-t-il dans ton nounours?” “De l’ouate, de la paille et des petits crochets”. Finalement, le chapitre trois présente le ventre de maman lorsque s’annonce un nouveau bébé. On ne peut pas l’ouvrir, mais en soulevant le volet, l’enfant voit le bébé grandir en trois étapes. Et la dernière image présente le grand frère tenant le bébé finalement sorti!

    Et après, il y aura… dans celui-ci, le chapitre un présente des éléments du quotidien de l’enfant dont il peut prévoir la suite: “Après le jour” “Vient la nuit”. Le chapitre deux présente des situations qui comportent parfois une surprise “ Après la tour” “Tout s’écroule, boum”. Finalement, le troisième présente des situations qui vont changer une fois bébé arrivé, et d’autres qui resteront les mêmes ”Il y aura les dodos du bébé, bien sûr, chuuut…” “Et après une longue histoire rien que pour toi!”. Et la dernière page fait un saut dans le temps avec l’illustration de deux enfants collés-collés devant un livre avec la mention “Et puis, encore après, encore après, il y aura deux grands amis!”.  Adorable et tout à fait à propos quand l’enfant à préparer à une naissance est encore tout petit.

    Les petits irrévérencieux
    J’adore la petite collection Tête de lard aux Éditions Thierry Magnier. Et ce titre de Voutch a été une découverte désopilante pour moi (si vous avez un enfant de +/- 3 ans à la maison, vous allez comprendre). Dans Pourquôôôâ, Papa grenouille dit à fiston que c’est l’heure d’aller faire dodo. Celui-ci réplique le classique “Pourquooôôââ?”. Et papa se lance “Parce qu’il fait nuit” et la série de “Pourquooôôââ?” s’enchaîne. “Parce que le soleil s’est couché…Parce qu’il était fatigué…” Et comme c’est une histoire version grenouille, et bien le soleil est fatigué/ d’avoir éclairé la cuisine du pâtissier toute la journée/ pour lui permettre d’attraper des mouches/ afin qu’il en fasse de la glace! Fiston grenouille réplique alors “Miam! Moi, j’adore les glaces à la mouche!” Papa prend alors le relais et lui lance un tonitruant “Pourquooôôââ?”. Un sérieux coup de coeur.

    Cou-ci Cou-ça, Anne Louchard, Mineditions
    Un petit dernier dans la catégorie des adorables. Dans ce livre, l’auteure pose, à la première page, la question très pratique ”Comment les girafes font-elles pour dormir avec ce cou interminable planté sur les épaules?”. Un clin d’oeil amusant à la longueur du dit cou est repris dans le format, car pour lire cette phrase, il faut soulever un rabat vertical qui prolonge l’illustration. S’en suit une série d’illustrations loufoques évoquant des possibilités: roulé en boule comme un chat, la tête posée sur une branche d’arbre, enroulé autour du cou d’une copine, avec deux oiseaux soutenant ses oreilles, etc”. Un autre rabat vertical à la dernière page nous donne la réponse en présentant la fameuse girafe la tête appuyée sur un nuage. Adorable. Et les illustrations dépouillées de cette simple girafe sur fond blanc dans les multiples positions qu’on lui attribue participent grandement au charme de l’ensemble.

    J’aurais aimé avoir le temps de vous parler de plusieurs autres découvertes, des grands formats de la série Lou et Mouf de Jeanne Ashbé (Lou a soif et Où est Mouf?), de Poil à gratter de Marie-Hélène Versini, de Pas rigolo! de Jean Leroy et de Le cri du hareng de Frédérique Loew. De Les p’tits noms aussi, une série de mots tendre à l’adresse de nos petits, de Sybille Delacroix, et de Cachons-nous dans les bois, de Léonard et Élisa. Mais bon, si vous m’avez lue jusqu’à la fin, vous avez déjà plusieurs titres sur votre liste de livres à emprunter à la bibliothèque. Et si vous voulez pleins de nouveau tout-cartons, c’est à la bibliothèque Le Prévost que vous les trouverez!

  • Chasseur d’orages, Élise de Fontenaille

    Date: 2011.10.24 | Catégories: Adolescent, Amour, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste | Commentaires: 2

    Je ne sais plus trop si je vous en ai déjà parlé. Sûrement, oui. J’en parle souvent, à tout vent. Elle a été, et est toujours tellement importante pour moi. Ma belle grand-maman d’amour. Je souhaite à tous d’avoir dans sa vie quelqu’un comme elle, dont la douceur enveloppante nous accompagne pour toujours et nous aide à repousser nos limites.

    Chasseur d’orages, Élise de Fontenaille

    Herb a eu cette chance, lui aussi. Ayant perdu sa mère à trois mois, il a été recueilli par son grand-père maternel, son père étant trop occupé à couper des arbres. C’est un loggers, propriétaire d’une compagnie qui dissémine les forêts pour en faire des cure-dents. Herb le déteste, mais se retrouve chez lui lorsque son grand-père meurt. Ce choc des valeurs est trop grand, ayant été élevé dans le respect de la nature et des grands espaces, il prend la fuite.

    Par chance, en plein festival des Illuminares (lanternes chinoises), il tombe sur trois personnages qui le prennent avec eux. Mina, l’artiste photographe, avec qui il se liera et connaîtra ses premiers amours. Blondie, l’asiatique teinte en blonde, qui contrôle l’équipée. Et Moon, l’indien ténébreux, qui cache un secret. Les quatre se retrouvent dans un van en direction du Lightning field, une oeuvre de land art réalisée par Walter de Maria dans les années 70 et à laquelle le grand-père aurait contribué (il était foudrologue). Herb devait y aller avec lui peu avant sa mort, il a décidé d’y disperser ses cendres.

    Cette virée, de Vancouver à la Californie, en passant par les Joshuas trees où veut absolument s’arrêter Moon, met en scène le passage initiatique de ces jeunes vers le monde adulte, qui passe obligatoirement par une quête des origines. Sont évoqués les premiers amours, mais aussi les douleurs du deuil – pas seulement celui d’Herb – et la question raciale des Indiens au Canada. Les thèmes abordés fourmillent, s’entrechoquent, c’est grouillant comme la vie qui bouillonne à cette croisée des chemins où le jeune se cherche comme adulte.

    On y traite de notre lien à la nature, à travers les coupes forestières. Des clichés sur l’Amérique et les ricains, dont l’auteur se moque dans la scène des “Hells Angels”. Et d’art aussi. L’art que l’auteur écorche en début de livre, mais dont on comprend l’intérêt une fois rendu sur le Lightning field. Et bien évidemment, de nos racines. Du lien filial, si puissant. Du nécessaire amour qui doit être à l’origine de tout être pour que celui-ci s’épanouisse, grandisse.

    J’ai frissonné, j’ai souri, j’ai pleuré, et j’ai même ri en lisant cette petite plaquette de 92 pages, écrite sans détour mièvre ou sensiblerie. Un énorme coup de cœur. Riche de liens à découvrir, de ces hasards qui nous construisent. Le genre de roman qui nous habite longtemps.

    *****

    Pour la petite histoire, ma belle grand-maman à moi est partie en mai 2002. Je n’ai pas répandu ses cendres sur le Lightning field comme Herb l’a fait pour son grand-père, ce n’était pas son genre. Mais j’ai nommé ma première fille Simone, comme elle. Et ses grands yeux m’enveloppent de toute la douceur du monde.

  • À l’occasion de la semaine des bibliothèques publiques

    Date: 2011.10.17 | Catégories: Album, Développer son imaginaire, Pour aller plus loin, Pour un câlin, uncategorized, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Nous sommes présentement en pleine semaine des bibliothèques publiques. L’objectif, cette année, est de rejoindre le public masculin, souvent moins présent en bibliothèque. Si l’on adapte cette thématique à la section jeunesse, on peut aisément penser à plusieurs albums mettant en scène père et enfants. J’ai déjà donné plusieurs titres ici et ici, je vais aujourd’hui tenter de vous en trouver d’autres.

     

    Lian, Chen Jiang Hong

    J’aime beaucoup les albums de cet auteur d’origine chinoise, qui vit et travaille à Paris. Le magnifique Le Prince tigre est sans doute l’album que je recommande le plus pour les grands garçons (quoique ma petite Simone de presque 3 ans me le demande régulièrement), surtout quand c’est un papa qui me demande un titre. La puissance des illustrations, l’expression dramatique des personnages et l’histoire, évidemment, font de ce livre un classique qui ne se démodera jamais.

    Par ailleurs, c’est de Lian que j’ai choisi de vous parler aujourd’hui. Inspirée d’un conte chinois, cette très belle oeuvre raconte l’histoire d’un pêcheur qui, après avoir aidé une vieille femme à traverser la rivière, reçoit de celle-ci une graine de lotus magique de laquelle naîtra une petite fille. Celle-ci lui fournira tant de richesse que la fille du préfet, jalouse, détruit les biens de monsieur Lo et l’enlève. La petite fille vient à son secours, mais y perd ses pouvoirs magiques. Peu importe, l’homme voit en l’enfant inespéré le plus grand des trésors. Alliant aquarelle et encre de Chine, les illustrations nous plongent dans une époque et un pays lointain. C’est une invitation au voyage et à l’émerveillement. Sans compter la petite morale très à propos cette semaine!

     

    Décroche-moi la lune, Marie-Francine Hébert

    Vous connaissez sans doute un père comme celui de cette histoire, qui veut toujours tout donner à son fils. Mon amoureux est comme ça. Il suffit que mon petit roi Arthur s’intéresse à des légos et hop, j’en ai assez à la maison pour fournir une garderie. Il a aimé jouer 30 secondes à “Rush hour” chez le petit voisin, ça lui prend absolument ce jeu! Je le soupçonne par contre d’avoir autant de plaisir que notre fils avec ces jeux!

    Et bien Italo, le papa du petit Calvino (clin d’oeil), ne sait rien lui refuser. L’intérêt de l’enfant pour ses nouveaux joujoux est de bien courte durée et il tombe dans la lassitude jusqu’au jour où lui vient la lubie de demander à son papa “Décroche-moi la lune”. L’enfant ne veut rien entendre, son papa n’a qu’à grimper à l’arbre, ou sur la montagne. Il ne veut pas comprendre que la proximité de la lune n’est qu’une illusion. Il se rembrunit et devient taciturne. Jusqu’à cette nuit où son papa le sort du lit et lui donne une veste de sauvetage. Il l’amène alors près du lac en lui montrant fièrement la lune ronde. Le petit Calvino, qui aime son papa plus que tout, n’ose pas lui dire que c’est lui, maintenant, qui est victime d’une illusion, que ce n’est pas vraiment la lune, là, dans le lac. Ils embarquent donc dans la chaloupe et l’enfant pose ses petites mains sur celles de son père pour l’aider à ramer jusqu’à la lune.

     

    Jamais je ne t’oublierai, Robert Munsch

    On reste dans le touchant. Une petite fille demande à son papa, au milieu de la nuit, de la conduire au phare où son propre père le conduisait quand il était enfant. Père et fille traversent donc la ville endormie pour se rendre sur la côte brumeuse. En haut du phare, l’enfant lance une fleur qu’elle gardait précieusement depuis l’enterrement de son grand-père. Ici, nous sommes dans le non-dit. Tout se passe dans le geste du père qui comprend l’importance, pour sa fille, de se rendre dans ce lieu hautement symbolique à ce moment précis. Il est à l’écoute de son besoin, il est là pour elle. Comme un phare dans sa vie, pour la guider. Précieux.

     

    L’oiseau des sables, Dominique Demers

    Une autre jolie fable de Dominique Demers, illustrée par Stéphane Poulin. Ce duo nous a donné des classiques qu’on a toujours autant de plaisir à lire qu’à regarder: Anabelle et la bête, Vieux Thomas et la petite fée, et L’oiseau des sables. Les illustrations à l’huile de Poulin sont d’une grande qualité. La précision, la finesse, le réalisme, les contrastes, le clair-obscur: ses illustrations sont toutes de véritables oeuvres d’art où l’on sent l’influence des grands peintres de l’école flamande.

    L’oiseau des sables, parmi ces titres, me plait particulièrement. Pour la relation de tendresse et la leçon de vie. Un homme raconte à son fils que son père lui a confié cinq petits oiseaux de pierre provenant d’une fleur de sable. Chacun lui ayant donné droit à un voeu, il explique en quelles circonstances il les a utilisés. Sauf le dernier, qu’il a gardé pour son fils. On voit ainsi se dérouler la vie de cet homme, de son enfance à sa vie adulte, en passant par la mort de son père et la rencontre avec sa femme, la guerre aussi. Des moments d’intimités et de tendresse partagés. Il exprime comment aujourd’hui, il aurait aimé avoir gardé plus d’oiseaux pour son enfant.

     

    Je prescris la lecture de ces albums à tous les papas, collé-collé sur fiston ou fillette. Peu importe l’âge des petits et des grands, ravissement garanti!

  • Albums à animer, en classe ou en garderie, à l’approche d’Halloween

    Date: 2011.10.12 | Catégories: Album, La bibliothécaire aime, Petite peur, grande peur, Pour rigoler | Commentaires: 2

    Toute animatrice, enseignante, bibliothécaire ou éducatrice a, dans sa manche, une série d’albums qu’elle aime raconter à un groupe. Pour ma part, ce sont presque tous des albums qui font peur. Je dois avoir un petit côté machiavélique qui aime les faire frémir et blêmir. Voici donc ma sélection d’albums à exploiter en ce glauque mois d’octobre.

     

    Chttt!, Sally Grindley
    Ce titre, je n’ai plus le droit de le lire à la maison. Arthur et Simone m’ont demandé de le jeter à la poubelle et même mon amoureux m’a avoué avoir peur lorsque je le raconte. Un conseil, si vous le lisez à un groupe, terminez la séance avec quelque chose de plus léger sans quoi les enfants restent sous le choc.

    L’histoire se déroule donc dans le château d’un géant endormi. D’une page à l’autre, nous rencontrons les habitants: souris, chatte, femme du géant. La consigne est toujours de faire chttt afin de ne pas se faire remarquer, sans quoi l’animal – ou la femme – ira nous dénoncer au géant. L’ingéniosité vient du fait que nous sommes dans une urgence silencieuse, nous essayons de traverser chaque salle – page – et une fois de l’autre côté, une petite fenêtre nous permet de vérifier si on s’en est bien tiré – si l’animal ou la femme continue à vaquer à son occupation.  Chaque fois, ouf! c’est correct. Puis, on arrive dans la chambre du géant endormi. C’est alors qu’on demande si un courageux dans la salle est prêt à lancer un grand bouh! pour le réveiller. Il s’en trouve toujours un pour faire le fanfaron. Le silence rompu, il faut vite tourner la page sans quoi l’ogre se réveillera. Une fois dans la pièce suivante, on ouvre la petite fenêtre et alors qu’on s’attend à voir le personnage endormi (comme ça a été le cas les 3 fois précédentes), on découvre son gros oeil injecté de sang. On tourne donc rapidement la page pour le découvrir dans toute son immensité qui nous coure après… Alors vite on ferme le livre et ouf! sauvé!

    Bien sûr, la manière de raconter le livre y est pour beaucoup, mais je pense qu’il est difficile de rater une animation avec ce titre. Si l’on maîtrise la vitesse à laquelle doit se dérouler l’action, on ne peut pas manquer son coup. Je demande parfois aux enfants s’ils veulent que je rouvre le livre après, afin qu’on regarde à nouveau l’ogre en fuite. Bizarrement, même le fanfaron qui a crié n’a jamais osé me répondre oui.

     

    Le grand livre de tous les méchants, Michel Piquemal
    Il suffit parfois d’un rien pour éveiller la curiosité des enfants. Dites-moi, pourquoi pensez-vous que ce livre est fermé par une boucle rouge? Il doit bien y avoir une raison. Et en plus, il s’appelle “Le grand livre de tous les méchants”. Vous êtes certains de vouloir que je l’ouvre, vous êtes assez courageux? D’accord….

    Et à l’intérieur, on découvre qu’un gentil lutin a décidé de s’immiscer dans le grand bal annuel de tous les méchants afin de les empêcher de continuer à donner des cauchemars aux enfants. Malheureusement, les choses se précipitent lorsque le lutin est découvert et ils ont tous un petit creux. Heureusement, Luti avait apporté son talisman secret, sa toute petite amulette. Et hop, Bonjour Lili la souris! “Sauf qui peut, ils s’enfuirent comme des péteux. Car les méchants n’ont peur de rien, sauf des minuscules souris” . Et c’est ainsi que Luti ramasse une baguette magique et récite la formule qui emprisonne tous les méchants dans les pages du livre! Alors, il ne faut surtout pas oublier de bien l’attacher avant de se coucher.

     

    Le monstre poilu, Henriette Bichonnier
    Un classique! Je l’ai lu cette semaine dans un groupe. L’éducatrice m’a appris que je l’avais lu à son groupe il y a deux ans et que ça l’avait autant fait rire cette fois. C’est une histoire de monstre, oui, mais complètement ridicule. Et une histoire de princesse aussi, mais une princesse impertinente comme on les aime. Je vous suggère de le lire après Chhht!, histoire de détendre l’atmosphère.

    Donc, un monstre poilu, aux longs bras et aux petits pieds ridicules directement posés sous ses épaules, rêve de manger un humain. Mais sans jambe, il ne peut courir. Il réussit tout de même à attraper un pauvre roi qui passait par là. Celui-ci convainc le monstre de ne pas le manger en lui promettant la chair fraiche du premier enfant qu’il rencontrera. Malheureusement – ou heureusement – , ce sera sa propre fille. La petite princesse réussira à le faire exploser de colère, et nous de rire, grâce à ses impertinences… poilues. Et comme dans tous les bons contes de fées, même monstrueux, ils se marièrent et s’envolèrent à dos de papillon!

     

    Une histoire sombre, très sombre... Ruth Brown
    Dans cette histoire, c’est la rythmique et l’ambiance qui sont intéressantes. “Dans un pays sombre, très sombre… il y avait une forêt sombre, très sombre…” et c’est comme ça à chaque page. On pénètre dans un château abandonné (sombre, très sombre…), on suit un chat noir dans un couloir (sombre, très sombre…) Et de fil en aiguille le chat nous mène à une boîte (sombre, très sombre…). Vous voulez savoir ce qu’il y a dedans? Allez emprunter le livre!

     

    La main de la sorcière, Peter Utton
    J’aime beaucoup raconter ce livre, car les enfants y croient tellement. Elle mélange une situation bien réelle et quotidienne (une famille endormie, la nuit) avec un élément fantastique auquel ils ne sont pas sûrs de croire (les sorcières). Mais comme c’est un papa qui raconte l’événement, ils embarquent.

    Ainsi, un enfant demande à son père ce qu’est la chose brune au-dessus de son bureau. Le papa lui répond qu’il a surpris une sorcière à son chevet la veille et qu’il a bien failli y rester. Il raconte avec moult détails la bataille entreprise, la ténacité de la sorcière et l’aide inespérée de maman qui a sauvé tout le monde en ramenant l’épée à sorcière cachée dans le placard à balais avec laquelle elle a pu couper la main de la vilaine. Et c’est sa main que le papa a décidé d’épingler sur le mur, afin de se rappeler de ne plus jamais oublier de fermer la porte à clé la nuit. Alors, selon vous, c’est une vraie main de sorcière? Les enfants sont certains que oui. Allez chercher le livre pour le découvrir. Je peux tout de même vous dire que la tension est déliée à la fin et que vous n’aurez pas à relire le monstre poilu pour que vos petits dorment cette nuit-là!

    Et vous, qu’elles sont vos horribles coups de cœur en cette période de l’année?

  • Sur la mort … la suite

    Date: 2011.10.04 | Catégories: Pour aller plus loin, Roman enfant, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Tel que promis dans un article précédent, voici ma sélection de romans et d’albums, pour petits lecteurs, sur le délicat thème de la mort. Je constate toute la richesse de cette thématique qui a été magnifiquement traitée par les auteurs. Je traiterai donc dans un autre article des livres destinés aux adolescents.

    Ma meilleure amie, Texte de Gilles Tibo et illustrations de Janice Nadeau
    Est-ce vraiment possible, que la mort soit vue par un enfant comme sa meilleure amie? Qu’elle s’immisce dans la vie comme une vieille connaissance qu’on attend avec impatience? Peu importe, je pense que la lecture d’un tel livre peut aider les enfants à changer leur vision de la mort ou du moins à l’appréhender avec moins de crainte. Ici, elle n’est ni violente, ni “sans cœur”. Elle n’est animée d’aucune haine et ne fait pas son travail avec plaisir. La mort est triste.

    Dans ce livre hybride, à mi-chemin entre l’album et le premier roman, un jeune garçon hospitalisé découvre la mort dans les couloirs de l’hôpital, où elle passe à travers les murs. Alors qu’il a très mal, il lui demande de l’emporter, mais elle l’ignore. Puis, un soir, elle entre dans sa chambre. Il a alors moins mal et lui dit de revenir un autre jour. Ce qu’elle fait. Il lui offre de l’eau, lui parle, la fait rire… et découvre toute la tristesse et la peine de la mort. Chaque nuit, elle revient et l’enfant l’apprivoise. Chaque nuit, elle se rapproche de lui, jusqu’à s’étendre dans son lit. Il la réchauffe et la réconforte. Elle lui parle de la vie qui ne pourrait exister sans elle. Il lui demande de ne pas l’emporter tout de suite, à cause de ses parents, qui ne sont pas prêts. Il leur parle de la mort sans laquelle la vie ne pourrait exister, mais ils ne comprennent pas (est-ce qu’un parent peu vraiment comprendre?).

    Un soir, il lui demande où elle ira lorsqu’elle l’aura apporté au pays des rêves? Aura-t-elle un autre ami? Cette fois-là, la mort ne dort pas de la nuit dans le lit de l’enfant. Pour connaître la suite, il faudra lire le livre.

    Un mot sur les illustrations de Janice Nadeau avant de passer à un autre livre: elles sont magnifiques. Comme toujours dans son travail, la ligne et la couleur nous livrent en elles-mêmes le propos même du livre. La mort, ambivalente, est représentée toute en courbe. Les parents, unis et convaincus de la survie de l’enfant, sont composés de lignes droites et solidement campés. Et au travers de leurs vêtements gris, des notes de jaunes percent leur espérance. Et la mort, toute en gris, a les mains rouges. L’enfant aussi porte un pyjama rouge, couleur à la fois de la mort, du sang, et de la chaleur de la vie. Le gris et le noir sont les couleurs dominantes, mais ce sont les touches de rouges, de jaunes et de verts (la vie, l’amitié, l’espoir) dont on se rappelle. Des images, comme du texte, ressortent une impression de sérénité, de sursis et de chance incroyable d’être en vie.

    La chambre vide, Gilles Tibo
    Cet auteur semble avoir un talent particulier pour traiter des sujets délicats. Je pense à tous les titres qu’il a publié dans la collection “Ma petite vache a mal aux pattes” chez Soulières Éditeur. Ici, je veux vous raconter comment La chambre vide m’a touchée. Ici, la mort a bel et bien frappé. On ne connaît pas le disparu, c’est à travers les yeux de son petit frère qu’on vit la perte. Et elle est immense. L’enfant ne vit plus sans lui. Ses parents non plus. “Notre peine est comme l’eau d’un robinet: il en coule, il en coule et il en reste toujours dedans.” Il le cherche dans ses souliers, dans son lit, dans le miroir.  Un matin, ils prennent le bus pour rencontrer le monsieur qui conduisait la voiture qui a heurté l’enfant, qui courrait trop vite derrière son ballon. Le monsieur aussi ne vit plus, tout comme sa femme et sa fille. Devant la télévision, l’enfant accuse la fillette: “Ton père a tué mon frère” . Elle lui répond: “Mon père est entrain de mourir d’avoir tué ton frère”. Je ne vous dis pas la suite, allez lire ce livre magnifique petit bouquin, armés de votre boîte de mouchoir. Tout comme du titre précédent, il émane de celui-ci une note d’espoir et une envie de vivre plus fort.

    Christophe au grand coeur, Nathalie Loignon
    Ouf, il est dur ce livre. Une belle leçon de vie donnée par un petit garçon de 9 ans et dix mois à qui l’on n’a pas trouvé de cœur d’enfant mort pour remplacer le sien. Il ne choisit pas la mort, mais comme il ne peut pas faire autrement, autant être content. Il aime la vie et les tournesols, la mer et les poissons-volants. Et son chat, Catimini. Et son papa. Et Céline, la copine de celui-ci. Il sait qu’il volera au-dessus des maisons, comme sa maman décédée quelques années auparavant. Qu’il ne vivra plus que dans le ciel, alors que maintenant, il se promène entre la maison et l’hôpital. Pas de drame dans le regard de l’enfant, juste la vie qui s’arrête.

    Ici, tout est atmosphérique et doux. On se laisse bercé par le récit de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi tout le monde s’en fait autant avec la mort. La langue est poétique et imagée, comme ces paroles d’enfant qui contiennent l’essentiel et nous fouettent parfois.

     

    J’aurais aimé vous parler de plusieurs autres livres. D’Au revoir Camille!, de Sylvie Desrosiers et de À la vie, à la..., de Marie-Sabine Roger, d’autres livres sur la maladie et la mort des enfants. De Les couleurs de ma mère, de Francine Caron et de Ma maman du photomaton, de Yves Nadon, des albums que j’ai oublié de mentionner dans le précédent article et qui traitent de la mort d’une maman. Mais il faut bien s’arrêter… ma boîte de mouchoir est vide.

  • Timothée de mon coeur

    Date: 2011.09.27 | Catégories: Adolescent, Amour, Aventure, Écologique | Commentaires: 2

    Je sais, j’ai déjà affirmé ne pas être une groupie des auteurs. Et bien, il y a quelques exceptions. Et comble de chance, l’une d’elle sera présente au Québec à la mi-octobre et son livre, que j’attends, depuis des lustres il me semble, sortira enfin le7 octobre en librairie (confirmé par Gallimard)! Et j’ai nommé:

    Timothée de Fombelle

    Déjà, avec un nom pareil, il y a de quoi rêver. Mais ses livres font bien plus que cela, ils nous transportent dans des univers qui nous habitent ensuite pour la vie. Et je n’exagère pas du tout, parlez-en à ceux qui ont lu Tobie Lolness ou le plus récent Vango (dont j’attends le tome 2). Les arbres sont devenus pour nous des microcosmes sociaux où se trament des luttes de pouvoir, et de nouveaux chemins se dessinent sur la carte géopolitique de l’entre-deux guerre en Europe. Ce n’est pas un auteur qui nous habite, c’est un auteur qui nous fait habiter ses livres et teintes ainsi notre perception du monde et de son histoire une fois la dernière phrase du livre terminée.

    Tobie Lolness

    J’ai un attachement particulier à ce livre. J’ai lu le premier tome juste avant d’accoucher de mon premier enfant, et le deuxième juste avant de retourner au travail, un an plus tard. Comme le papa de Tobie, j’appelais mon fils à naître “mon petit limaçon”.

    Tobie Lolness, c’est l’histoire d’un arbre et de ses habitants. De minuscules êtres de plus ou moins 1 ◊ mm. D’une société organisée, où les plus riches vivent dans les cimes, et où les plus pauvres et les rejetés sont refoulés dans les basses branches. Bien sûr, l’ensemble est dirigé par un promoteur d’influence qui règne en maître et construit, sans considération, des routes au creux de l’arbre (ça vous fait penser à une société en particulier?). Le papa de Tobie est un savant qui tente de mettre en garde la population contre les dangers de creuser l’arbre. Il avance que celui-ci est vivant, ce pour quoi on le prend pour un fou, et qu’il faut en prendre soin. Lorsqu’il invente une “machine” qui donne vie à un chien en bois, il refuse d’en donner la formule, car elle contient de la sève de l’Arbre et que si on commence à la piller, l’arbre mourra. Le savant et sa famille sont donc capturés et emprisonnés, mais Tobie réussit à s’enfuir. C’est sa fuite qui est racontée dans le premier tome: La vie suspendue. Ce livre magnifique est un condensé de notre monde, de notre société. À la fois critique sociale et politique, critique de la nature de l’homme aussi, fable écologique, roman d’aventures et roman fantastique, c’est une oeuvre magistrale à côté de laquelle vous ne pouvez pas vous permettre de passer.

    Ai-je vraiment besoin de vous parler du tome 2, Le yeux d’Elisha? Une fois que vous aurez lu le premier, vous ne pourrez vous empêcher de plonger dans le second tome. L’arbre est en péril, un tyran règne en maître sur le peuple et la résistance s’organise, à laquelle Tobie ne manquera pas de participer. On y fait aussi la connaissance du peuple Pelé, qui vit sur le sol au pied de l’arbre. Peuple mythique pour celui de l’arbre, on le craint et lui prête des intentions barbares. Ici, on plonge encore davantage dans nos travers sociaux, racisme, despotisme, voire cruauté. C’est à une véritable révolution qu’on est conviée, et l’on vit chaque événement qui la précède: mesures de guerre et déserteur. Gens qui se cachent et prisonniers politiques.

     

     

    Vango

    Ce fut un des premiers livres que j’ai achetés lors de mon retour au travail, après mon deuxième enfant. J’en ai acheté 3 et ma technicienne m’a regardée d’un drôle d’oeil. Je savais que ça allait être génial. Et effectivement, je me rappelle m’être levée au milieu de la nuit pour poursuivre ma lecture!

    Je vous avertis, c’est un livre essoufflant. On en ressort ébouriffé, haletant et vidé. Comme au bout d’une longue course, on a ensuite besoin de reprendre son souffle. C’est l’histoire d’un adolescent perdu qui se cherche dans les multiples facettes de sa vie tourmentée. Élevé sur une île sicilienne par une femme qui n’est pas sa mère, caché ensuite dans un monastère invisible avant d’être envoyé à Paris où il devient presque prêtre, Évangélisto court dès les premières pages et ne cesse pas tout au long du livre. Plusieurs intrigues se croisent autour de ce jeune homme et l’on se promène d’une époque à l’autre. Ami d’un commandant de zeppelin allemand antinazi, amoureux d’une riche héritière écossaise, protégé de moines qui n’existent pas officiellement, recherché par Staline sans qu’on sache pourquoi, ce casse-tête enlevant nous promène d’un bout à l’autre de l’Europe et le tome 2 risque fort de nous faire traverser l’atlantique.

    Les personnages secondaires sont savoureux et on les adopte aussi librement que nous le faisons pour Vango. La belle Ethel, libre et fonceuse dans sa voiture de l’entre-deux guerre. Le commandant et son Zeppelin. L’inspecteur parisien. Le moine mystérieux au passé douloureux. La “taupe”, enfant des hauteurs incapables de rester à l’intérieur, abandonnée à elle-même par des parents riches et absents. Celle qui a élevé Vango comme son fils et lui a sauvé la vie alors qu’il marchait à peine. Et la Deuxième Guerre qui se prépare alors que l’intrigue semble nous mener tout droit à des événements qui se sont passés durant la première. Écrire posément sur le sujet m’est impossible, mes idées se bousculent et s’enflamment. Je ne suis définitivement pas faite pour écrire des résumés chez SDM ;0) Lancez-vous dans l’aventure Vango sans hésitation, mais de préférence un vendredi soir. Sinon, je vous avertis, prévoyez manquer le boulot ou rentrer cerné par une nuit blanche.

    Céleste ma planète

    Celui-ci, moins connu et beaucoup moins volumineux, je ne vous en parle pas. Je l’ai beaucoup aimé, mais le réserve pour une thématique lors de la journée de la terre. Je ne peux pas vous donner tous mes meilleurs titres en même temps.

    Bonne lecture! Et si l’on se croise à un des événements entourant la venu de Timothée de Fombelle au Québec, à la librairie Gallimard ou à la Grande-Bibliothèque, n’hésitez pas à venir me parler de vos coups de coeur, je cherche toujours de bons livres à me mettre sous la dent.

  • Sur la mort… albums à découvrir ou à re-découvrir

    Date: 2011.09.19 | Catégories: Album, Arthur demande, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour aller plus loin, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    C’est suite à la lecture d’un article (Le dernier voyage) sur le blogue Délivré, réalisé par la dynamique librairie Monet, que j’ai eu envie de vous faire part de mes coups de cœur liés à la délicate question de la mort. Des albums, des romans, où le sujet est abordé sobrement. Pour amorcer une discussion ou simplement parce qu’en général, les bibliothécaires, on aime ça, les livres intenses à sujets délicats. On n’a qu’à voir le succès de la collection Coup de poing et la liste des finalistes et gagnants du Prix du livre jeunesse de la Ville de Montréal.

    Dans ce premier article, je m’en tiendrai aux albums pour enfants. Suivra plus tard un article sur les premiers romans et albums pour plus grands sur le sujet.

     

    Le grand voyage de monsieur, Gilles Tibo

    Ce magnifique album empreint de sobriété, voire de dignité, m’a beaucoup touchée. C’est l’histoire triste – peut-il en être autrement avec la mort? – d’un père qui quitte tout suite à la mort de son enfant. C’est un album de peu de mots, on voit bien que l’homme n’est plus capable d’en prononcer.

    La première page, celle du titre et des dédicaces, est simplement illustrée d’une chaise en bois  sur laquelle est assis un ourson de laine. Ce seront les seuls accessoires qui suivront Monsieur dans son voyage autour du monde, le voyage d’une vie, celui qu’il ne fera pas avec son enfant. Assis sur la chaise, l’ourson dans les bras, il avance. Il balance son ourson dans les parcs, l’amène au cirque, à la plage. Le positionne sur ses épaules afin qu’il ne manque rien du soleil couchant sur la mer. On devine bien que ce sont toutes des choses qu’il aurait aimé faire avec son enfant perdu.

    Au bout du monde, il rencontre un enfant pleurant sa maison, sa famille, saccagé par la guerre. Sous les décombres, il n’a trouvé qu’une poupée de chiffon et une chaise en bois, en mille morceaux. Monsieur la répare et la donne à l’enfant. Par ce geste, Monsieur l’invite à poursuivre son voyage avec lui. Il lui prête l’ourson, l’enfant raconte l’histoire de la poupée. On ne la connaîtra pas, mais on peut deviner que c’était celle de sa soeur. Et l’album se termine simplement par cette phrase: “Depuis ce jour, l’homme et l’enfant voyagent ensemble, assis l’un près de l’autre, en se tenant par la main.”

    Un petit bijou de sobriété, tout en nuance et en sous-entendu. Une atmosphère lourde dans les premières pages où le temps semble s’étirer dans chacune des lignes prolongées et accentuées de l’illustrateur, Luc Melanson. Un album à découvrir qui a gagné le prix du Gouverneur Général en 2002.

     

     

    Le parapluie jaune, Lili Chartrand

    Ce livre magnifique à la couverture jaune soleil annonce quelque chose de joyeux, et pourtant… C’est l’histoire de monsieur Grésil qui a offert un parapluie jaune à sa femme lors de leur dernier voyage à Paris, deux mois avant sa mort. Depuis, il n’est plus qu’une ombre. Mais le parapluie, lui, ne comprend pas pourquoi il est remisé et s’énerve pour se faire remarquer. Ça fonctionne et l’homme entamera une promenade-pèlerinage sous la pluie, sorte de marche vers la guérison, au cours de laquelle il visite les lieux chers de son aimée. Cette marche, c’est le travail du deuil qui opère tranquillement, à la fin de laquelle le soleil reviendra en la personne de madame Giboulée au magnifique parapluie vert.

     

    Les illustrations apportent beaucoup à cette histoire. Par son jeu de couleur, on comprend les états d’âme du veuf. Et j’apprécie particulièrement la mixité des médias utilisés, ça nous change un peu des albums léchés (mais tout de même souvent magnifique). Une histoire simple et efficace qui fait résonner Léo Ferré dans ma tête: “Avec le temps, avec le temps, va, tout s’en va…”.

     

    Quartiers d’orange, François Legendre

    Ce texte me touche particulièrement. J’ai eu la chance, moi aussi, d’être très très proche de mon arrière-grand-mère, Simone, de ma naissance à ses derniers moments à l’hôpital, alors que j’avais 22 ans. Dans Quartiers d’orange, c’est la petite Petra qui vit de tendres moments au quotidien avec son Pépé Juanito. Tous les matins, il lui apporte une orange en quartier à son réveil. Elle ouvre donc les yeux avec un rayon de soleil dans la bouche. Tous les soirs, après l’école, il l’attend sur la place et fait le reste du chemin jusqu’à la maison avec elle. Un soir, son Pépé ne l’attend pas, il est alité, car il s’est senti mal. Lentement, on suit la petite fille au chevet de son Pépé, qui mange de moins en moins, devenait de plus en plus pâle et maigre. Un matin que la maman de Pétra se décourage du peu d’appétit de son père, Pétra lui apporte une orange, qu’elle pèle et coupe en quartier. Elle lui en dépose un quartier dans la bouche et il lui dit alors ces mots qu’il lui a répétés, tous les matins de sa vie de petite fille: “Oh, la bonne petite bouchée de soleil, bientôt il sera très haut dans le ciel!”. Cet après-midi-là, c’est la maman de Pétra qui l’attendait sur la place, Pépé était mort dans la journée. Et pour toujours, les oranges d’Andalousie rappelleront à l’enfant ce Pépé tant aimé. Magnifique.

    Je suis chaque fois fascinée par le concentré d’intensité que sont ces albums au sujet difficile. Mon grand Arthur me parle de la mort depuis qu’il a 4 ans et ça l’obsédait même à une époque. Il avait peur que nous, ses parents, mourions bientôt. Nous avions beau lui expliquer que ça n’arriverait que lorsque nous serions très très vieux, il ne comprenait pas. Et bien, avec Quartiers d’orange, il semble avoir assimilé le concept de vieillesse et de mort à la fin d’une longue vie. Il semble plus serein par rapport à la mort et ne m’en parle presque plus. La preuve que ce n’est pas que lorsqu’elle survient que nous avons besoin de ces précieux albums pour l’affronter!

     

    Bonne chance avec ces lectures! Je vous reviens bientôt avec des livres et albums pour plus grands sur le thème de la mort.

  • Le temps des miracles, Anne-Laure Bondoux

    Date: 2011.09.12 | Catégories: Adolescent, Amour, Aventure, Dystopie, Pour aller plus loin, Réaliste, Science-fiction | Commentaires: 5

    Je ne crois pas vous avoir parlé ici du livre-choc Les larmes de l’assassin d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai lue il y a déjà quelque temps (années?) à la suggestion de Pascale Grenier lors d’une formation au CQRLJ. C’est vraiment un livre troublant sur la dualité présente en chaque homme. Sur le bien et le mal qui habite tout un chacun, sans n’être jamais en pourcentage égal. En une phrase : c’est l’histoire d’un enfant qui, habitant seul avec ses parents à l’extrémité du monde, est recueilli par l’assassin de ses derniers, qui l’élève comme son propre fils. Vraiment, je vous le suggère.

    Je suis revenue à cette auteure cet été via le site de Sophielit, alors qu’elle recevait en entrevue une dame que j’ai moi-même reçue en bibliothèque en 2006 et de qui je garde un très bon souvenir, Louise Lespérance. Puit sans fin de suggestions de lecture pour les jeunes, elle m’avait laissé plusieurs bibliographies par genre qui m’ont été très utiles à mes premières armes. Donc, lorsque j’ai vu qu’elle donnait le titre Le temps des miracles d’Anne-Laure Bondoux comme son livre le plus marquant de l’année dernière, je l’ai immédiatement réservé.

    D’elle, j’ai lu 4 titres. Les larmes de l’assassin, un drame psychologique poignant et déroutant. Le destin de Linus Hoppe, une œuvre d’anticipation. La Princetta et le Capitaine, un pur roman d’aventures. Et Le temps des miracles, un drame réaliste, un récit de vie en temps de guerre. Et dans tous ces genres, je l’ai trouvé excellente. C’est peu dire.

    J’aurais envie de m’étendre un peu sur La Princetta et le Capitaine, car je ne suis vraiment pas une fan du roman d’aventures en général. Mais celui-ci, wow! J’ai totalement embarqué dans son univers marin, me suis laissée émouvoir par cette douce histoire d’amour (inévitable au roman d’aventures) et rêve depuis d’aventure épique (quoique travailler à temps plein et élever trois enfants d’âge préscolaire comporte son lot d’aventures) dans les steppes arides. Pour les bons lecteurs de romans d’aventures, je n’hésiterai pas à le conseiller. D’autant plus qu’elle y mêle un peu de fantastique et s’inspire visiblement du voyage d’Ulysse. Et la couverture est magnifique sur l’édition de 2004, réalisée par nulle autre que Rebecca Dautremer!

     

    Mais revenons au magnifique Le temps des miracles, sujet de cet article après tout. Koumail arrive en France à 12 ans. Il ne parle pas français, mais son vrai nom est Blaise Fortune. Il a grandi dans le Caucase, mais possède un passeport français. Il a traversé l’Europe aidé par Gloria, celle qui l’a recueilli bébé, afin de rentrer dans son pays natal. Afin d’y avoir une vie meilleure, à l’abri de la guerre. Et à l’abri de bien d’autres choses liées à son passé, mais ça, il ne le sait pas encore.

    Gloria Bohème, qui l’a élevé et trimballé toute son enfance, ne lui a pas tout dit. Pour le préserver, pour le faire rêver. Et c’est avec art qu’à travers la voix de cette Gloria Bohème, l’auteure nous fait rêver. Nous racontant la guerre et les pays de l’Est. Les gitans et la survivance. L’errance. Car le meilleur remède au désespoir, quand il devient impossible de se faire croire que ce sont les pieds d’un autre qui sont douloureux et non les siens, que c’est l’estomac d’un autre qui crie famine, c’est encore l’espoir.

    C’est à travers les histoires qu’elle raconte qu’elle donne espoir à Koumail. À travers son histoire qu’elle lui conte sans cesse: la famille de Gloria, le verger de son père, ZemZem, son amoureux mythique, le déraillement du train, sa mère qui aurait survécu, mais serait disparue. Et l’espoir, Koumail, même lorsqu’il est véritablement devenu Blaise, un petit français bien en règle, il ne l’a jamais perdu. L’espoir de retrouver celle qui l’a aimé comme une mère et qui l’a abandonné dans ce camion de bétail. Gloria Bohème, qu’il retrouvera longtemps après et se trouvera ainsi lui-même. Après tout, Koumail ne veut-il pas dire universel en arabe. Un excellent livre qu’on a de la difficulté à poser – et oui, un autre!

    Et vous, avez-vous d’autres titres à me suggérer? Je suis toujours à la recherche de ces livres qui laissent une trace indélébile sur l’hémisphère droit de mon cerveau.

  • Robert Cormier, le coeur à vif

    Date: 2011.09.05 | Catégories: Adolescent, Amour, Policier-Enquête, Réaliste | Commentaires: 6

    C’est souvent l’été que ça m’arrive. Paf, je tombe amoureuse. Et pas qu’un peu. Je passe des heures amoureusement absorbées par la découverte de ce nouvel être exceptionnel qui fait battre mon cœur. De lui, je veux tout savoir, ou plutôt tout lire. Car je n’ai aucune curiosité pour les auteurs (oups, désolée), c’est pour leur œuvre que je me passionne.

    Étrangement, cet été, je n’ai fait aucune rencontre de ce genre. J’ai butiné à droite, à gauche. Savourant parfois de délicieux moments littéraires, mais je n’ai lu l’entièreté de l’œuvre disponible en bibliothèque d’aucun auteur, comme j’ai pu le faire par le passé pour Charlotte Gingras ou Thierry Lenain. C’est pourquoi j’ai décidé de vous parler de mon coup de cœur de l’été 2010, Robert Cormier.

    Je vous avertis, c’est loin d’être des lectures d’été « traditionnelles »…. Et je n’ai pas lu son livre le plus connu:  La guerre des chocolats. J’ai été incapable de me plonger dedans, probablement parce qu’on me l’avait trop vanté.

    Après la première mort

    Brrr… À vous donner froid dans le dos. Un peu comme l’ensemble de son œuvre d’ailleurs. Dans une Amérique près de chez nous, 4 terroristes prennent un bus d’enfants très jeunes en otage. La narration se fait à 3 voix. D’abord Miro, le plus jeune des terroristes, qui veut faire ses preuves et épater son « maître » qui lui fait aussi office de père de remplacement. Kate, la jeune conductrice du bus, une adolescente qui remplace ce matin-là et ne se sent pas du tout l’étoffe d’une héroïne. Et finalement, Ben. Le fils de l’agent américain responsable de la mission de sauvetage du bus. Car les Américains n’ont pas l’habitude de négocier.

    Pas de parti pris (ça a été écrit en 1979). On nous présente les deux côtés de la médaille dans ce huis clos de 24h. Ce qui a poussé le jeune terroriste à ce gâchis et ce qui motive un père-soldat à « sacrifier » son fils pour le bien de la mission. Et c’est dur, car les victimes sont de jeunes enfants et une adolescente ordinaire. C’est un peu nos enfants et leur gardienne. C’est beaucoup notre impuissance devant ce qu’on ne peut (vraiment?) pas prévoir.

     

    La balle est dans ton camp

    Ici, c’est la perversion à l’état pur qui est mise en scène. Le besoin cruel de tuer l’innocence dans ce qu’elle incarne de plus vulnérable. Le frère d’Henry est mort et sa famille a déménagé. Pour se distraire, l’enfant prend un emploi de commis chez l’épicier du coin. Un homme cruel qu’il soupçonne de maltraiter sa fille. En même temps, il se lie d’amitié avec un vieil homme fragile qui a survécu au nazisme et qui recrée en miniature son village d’avant la guerre. Henry rêve d’acheter une pierre tombale pour son frère – ils n’en ont pas les moyens. Son père est malade, sa mère ne gagne pas assez. Son patron le sait. Il propose alors un sournois marché à Henry: s’il détruit le village du vieil homme, il fera poser la pierre tombale pour son frère et trouvera un meilleur emploi à sa mère. S’il refuse, il perd son emploi. Que choisira l’enfant qui veut honorer son frère et rendre le sourire à cette mère qui a vécu tant de misère? Il faudra le lire pour le découvrir, mais comme dans tout les Robert Cormier, un revirement inattendu vient nous prendre aux tripes.

     

    En pleine nuit

    Un livre sur le pardon. Celui qu’on s’accorde – ou qu’on ne s’accorde pas. Celui qu’on aimerait qu’on nous accorde. Celui qu’on n’attend plus. C’est aussi un livre sur ces brèves secondes qui peuvent chambouler le cour de notre existence. À tous.

    Chaque année, à la veille d’Halloween, le père de Denny reçoit des menaces appels téléphoniques qui le bouleverse. Malgré les déménagements. L’adolescent n’a pas le droit de répondre au téléphone, et pourtant un jour il le fait. Et commence alors un long dialogue, où il découvrira l’histoire cachée de son père. À son âge, il était portier dans un cinéma. Celui-ci a brûlé le jour d’Halloween, alors qu’il était plein d’enfants. Cette voix qui l’appelle, l’obsède. Il a rendez-vous avec elle presque tous les jours, s’en veut s’il la manque. Maintenant, elle appelle pour lui. C’est qu’elle veut se venger, atteindre le père à travers le fils. C’est un livre sur la haine et sur comment elle peut gâcher une vie. C’est un livre sur l’obsession qui tue. Sur la vengeance qui n’a plus de fin. Sur l’impossibilité d’accepter que parfois, ce n’est la faute de personne. Sur le besoin de trouver un coupable – et de le punir.

     

    De la tendresse

    Troublant. Très troublant ce livre. On y suit une adolescente – une enfant dans un corps de femme. Elle croise Éric, un tueur remis en liberté que la police n’arrive pas vraiment à coincer. Elle n’est pas son type, il ne s’attaquera pas à elle. Et elle, même si elle sait, elle s’accroche et l’accepte comme il est. Prête à l’aider à assouvir son besoin de tuer même. On suit donc ce drôle de couple qui n’en est pas un, alors qu’Éric tente de planifier un meurtre sans se faire prendre et que la police le suit à la trace. Et l’on n’arrive pas à comprendre la présence obstinée de Lori à ses côtés. Pourquoi le suit-elle? Il ne veut pas d’elle en plus! C’est l’appel d’une sorte de tendresse j’imagine… Pour ceux qui aiment les thrillers psychologiques policiers. Car plusieurs facettes de l’âme humaine y sont révélées.

     

    Les héros

    Le narrateur, Francis, revient de la Seconde Guerre mondiale atrocement mutilée au visage. Il le cache constamment avec un foulard. Il est parti volontairement à cette guerre qu’il était trop jeune pour affronter – il a falsifié ses papiers. C’était pour oublier, ou pour mourir. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. Il se rappelle cette nuit où celui en qui il avait le plus confiance l’a trahie, comme il a trahi toute la ville, et particulièrement la jeune amoureuse de Francis. Il est revenu chez lui pour se venger. Pour la venger. Pour poser le geste qu’il n’a pas osé poser cette nuit-là et qui a brisé deux vies, celle de Nicole et la sienne. Pour arrêter Larry aujourd’hui, alors qu’il aurait dû le faire à ce moment-là. C’est une histoire d’innocence brisée, malmenée, déchirée. Une histoire d’enfants trahies. Le titre « Les héros » fait ici référence aux décorations reçues par Larry, le salaud, qui est aussi allé à la guerre et y a été décoré. Et à celle de Francis, qu’il ne se sent pas en droit d’accepter, car il n’a pas su être un héros au bon moment, bien avant son départ pour la guerre.

     

    À la brocante du cœur

    Je déteste ce livre. J’aurais voulu qu’il n’existe jamais. Qu’il n’ouvre en moi ce doute sur la bonté intrinsèque de l’être humain – je suis une grande naïve. Sur la société qu’on a construite et qui nous protège des injustices. Sur le système qui nous encadre et qui semble dérailler parfois… Je l’ai détesté, mais ai été incapable de le déposer. Je n’en dis que deux mots, sans quoi j’en ai encore pour des semaines à me triturer le cœur. C’est l’histoire d’un détective qui a la réputation de faire avouer tous les coupables. C’est l’histoire d’une enfant retrouvée morte. C’est l’histoire de l’interrogatoire mené au principal suspect, un garçon de douze ans qui aimait regarder la jeune fille de 7 ans faire des casses-têtes. C’est l’histoire d’un marché, car on a besoin d’un coupable, et vite, pour calmer la populace. C’est une histoire dégoûtante qui nous dégoûte de l’homme.

     

    Vous vous en doutez maintenant, Robert Cormier est vraiment un très grand auteur, décédé malheureusement. Je connais peu la littérature américaine pour la jeunesse, mais je crois reconnaître en lui l’inspiration qui a sans doute nourri le talent de Martine Pouchain qui nous a donnée l’excellent La ballade de Sean Hopper et celui d’Anne Cassidy à qui on doit L’affaire Jennifer Jones. Ses récits sont construits brillamment, sa narration est toujours multiple et recherchée. Ses personnages ont toujours ce petit « twist » qui nous déstabilise face à la nature humaine. Nous fait reculer dans notre chaise et s’arrêter un peu. Et il ne nous prend pas pour des cons (oups, encore une fois désolée, ça doit être l’été), ne nous sert pas du prêt-à-penser. Il nous fait réfléchir subtilement, alors qu’on ne lui en prête même pas l’intention. Et surtout, attention, tenez-le vous pour dit, si vous plongez dans une de ses lectures, vous en avez pour quelques nuits blanches un livre à la main.

     

     

     

  • Babyfaces, Marie Desplechin

    Date: 2011.07.20 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Réaliste, Roman | Commentaires: 0

    Et voilà! Un livre coup de poing qui me rentre dedans et me force à sortir de ma retraite estivale pour vous en parler. Parce qu’il m’a bouleversée outre mesure. Parce qu’il suffit parfois d’un simple mensonge pour que l’engrenage parte et bouleverse tant de vies…

     

    Babyfaces, Marie Desplechin, L’école des loisirs

    C’est l’histoire de Nejma, narré par son meilleur ami Raja. Ça se passe dans un ghetto séparé en deux par une autoroute, à Amiens. La passerelle qui enjambe celle-ci est en soi un personnage, témoin du quotidien de ces jeunes qui la traversent pour aller à l’école. Certains l’abandonnent et passent directement sur la dangereuse chaussée. Lorsqu’ils s’écartent de ces chemins balisés, de l’école et de la passerelle, ils en reviennent rarement.

    Nejma est grosse, et laide, et seule. Elle a un ami, Raja, à qui elle rackette son déjeuner. Pas grave, la mère de celui-ci lui en fait deux en prévision. Elle a une mère qui l’aime, mais qui travaille trop. Elle traîne avec elle, outre son corps immense, une morne tristesse qui transpire dans chacune des pages du livre.

    Alors qu’elle déambule seule dans la cour d’école, elle surprend deux jeunes ayant assailli férocement l’ »undertaker », lors d’un jeu de catch. Le catch est devenu très populaire depuis qu’on a annoncé l’ouverture d’une école qui l’enseignera dans le quartier. C’est un sport violent où les jeunes se sautent dessus et se tabassent à coups de pied. Depuis quelque temps, les bagarres explosent partout. Les jeunes se cachent pour jouer au catch car c’est interdit. Nejma surprend donc un jeu qui a mal tourné, la victime a craqué de partout. Et les catcheurs se sont mis d’accord pour faire porter le blâme à celle de qui personne ne croira la parole.

    La directrice l’accuse sans l’écouter. Nejma hésite entre sauter de la passerelle et… quelle autre option lui reste-t-il? Il y a Isidore, c’est vrai. Le surveillant du supermarché avec qui elle « discute » quotidiennement lorsqu’elle traîne pour repousser l’heure de rentrer dans son appartement vide. Elle échange peu de mots avec lui, mais il la respecte. Il ne la trouve pas grosse, mais puissante.

    Pour connaître la fin, il faudra aller lire le livre. C’est excellent. Et angoissant (ou réconfortant, je ne peux le dire sans révéler le dénouement ;0) pour toutes les mamans dont les enfants entrent dans ce monde où toute leur vie peut être modifiée par un seul geste, une seule parole. En ce sens, ce livre m’a fait penser à un autre titre que j’avais bien aimé, Treize raisons, de Jay Asher. Là aussi, un petit rien avait suffi à modifier (cruellement cette fois) un destin….

     

    Depuis le début des vacances, rien ne m’accroche. J’abandonne les livres que je commence et leur préfère des livres de recettes! Ça me prenait un électrochoc (Le public cible étant quand même jeune, l’histoire se termine tout de même – de manière prévisible – sur une note joyeuse remplie d’espoir) pour me replonger dans la littérature jeunesse avec avidité. Je pars de ce pas à la bibliothèque faire le plein. Bon été… et comme il ne faut pas bouger pendant la canicule, lisez!

  • Lectures d’été, romans pour ados et jeunes adultes

    Date: 2011.06.27 | Catégories: Adolescent, Amour, Dystopie, Policier-Enquête, Réaliste, Science-fiction | Commentaires: 2

    Et bien, on dirait que l’été s’est finalement confortablement installé. C’est le temps de mon pèlerinage annuel du côté de l’art actuel québécois. Surpris? Avant de m’enivrer de littérature jeunesse, j’ai travaillé plusieurs années dans ce milieu. Chaque été depuis plus de dix ans, je rédige des dossiers sur les artistes qui exposeront dans un des meilleurs et plus avant-gardistes centres d’exposition en art actuel, soit Plein sud (allez, un peu de pub pour eux!). Ceci sera donc officiellement mon dernier article de l’été (à moins qu’une irrépressible envie de vous faire partager une découverte ne me pousse à écrire).

    Comme vous allez sans doute faire provision de livres avant de partir en vacances, je me suis dit qu’une petite liste était de mise. Voici donc, en vrac, des romans que je vous invite à lire cet été.

     

    Le roman réaliste de type coup de poing

    Ma vie ne sait pas nager, Élaine Turgeon

    Comme une peau de chagrin, Sonia Sarfati (sur l’anorexie)

    Pourquoi?, Moka

    Le ciel tombe à côté, Marie-Francine Hébert (sur l’abus sexuel)

    La fille du canal, Thierry Lenain (même sujet)

    L’arbre tombé, Hélène Vachon

    Une bouteille dans la mer de Gaza, Valérie Zenatti

    Tout Robert Cormier, particulièrement À la brocante du cœur

    Guerres, Charlotte Gingras

    Le temps des mots à voix basse, Anne-Lise Grobéty

    H.B., Thierry Lenain

    La fille d’en face, Linda Amyot

    La ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain

     

    Science-fiction

    Jenna Fox, pour toujours, Mary E. Pearson

    Hunger Games et autres titres de l’article

    Terrienne, Jean-Claude Mourlevat

    Le passeur, Loïs Lowry

     

    Policier

    Peine maximale, Anne Vantal

    L’affaire Jennifer Jones, Anne Cassidy

    La fille en cuir, Raymond Plante

    Délit de fuite, Norah McClintock

     

    Pour voyager dans les livres

    Vango, Timothée de Fombelle (Pour faire du Zeppelin et visiter l’Europe à l’aube de la 2e guerre)

    Tobie Lolness 1 et 2, Timothée de Fombelle

    Tout Michel Noël (Pour un voyage dans le grand nord)

    La disparition, Charlotte Gingras (Même raison)

    Les trois lieues, Sylvie Desrosiers (Même raison)

     

    Histoires d’amour

    Cassiopée, Michèle Marineau (Un classique de mon adolescence)

    Marie-Lune, Dominique Demers (Un autre)

    Ève Paradis, Reynald Cantin (le dernier de ma trilogie des classiques)

    Ophélie, Charlotte Gingras (Il deviendra un classique pour les ados de la présente génération)

    Entre chiens et loups, Malorie Blackman (ainsi que les tomes suivants)

     

    Et vous, des livres à me suggérer cet été?

    Bon été et je reviendrai de manière régulière en septembre.

  • Le coeur et la bouteille, Oliver Jeffers

    Date: 2011.06.20 | Catégories: Album, Arthur demande, La maman aime, Pour aller plus loin, Vie de tous les jours | Commentaires: 2

    J’ai lu cet album pour la première fois alors que je choisissais les livres pour enfants que ma bibliothèque allait acquérir l’année dernière. Je me rappelle avoir pris le temps de lire l’album au complet (ce qu’on fait rarement étant donné qu’on n’a qu’une journée pour parcourir plusieurs centaines de volumes) et d’en avoir été bouleversée. Il m’a suivie longtemps… puis j’ai accouché et été prise dans le tourbillon du quotidien. C’est pourquoi j’étais vraiment contente qu’on me rappelle son existence il y a quelques temps, lors d’une activité du CQRLJ.

     

    Le coeur et la bouteille, Oliver Jeffers

    C’est une histoire toute simple racontée en peu de mots. L’histoire passe à travers les charmantes illustrations. La première phrase nous parle d’une enfant: « C’est l’histoire d’une petite fille comme les autres, qui avait dans la tête toutes les curiosités du monde. » Les images nous présentent sa relation privilégiée avec son grand-père. On le voit marchant avec la fillette dans la forêt, puis lui expliquant mille et une choses bien calé dans son fauteuil rouge, un livre entre les mains. Cette double page est extraordinaire, car le texte parle de curiosité alors que les questionnements de l’enfant, et les réponses du grand-père, sont illustrées dans des bulles liées aux personnages. On devine une ébullition d’idées, une scène très animée. On voit ensuite sa curiosité pour les étoiles, pour la mer, etc. Et chaque fois, le grand-père est là pour expliquer. Puis arrive cette double-page blanche où l’on voit l’enfant dessiner et courir vers ce qu’elle voit hors cadre, et qu’on devine être le grand-père, pour montrer son œuvre. La déchirure s’opère à la page suivante alors que l’enfant découvre le fauteuil rouge vide.

    La demoiselle décide de protéger son cœur en le glissant dans une bouteille, qu’elle porte au cou. Puis tout change, elle ne s’intéresse plus à rien. Elle grandit sans curiosité, son cœur bien à l’abri. Elle raconte alors une enfant avec cette même curiosité qui l’animait. La fillette lui pose une question à laquelle elle ne sait pas quoi répondre sans son cœur. Avant, elle aurait su. Elle décide de sortir son cœur, mais comment faire? Elle essaie de casser la bouteille de plusieurs façons, rien n’y fait. C’est une toute petite main d’enfant qui a finalement la solution. Le cœur reprend sa place et le fauteuil n’est « plus aussi vide désormais. Contrairement à la bouteille. »

    J’ai été surprise de la réaction de mon grand Arthur, 4 1/2 ans, face à cette histoire. Depuis quelques mois déjà, il me questionne sur la mort. En fait, c’est depuis que Mamie lui a dit que son père à elle était mort. En lisant cette histoire avec lui, j’ai découvert qu’il comprenait très bien pourquoi la petite fille était triste (Parce que son papi est mort maman!). Lorsque je lui ai demandé comment il l’avait deviné, il m’a répondu: « sa chaise est vide et il n’y a plus de livre dessus, c’est qu’il est mort ». Bien qu’il ne soit mentionné nulle part dans le texte la raison de l’enfermement du cœur dans la bouteille, je me suis risquée à lui demander pourquoi la petite fille faisait ça: « mais parce qu’elle a trop de peine ». Et à la fin de l’album, je lui ai demandé pourquoi le fauteuil n’est plus vide maintenant: « parce qu’avec son cœur, elle est capable de recommencer à lire des livres et à apprendre des choses comme elle le faisait avec son papi. »

    C’est qu’il avait tout compris! Une fois de plus, je m’émerveille devant la puissance des livres, de la relation texte-image et de comment un livre ouvre sur une multitude de possibles. Ce livre a fait sur mon Arthur exactement ce que les livres font sur la jeune fille de l’histoire, la faire grandir un peu plus, l’ouvrir sur autre chose, lui expliquer le monde. En fait non, pas le lui expliquer. Lui donner une piste pour qu’il en trouve l’explication lui-même. Un grand livre pour tous je dirais.

     

  • Livres à découvrir, pour le plaisir des nouveaux petits lecteurs. Un auteur à retenir: Alain M. Bergeron

    Date: 2011.06.15 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 2

    On a tous un, ou des, auteurs fétiches. Pour ma part, j’aime beaucoup le très prolifique Alain M. Bergeron. Lorsqu’un jeune homme de 2-3e année vient me demander un petit roman à lire, fort est à parier que c’est avec un titre de cet auteur qu’il repartira de ma bibliothèque. C’est que sa production, allant du documentaire au roman, en passant par la bande dessinée, est très variée. Tous y trouvent leur compte, mais plus particulièrement les garçons je dirais.

    Un tour d’horizon de mes livres préférés d’Alain M. Bergeron…

    Savais-tu?

    Si vous rencontrez un jeune de 3e année qui ne connait pas encore cette série de documentaire au contenu très sérieux, mais à la présentation humoristique, mettez-lui un de ses titres entre les mains et je vous promets qu’il voudra lire les 47 autres. D’autant plus que l’éditeur reprend tout ses volumes et les réédite en couleurs. Chaque titre est consacré à un animal ou un insecte. Chaque double-page d’un livre contient une phrase commençant par « Savais-tu que… » suivie d’un fait, qui est repris dans l’illustration  de style bande dessinée de Sampar. En effet, des bulles au texte humoristique sont insérées dans les illustrations, au grand plaisir de tous les lecteurs.

     

    Capitaine Static

    Cette série de livres a connu un succès instantané. Alliant roman et bande dessinée, elle plait au jeune autant par son format (taille d’un petit roman, moins impressionnant pour un jeune lecteur) que par son sujet (un jeune garçon ordinaire qui doit son pouvoir aux pantoufles en phentex qu’il a aux pieds). Créé en collaboration avec son fidèle acolyte Sampar, cette série est un croisement entre les Savais-tu?, en ce qui concerne la présence des dessins humoristiques, et des Dominic, pour l’attachant personnage du petit garçon qui se met toujours les pieds dans les plats.

     

    Dominic

    Cette série de miniroman est très aimée des jeunes, qui connaissent presque tous Zzzut! pour l’avoir lu en classe. C’est que ce premier titre de la série a tout pour plaire, plaçant le petit personnage au cœur d’une réalité qui tourmente plusieurs jeunes: la première présentation orale en classe. Dominic a travaillé très fort à la préparation de sa présentation, et juste avant de la faire il va à la toilette. Après avoir fait ce qu’il devait y faire, sa fermeture éclaire se coince et il n’arrive pas à la remonter. Pas question de faire sa présentation comme ça! Il fera plusieurs tentatives pour faire céder la récalcitrante fermeture, cherchera des solutions pour dissimuler son pantalon, le tout conté de manière complètement loufoque et, encore une fois, agrémenté du coup de crayon par Sampar. Tous les titres de cette série sont géniaux. À ne pas manquer aussi: Dominic en prison, alors que le jeune homme se retrouve derrière les barreaux le temps d’une sortie scolaire.

     

    Et des séries pour petits lecteurs, il en a réalisé plusieurs autres. Les Petits pirates, toujours en collaboration avec Sampar; Le Chat-Ô en folie avec les illustrations de Fil et Julie; Mission à La courte échelle avec des illustrations de Geneviève Couture. Et le magnifique L’arbre de joie, qui n’est pas une série, mais qui touche à tout coup. Bref, un auteur à retenir pour vos nouveaux petits lecteurs!


  • Albums à animer, en classe ou en garderie, à l’approche de la fête des Pères

    Date: 2011.06.13 | Catégories: À animer, Album, Avant le dodo, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Pour un câlin, Vie de tous les jours | Commentaires: 1

    Voilà, voilà, après la fête des mamans, c’est celle des papas qui approche à grands pas. Nos petits, en classes ou à la garderie, vont leur fabriquer des portes-crayons (nous ont a bien eu un collier de pâtes il y a quelques semaines!) ou un signet. Pourquoi ne pas amorcer ces ateliers de bricolage par un livre?

    Pour les petits, je suggère…

    Les bisous, Anne Gutman

    Un tout-carton (qui existe aussi en plastique comme livre de bain, je crois) tout mignon, qui remplira de tendresse papa et bébé. Ce petit livre présente sur chaque page un papa animal faisant un bisous à son bébé sur un partie du corps. Le texte se dévoile sous forme de question, incitant le jeune enfant à répondre en analysant l’image. Un exemple: à la première double-page  « Que fait papa lion? Un bisou sur la tête. » Et l’on y voit le papa faisant un bisou sur la tête du lionceau. Et à la dernière page: « Et mon papa à moi? Il me fait tous ces bisous-là! » Déclenchant immanquablement une séance de bisous partout partout! Personnellement, je ne peux attendre la fin pour bécoter mes amours, alors je reproduis le bisou donné à chaque page.

    Devine combien je t’aime, Sam McBratney

    Cette histoire, très connue, est un incontournable de la fête des Pères. Bien que la traduction ne soit pas des plus heureuses, l’histoire reste attachante. En changeant quelque peu les tournures de phrases, on y prend plaisir. C’est l’histoire de papa lièvre qui met son fils au lit. Avant de dormir, ils instaurent une espèce de concours pour savoir lequel aime le plus l’autre. Je t’aime grand comme ça (le petit ouvre les bras) et moi comme ça (le papa ouvre les bras) et c’est ainsi jusqu’à ce que petit lièvre tombe de sommeil en disant à son pape qu’il l’aime grand jusqu’au ciel… et que papa murmure à son oreille endormie que lui l’aime jusqu’au ciel, et retour! Charmant.

    Toc! Toc! Qui est là?, Sally Grindley

    Ce livre à animer se présente comme un jeu entre papa et filette au moment du rituel avant dodo. Une jeune demoiselle attend que son papa vienne lui raconter une histoire, mais c’est plutôt un monstre, une sorcière, un dragon, etc qui cognent à sa montre. Elle ne les laisse pas entrer, elle attend que ce soit papa qui cogne, ce qui arrivera à la fin. Par ailleurs, il est intéressant de noter avec les enfants que, tel qu’on le voit sur la page couverture, chaque personnage qui a tenté d’entrer dans la chambre était chaussé des pantoufles de papa. Était-ce vraiment des monstres ou était-ce papa qui faisait une blague? Amusant!

    Mon papa, Anthony Browne

    Ici, on présente la vision de fiston sur son papa. Il est le meilleur chanteur (représenté aux côtés de Pavarotti) et danseur. Il est fort comme un gorille. Il remporte la course des papas. Mais ce qui est encore mieux, c’est qu’il m’aime (et m’aimera toujours). Les illustrations de Browne sont toujours malicieuses. Le papa, affublé de sa robe de chambre à carreau, se promène dans les illustrations au hasard de l’imagination de fiston, donnant lieu à de drôles de scènes. Délicieux!

     

     

    Pour les plus vieux, je propose

    J’ai déjà réalisé ici un article sur mon album fétiche présentant une relation papa-enfant, il s’agit de Tous les soirs du monde, de Dominique Demers. Je vous le recommande vivement, pour sa magie et sa richesse. Voici également d’autres titres à exploiter pour l’occasion.

    Au cinéma avec papa, Dominique Jolin

    Ce livre franchement rigolo, autant pour l’adulte que pour l’enfant, met en scène une sortie au cinéma entre grande fille et son papa. Le point de vue de la narration est celui de l’enfant, mais en ce qui concerne les images, elles présentent plutôt les évènements tels qu’ils se sont réellement déroulés. Ainsi, l’enfant turbulent a adoré monter deux fois l’escalier mécanique, ce que le papa, épuisé, a un peu moins apprécié. Les oppositions texte-image donnent lieu à de franches rigolades.  Très drôle.

     

    Moi, mon papa, il est…Helga Bansch

    Ce livre présente le regard tendre d’un petit garçon sur son papa… parti il y a longtemps faire le tour du monde avec deux géants. Il imagine donc son papa qui jongle avec des oranges et des citrons, pour savoir à quoi il ressemble, il se regarde dans la mer. Il imagine qu’il reviendra un jour, lui rapportant un manège en pâte d’amande. Il sait qu’il l’aime et lui envoie autant de bisous qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Un livre tendre et triste avec des illustrations sobres et efficaces dont la grande qualité doit être saluée.

     

    Pour les papas maintenant…

    Je termine par une petite suggestion de cadeaux pour les papas. Si vous avez envie d’un cadeau attendrissant, le magnifique album collectif Un papa est né constitue un bon choix. On y présente la paternité vue par 10 auteurs-illustrateurs à travers le monde. À chacun ont été posées 5 questions sur leurs souvenirs:

    - La première fois où ils ont imaginé devenir père;

    - le jour où ils ont appris leur paternité;

    - le jour de l’accouchement;

    - le premier pas de leur enfant;

    - le premier mot de leur enfant.

    Il est intéressant de comparer les différentes approches selon les cultures de ces papas artistes. Attendrissant.

     

    Finalement, si vous avez envie de procurer un moment de détente à papa en lui permettant de se bidonner, je ne saurai vous recommander quelque chose de mieux que la toujours criante de vérité série de bande dessinée Bébé blues. Hilarant.

     

    Bonne fête les papas!

  • Terrienne, Jean-Claude Mourlevat

    Date: 2011.06.10 | Catégories: Adolescent, Science-fiction | Commentaires: 2

    Je déteste quand je lis un livre que j’ai trop attendu, donc j’ai trop entendu parler (ce qui est assez contradictoire avec la tenu de ce blogue, j’en conviens). Cela met sur l’objet de papier une pression de plus pour qu’il m’impressionne. Il part avec un handicap terrible, celui de devoir combler mes attentes avant de même pouvoir commencer à m’impressionner. Imaginez comment Terrienne est parti avec une longueur de retard! On en a tellement parlé sur les blogues et autres réseaux sociaux. Mais c’est qu’il avait les reins solides ce roman, j’en suis encore chamboulée…

     

    Terrienne, Jean-Claude Mourlevat

    Mourlevat est un auteur assez connu de l’autre côté de l’atlantique à ce que j’en déduis, mais personnellement je ne l’ai découvert qu’il y a quelques mois. Une lectrice de ce blogue me suggérait un de ses livres dans un commentaire suite à un article sur un livre marquant de ma carrière. Pour cette enseignante, c’était La balafre, du même auteur, qui l’avait marqué. Je l’ai lu et ai beaucoup apprécié. Je me demande d’ailleurs pourquoi je ne vous en avais pas parlé…Bref, il est ici question de son dernier livre: Terrienne.

    C’est l’histoire d’Anne, une jeune fille qui sort à peine de l’adolescence, et dont la sœur Gabrielle est disparue suite à son mariage avec un étrange personnage. Un an plus tard, elle entend sur les ondes de la radio cette sœur disparue qui l’appelle à l’aide en lui donnant des indications sommaires sur le moyen de la retrouver. Anne ne savait pas alors qu’elle allait devoir aller chercher sa sœur dans un monde parallèle.

    Nous suivons donc les pérégrinations de la cadette dans ce monde dangereux où les terriens appartiennent au mythe et dont seuls quelques initiés connaissent l’existence. Je ne veux pas vous révéler l’histoire ici, à vous d’aller la lire, mais je dirais que la richesse de ce récit tient à deux choses. Premièrement, cet autre monde imaginé par Mourlevat fonctionne très bien. J’entends par là qu’on y croit, qu’on a l’impression d’y vivre avec les personnages, qu’on peut en visualiser les contours lors de la lecture. De même va l’intrigue, le lien fraternel est puissant, nous irions tous jusqu’au bout de nous-mêmes pour notre frère ou notre sœur. Deuxièmement, suite à la lecture, nous sommes envahies d’une étrange vitalité, investie d’un devoir d’émerveillement envers toute parcelle de vie qui anime cette terre. C’est que comme Anne, nous avons éprouvé la crainte de ne pas retrouver ce plaisir des petites choses terriennes. Juste pour ça, le roman vaudrait le détour. Je vous le recommande sans hésitation!

     

  • Livres à découvrir, pour le plaisir des nouveaux petits lecteurs. Quatrième série: Momo de Sinro, François Barcelo

    Date: 2011.06.08 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 0

    Vous connaissez Momo de Sinro? Momo, c’est pour Maurice Monette, et Sinro, c’est pour Saint-Romain-des-Champs, le village où il habite. C’est un jeune garçon fort débrouillard et entêté dont la méchante mère ne voulait pas lui payer des super patins à roues alignées!

    Premier boulot pour Momo de Sinro

    Dans le premier livre de la série, nous découvrons ce jeune homme au début des vacances d’été. Il ne pense qu’à une chose, les SupaRollas qu’il désire par-dessus tout! Malheureusement, sa mère ne veut pas les lui offrir et lui suggère plutôt de se trouver un petit boulot pour économiser l’argent nécessaire à cet achat. Momo ne comprend pas du tout sa logique: à quoi bon passer tout l’été à travailler pour économiser de l’argent afin de réussir à se payer des patins qu’il n’aura plus le temps d’utiliser lorsqu’il les aura enfin, car les vacances seront terminées? Vraiment…

    C’est alors que son voisin lui propose un alléchant marché: il devra peindre sa gloriette pendant son absence, en échange de quoi Momo réunira une bonne partie de la somme nécessaire à l’achat des SupaRollas. Le petit garçon est futé et tente une ruse pour amasser plus vite l’argent, mais il se mettra les pieds dans les plats (et dans le pot de peinture) et apprendra sa dure leçon… avec philosophie!

    Un petit personnage attachant à qui il arrivera, au cours de ses 10 romans, plusieurs aventures communes au parcours de tout petit garçon: les parties de hockey, le premier baiser, etc. Mais aussi des situations plus délicates comme les retrouvailles avec un père absent depuis 5 ans.

    Une série à découvrir pour des premiers lecteurs qui peuvent en prendre, car contrairement aux séries présentées les trois dernières semaines, les histoires de Momo sont un peu plus longues et s’adressent plutôt aux enfants de 9 ans et plus.

    Premier frérot pour Momo de Sinro, Montréal, Québec Amérique, 2009.

    Premier roman pour Momo de Sinro, Montréal, Québec Amérique, 2008.

    Premier mariage pour Momo de Sinro, roman jeunesse, Montréal, Québec Amérique, 2007.

    Première étoile pour Momo de Sinro, roman jeunesse, Montréal, Québec Amérique, 2006.

    Premier rôle pour Momo de Sinro, Montréal, Québec Amérique, 2005.

    Premier voyage pour Momo de Sinro, roman jeunesse, Québec Amérique, 2002.

    Première enquête pour Momo de Sinro, roman jeunesse, Québec Amérique, 2002.

    Première blonde pour Momo de Sinro, Québec Amérique Jeunesse, 2001.

    Premier trophée pour Momo de Sinro, roman jeunesse, Québec/Amérique, 2000.

    Premier boulot pour Momo de Sinro, Québec Amérique Jeunesse, 1998.

     

  • Un tour du monde en histoire, idée d’activité et livres à animer

    Date: 2011.06.06 | Catégories: À animer, Album | Commentaires: 0

    Comme vous le savez, je suis présentement à la maison, en congé de maternité de ma troisième. Or, mes deux grands tannants vont au CPE Graffiti et l’on m’a demandé d’aller y raconter des histoires vendredi passé (ce que j’ai fait avec bonheur, car c’est une des choses qui me manque le plus en congé de maternité: lire des histoires à des groupes d’enfants). La semaine dernière étant la semaine des CPE,  les éducatrices ont décidé de consacrer chaque journée à un continent. Lundi : Asie-Océanie ; Mardi : Europe ; Mercredi : Afrique ; Jeudi : Amérique et Vendredi: on mélange toutes les cultures!

     

    Un tour du monde en histoire

    Je me demandais comment aborder cette activité, comment faire le lien entre les livres et les continents, lorsque j’ai eu l’idée d’animer mes contes avec un globe terrestre. De 0 à 5 ans, cet objet fascine les enfants. Petit conseil, ne leur mettez pas le globe entre les mains dès le départ, car ils ne vous écouteront plus. Pour ma part, j’ai commencé par lire Gare au gros gorille, de Jeanne Willis. C’est l’histoire d’une maman souris qui a perdu son petit dans la jungle et qu’un gros gorille poursuit à travers la planète. La petite souris, affolée, court jusqu’en Chine où elle croise un panda, puis elle traverse l’océan et débarque à New York. Elle va dans le désert puis au pays des koalas et termine sa course en Arctique. Là, le gros gorille l’a rejoint… et lui rend son petit. L’histoire est amusante et se raconte bien à tout les âges. Succès assuré!

    Après l’histoire, nous reprenons les destinations de maman souris sur le globe suite à quoi les enfants sont invités à le faire tourner pour choisir au hasard le continent de provenance de notre prochain livre! C’est un jeu tout simple, mais il fonctionne très bien.

    *****

    Voici quelques titres que j’ai apportés. Parfois, le lien avec les continents est très clair, comme lorsque ça se passe dans la savane ou que les personnages sont chinois. Mais il est possible de faire des liens avec à peu près n’importe quel livre, les enfants vous suivront dans toutes les aventures…:

     

    Asie: Le prince tigre, Chen Jiang Hong; Un dimanche à Kyoto, Gilles Vigneault (les enfants adorent quand on chante!)

     

     

     

     

    Afrique: M’Toto et Jujube, Anne Wildorf ; Au secours, Michaël Escoffier; Je mangerais bien un enfant, Sylviane Donnio

     

     

     

     

    Europe: Marcel le magicien, Anthony Browne (pour la passion du foot) ; Une histoire sombre, très sombre, Ruth Brown (pour le château)

     

     

     

     

    Amérique: L’écureuil et la lune, Sebastian Meschenmoser (tout les enfants savent qu’ici, c’est le pays des écureuils); Comme toi et Sans toi, Geneviève Côté (Ce sont des animaux qu’on voit ici); Gini, le petit singe qui ne voulais pas quitter sa maman, Claude Lager (pour l’Amérique du sud)

     

    Et vous, quels livres liriez-vous dans une telle activité?

     

     

  • 21 jours en octobre, Magali Favre

    Date: 2011.06.03 | Catégories: Adolescent, Pour aller plus loin | Commentaires: 1

    Au départ, je m’étais dit que je ne vous parlerais pas de ce livre. Pas parce qu’il ne m’avait pas plu, c’est plutôt qu’il ne m’a pas « transportée » comme la plupart des livres dont je parle ici. Du moins, c’est ce que j’ai cru en le refermant. Puis, un jour est passé. Et un deuxième. Et un troisième. Et chaque jour, je me surprenais à me questionner sur ce livre, les faits qui y sont relatés, les endroits qu’on y côtoie, les gens qu’on y croise. Finalement, j’ai dû céder et écrire cet article, sans quoi j’ai bien peur de ne pas pour voir me plonger dans un autre livre.

     

    21 jours en octobre, Magali Favre

    Pourquoi 21 jours? Parce que selon la loi des mesures de guerre établies en octobre 1970, un prisonnier arrêté en vertu de cette loi ne pouvait être détenu sans motif valable qu’un maximum de 21 jours.

    Nous suivons donc Gaétan, un jeune de 15 ans qui vient de lâcher l’école et d’entrer comme ouvrier à la Dominion. Il travaille sur un métier à tisser, de nuit. C’est son ami Luc, de quelques années son aîné, qui l’a fait entrer. Grâce à ça, sa famille pourra peut-être rebrancher le téléphone. C’est que depuis que le père, débardeur au port de Montréal, a eu un accident de travail, on survit à peine dans son loyer du faubourg à m’lasse. Mais tout vient chambouler ses plans alors qu’il est témoin de l’arrestation de Luc, ce fameux matin d’octobre 1970. Pourtant, son ami n’a rien fait, sinon que de tenter de changer l’affiliation syndicale de l’usine pour passer à la CSN. Selon lui, les gros syndicats américains ne servent pas bien les canadiens-français.

    Lentement, Gaétan démêle les événements qui ont mené à la crise. Travaillant de nuit, il aborde l’histoire avec une espèce de décalage. Il est jeune aussi, à peine 15 ans. Il aime encore écouter Franfreluche, manger les biscuits de maman et passer l’Halloween avec ses petits frères. Mais tout se précipite et il grandit trop vite. Il tombe en amour avec une fille bizarre aux cheveux cours, qui suit des cours au cégep du Vieux-Montréal. Elle l’y traîne d’ailleurs pour écouter une conférence donnée par Gaston Miron. Tout comme elle l’amène à une réunion pour la libération des prisonniers politiques. C’est que le père de Gaétan, une grande gueule qui revendique les droits des gens de son faubourg alors que le maire Drapeau en a fait raser une bonne partie, est retenu en prison. Tout comme son ami Luc. Finalement, lui aussi ira y faire un tour. À preuve qu’avec cette loi, peu de motifs étaient suffisants pour détenir quelqu’un.

    Bien entendu, on y relate les enlèvements de Pierre Laporte et de James Cross. La réélection douteuse du maire Drapeau. Les conditions de travail in english du cheap labor. La lecture du manifeste du FLQ à la télévision et à la radio. On parle des postes écoutés à l’époque et des animateurs.

    Après mûre réflexion, je dois me rendre à l’évidence que c’est un très bon livre. Pas pour le style d’écriture, mais plutôt pour le sujet qui est abordé et l’histoire qui y est conté. C’est un livre nécessaire. Il suscite des questionnements, nous fait réfléchir, nous rappelle notre histoire. Il nous éveille à notre propre culture en évoquant les artistes de l’époque, de Pauline Julien à Gaston Miron en passant par les inévitables Charlebois, Léo Ferré et autre Barbara. On y croise même Michel Garneau en prison. Et Louise, l’amoureuse, a recopié le fameux poème Speak White de Michèle Lalonde sur un long rouleau de papier dans sa chambre. Bref, ce livre devrait devenir un incontournable des classes de français du secondaire et du cégep, pour que les jeunes s’éveillent à ces idées bouillonnantes qui ont façonné le Québec d’aujourd’hui.

    *****

    Ce livre m’a donné envie de revoir le film Speak White de Poulin et Falardeau sur le fameux poème de Lalonde. Je vous le partage pour vous mettre dans l’ambiance du livre. On trouve vraiment tout sur le net!

  • Livres à découvrir, pour le plaisir des nouveaux petits lecteurs. Troisième série: Monsieur Bardin, Pierre Filion

    Date: 2011.06.01 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 0

    Poursuivons donc l’exploration des séries de premiers romans pour jeunes lecteurs (que j’avais commencée avec la série Somerset, d’Hélène Vachon et Les mésaventures de Julien Potvin, de Danielle Simard) par la présentation d’un professeur loufoque, passionné et passionnant:  monsieur Bardin, de Pierre Filion.

     

    À l’éco…l…e de monsieur Bardin, Pierre Filion

    Premier titre de cette attachante série, on y découvre le nouveau professeur « français de France » qui enseignera aux élèves de première année. Pour eux aussi, c’est un grand jour puisqu’on leur a abondamment parlé de l’école. Assis à leurs pupitres, ils attendent calmement l’arrivée de monsieur Bardin… qui sort de l’armoire en riant aux éclats! Première règle en classe, il faut rire au moins une minute par jour et tout le monde doit faire son exercice de gomme balloune pendant au moins quinze minutes. Même chose pour les rêves, il faut s’exercer en classe. Monsieur Bardin saute sur les pupitres, porte un nœud papillon rigolo et écrit au tableau à la vitesse de l’éclair. Il affirme que chacun sait déjà lire et écrire, mais que les mots sont endormis dans leur tête. Suffit d’un peu d’exercice pour les réveiller! L’année s’annonce vraiment amusante avec monsieur Bardin.

    Ainsi se passe la première matinée d’école des élèves de premières qui voient leurs appréhensions fondre au contact de ce prof surprenant et attachant. Mais…lors de la pause pour le dîner, une ambulance et deux infirmiers viennent récupérer l’enseignant et l’amène on ne sait trop où….

    Monsieur Bardin va-t-il revenir? C’est sur cette question que se termine le premier tome de cette série. Parions que oui puisque sept autres titres complètent la série.

    2- Le retour de monsieur Bardin

    3- La valise de monsieur Bardin

    4- Joyeux Noël monsieur Bardin !

    5- Monsieur Bardin sous les étoiles

    6- Monsieur Bardin et les poissons d’avril

    7- Les grandes vacances de Monsieur Bardin

    Tout comme dans les deux premières séries que je vous ai présentées, nous suivons ici un jeune garçon, mais le personnage sert plutôt ici à nous relater les frasques de son professeur. Avec sa « pédagogie progressive », où l’élève doit faire des progrès (!), cet enseignant inspirant et ses méthodes d’apprentissage sont une mine d’or pour le développement d’activités en classe. Et parions que si vous glissez cette série dans le sac à dos (objet que proscrit d’ailleurs le prof Bardin: ça donne mal au dos) de vos élèves cet été, ils auront davantage hâte à la rentrée en septembre!

    ******

    Je m’en voudrais de ne pas vous présenter également ce coup de cœur, qui est un tome unique, mais à côté duquel il ne faut pas passer:

    Joker, Susie Morgenstern

    Ici aussi, nous suivons un professeur à la pédagogie hors de l’ordinaire. En début d’année, il offre aux élèves un jeu de cartes ne comprenant que des jokers: un pour être en retard, un pour dormir en classe, un pour faire le clown. La directrice n’apprécie pas ses manières – contrairement aux élèves, qui l’adore – et obtient son départ à la retraite. Mais l’homme aura semé dans l’esprit de ses élèves l’idée que tout est possible et qu’on a toujours une chance dans la vie. Un délicieux livre pour lecteur un peu plus avancé, je dirais à partir de la troisième année.

  • Comme toi! / Sans toi!, Geneviève Côté

    Date: 2011.05.30 | Catégories: Album, Développer son imaginaire, La maman aime, Pour rigoler, Simone exige | Commentaires: 0

    Longtemps, les illustrations de Geneviève Côté ont servi des textes sombres. On lui doit l’illustration de grandes œuvres comme La petite rapporteuse de mots, de Danielle Simard, ou La chambre vide, de Gilles Tibo. Est-ce une envie de gaité et de légèreté qui l’a fait passer du côté de l’écriture? Les deux délicieux petits albums dont je vous parlerai ici sont tendres, drôles, coquins. Tout en rose et blanc. Un univers tout doux tout doux où l’on glisse comme dans du coton.

    Comme toi!

    Un lapin et un cochon peignent côte à côte. Deux amis qui s’apprécient tant qu’ils voudraient ressembler à l’autre. Ainsi, le lapin s’imagine en rose et le cochon en blanc, l’un veut les longues oreilles de l’autre alors que le premier s’imagine une queue en tire-bouchon à l’aide d’un zeste de citron. Avec de petits accessoires et beaucoup d’imagination, chacun se met à ressembler à son ami. Mais cochon et lapin découvriront qu’ils se préfèrent l’un l’autre tels qu’ils sont.

    Une petite histoire adorable qui célèbre la différence. Des illustrations tendres qui se déclinent en rose et blanc. Des clins d’œils amusants qu’on doit prendre le temps de relever avec les enfants et qui les feront crouler de rire, telle cette image du cochon devenu blanc avec de longues chaussettes en guise d’oreille, qui rêve d’avoir un charme aérien et de ce fait bondit… dans un trou de boue!

    Et le plaisir continu avec….

    Sans toi!

    Comme on le voit sur la couverture, ce deuxième tome présente un autre évènement de l’amitié de cochon et lapin: une chicane. En amitié, tout n’est pas toujours rose. L’autre ne fait pas toujours ce qu’on veut, c’est qu’il a ses idées lui aussi! Ainsi, nos deux amis découvriront qu’ils peuvent très bien vaquer à toutes leurs activités seuls, sans leur ami…

    Mais comme c’est moins amusant sans toi. Lapin peut lire son livre sans cochon, mais il est beaucoup plus drôle lorsque lit à deux. Et cochon peut bien jouer au ballon tout seul, mais avec lapin il peut marquer des buts!

    Une petite leçon d’amitié qui se termine sur ces phrases magnifiques: « Mon chariot devient un avion quand je suis avec toi. Ensemble on peut voler, toi et moi! »

     

    Deux petits bijoux tout simples, à lire très jeune car nos enfants s’initient tôt aux rapports sociaux, aux petits amis de la garderie. Et les illustrations, autant que les courtes phrases, parleront aisément à l’enfant dès 18 mois.

  • Camille Bouchard: de grands romans qui nous font voyager

    Date: 2011.05.27 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Policier-Enquête, Pour aller plus loin | Commentaires: 1

    Je ne sais pas d’où me vient cette envie de voyage. L’été? Le fait qu’avec 3 enfants d’âge préscolaire je ne partirai pas de si tôt? Pour la combler, je me plonge et me replonge dans des livres qui me font voyager. Un auteur à retenir lorsqu’on a envie d’un voyage littéraire au bout du monde : Camille Bouchard.

    La marque des lions

    Ce livre a été le premier que j’ai lu parmi les titres que je vous propose aujourd’hui. Il m’a fait voyager comme pas un dans la brousse africaine. C’est l’histoire de Manuel, 12 ans, jeune québécois qui vit en Afrique avec ses parents médecins. À 4 ans, il a reçu la Marque des lions, ce qui lui vaut un certain respect de la part du peuple africain. Or, ce n’est pas un de ses amis africains, mais bien Jonathan, un expatrié, qui le met au défi de confronter la sorcière vivant seule à la sortie du village. Si les lions la craignent, c’est qu’elle a surement des pouvoirs. Alors que les enfants tentent d’éviter que les esprits du mal s’acharnent sur eux, un lion prend des hommes comme cible à l’orée du village. Les hommes le chassent, mais aucun n’arrive à l’abattre. Manuel et la sorcière s’allieront-ils pour convaincre le vénérable ennemi d’épargner les hommes.

    Un livre envoûtant qui fera voyager les enfants d’ici par le biais d’un jeune héros issu du même lieu qu’eux, facilitant l’identification, mais évoluant dans un univers complètement différent. C’est d’ailleurs un atout des livres de Camille Bouchard, ses jeunes héros sont toujours de jeunes Québécois en visite ou habitant à l’étranger. Ils représentent donc une porte d’entrée facilement accessible aux lecteurs d’ici non familiers avec ces pays exotiques.

    Le ricanement des hyènes

    Ce livre a remporté le Prix littéraire du gouverneur général du Canada, catégorie littérature jeunesse – textes, en 2005. Il s’agit d’un autre épisode de la vie de Manuel, qui vit maintenant au Burkina Faso. Dans son village vit la Sangouroni, être associé à l’esprit malin de la nuit qui n’est en fait que la fille du sorcier, une adolescente albinos. Depuis qu’elle sort le jour, des phénomènes étranges sont répertoriés. Deux hommes sont retrouvés sans vie. Des hyènes rodent autour du village, tout comme des pèlerins d’ailleurs car le prêtre fait passer les apparitions de la Sangouroni pour celles de la Sainte-Vierge. Alors que Manuel est malade et que ses parents médecins ne peuvent rien pour lui, le sorcier désire le soigner. De même, la mère aimerait bien soigner la Sangouroni. La différence est au coeur de ce récit alors que sont confrontés les croyances, moeurs et culture du peuple africain et de la famille occidentale/des pèlerins.

    La caravane des 102  lunes

    Ce livre au suspense enlevant se passe au Mali. Quentin en fait voir de toutes les couleurs à sa mère qui l’envoie passer ses vacances chez son père. Il se lie d’amitié avec Seydou et c’est avec lui qu’il traversera le pays en suivant le Nil suite à l’achat d’un livre ancien controversé que recherchent activement deux Touaregs aux trousses des amis. C’est que le livre donne le secret d’un trésor. Qui des Touaregs ou des amis arriveront les premier à Tombouctou? Bien sûr, derrière ce récit d’aventures se cache une quête initiatique qui mènera l’adolescent turbulent à découvrir qui il est et surtout, qui il veut être. Un voyage à l’exotisme déroutant pour le lecteur!

     

    L’intouchable aux yeux verts

    Cette fois-ci, c’est vers l’Inde que nous fait voyager Camille Bouchard. Il s’agit d’un livre très dur, à mettre uniquement entre les mains de lecteurs aguerris. Le jeune québécois que nous suivons se nomme Dominic et a 16 ans. En échange linguistique à New Delhi, il se retrouve rapidement seul et se perd dans la foule. Il s’éprend alors d’une jeune fille de la caste des intouchables qui lui a dérobé son portefeuille et la suit dans les bas-fonds de la ville. Ici, l’Inde qui nous est présentée n’a rien à voir avec le Taj Mahal, Gandhi et l’idéal de paix qu’il défendait. Elle est corrompue, sale et laisse à eux-mêmes les enfants des castes inférieurs qui errent dans les rues. Ils sont abusés et victimes des pires sévisses, soumis aux hiérarchies des gangs de rue. Je vous préviens que la fin est terrible, mais aurait-il pu en être autrement pour cette intouchable aux yeux verts?

    Le récit initiatique de Dominic est beaucoup plus dur et cruel que ceux de Manuel et Quentin, car il touche profondément à nos valeurs. Un livre dur et magnifique.

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    Camille Bouchard a aussi écrit une série pour plus jeune chez Dominique et cie dont les ouvrages ont été récipiendaires et finalistes de plusieurs prix : Les voyages de Nicolas / Aventures à travers le monde. Je ne les ai pas lu, mais je les recommanderais sans hésiter.

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    Enfin, je m’en voudrais de passer sous silence ce livre de Pierre Desrochers :

    Les neuf dragons

    Je l’ai lu il y a déjà plusieurs années alors que j’étais membre du jury pour le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal (il a d’ailleurs été finaliste). J’ai adoré ce livre qui nous emmène cette fois-ci dans les ruelles grouillantes du Viêtnam alors qu’un jeune québécois d’origine vietnamienne, en vacances avec ses parents, s’y perd. Dépaysement garantie. Je me souviens avoir beaucoup aimé le saut vertigineux nous propulsant du quartier Villeray aux marchés de Saïgon.

     

    Alors, plus d’excuses. Si vous êtes pris ici comme moi cet été, partez au moins en voyage à travers votre sélection de livres à lire!

  • Livres à découvrir, pour le plaisir des nouveaux petits lecteurs. Deuxième série: Julien Potvin, Danielle Simard

    Date: 2011.05.25 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 1

    Poursuivons donc l’exploration des premiers romans pour jeunes lecteurs (que j’avais commencée ici avec la série Somerset, d’Hélène Vachon) par la découverte de cet attachant petit bonhomme qu’est Julien Potvin et de ses mésaventures.

    Le champion du lundi, Danielle Simard

    Contrairement à Somerset, qui vit dans son imaginaire, Julien Potvin est un petit garçon comme tous les autres à qui il arrive des aventures que pourrait très bien vivre n’importe quel petit garçon de deuxième année. La particularité de cette série, c’est que chaque tome se passe un jour de la semaine. Dans celui-ci, c’est la rentrée scolaire de Julien qui passe en deuxième année. Il découvre le sourire rempli de dents de son enseignante Odile (dit crocodile) et s’ennuie soudainement de ne plus être un petit poussin de Diane, sa prof de première.

    Dès le départ, elle avertit ses élèves qu’il n’est PAS QUESTION de jouer au bébé dans sa classe : PAS QUESTION de parler sans lever la main, PAS QUESTION de pleurer pour rien, PAS QUESTION d’aller aux toilettes pendant la classe, etc. En plus, elle instaure un concours où chaque semaine elle nommera le champion du lundi. Pour gagner le privilège de porter l’étoile jaune, il faut que l’élève fasse tout ce qu’il doit faire : devoir, leçon, ne dérange pas la classe, ne soit pas dans la lune… La mère de Julien s’improvise entraîneuse et lui impose une discipline à toute épreuve… qui porte fruit. Il sera le premier champion de l’année.

    Malheureusement, Julien est bien seul sur son piédestal : son meilleur ami l’évite et sa maman s’occupe moins de lui depuis que l’entraînement est fini. En plus, Julien perd l’étoile que lui a confié Odile crocodile! Il doit absolument la trouver sinon il aura l’air d’un bébé… Il fera tout pour ça. Puis il essaiera d’éviter de se présenter à l’école lundi en se rendant malade, allant même jusqu’à avaler du foin. Puis il cherchera une excuse valable. Finalement, c’est en avouant la vérité qu’il découvrira que les crocodiles peuvent avoir un merveilleux sourire et devenir les complices de leurs élèves.

    Cette série de premiers romans permet aux enfants de s’identifier totalement aux mésaventures de Julien car l’auteur traite des petits tourments quotidiens des élèves : ils veulent tous plaire, être le chouchou sans perdre leurs amis, avoir l’attention de maman et de l’enseignante, prouver qu’ils ne sont plus des bébés, etc. Une série réaliste empreinte d’humour, ce n’est pas pour rien qu’elle se nomme Les mésaventures de Julien Potvin. Et en prime, après avoir terminé les 7 jours de la semaine, l’auteur vient d’en débuter une nouvelle!

     

    Autres titres de la série :

    Le démon du mardi

    Le monstre du mercredi

    Les petites folies du jeudi

    Le macaroni du vendredi

    Le mauvais coup du samedi

    Pas de chance, c’est dimanche!


    Nouvelle série :

    Lundi, jour de peur


    Une série de plus à ajouter dans le sac à dos de vos élèves, de vos enfants ou sur le présentoir de la bibliothèque pour des lectures d’été amusantes.

  • Ton histoire, Jeanne Ashbé

    Date: 2011.05.23 | Catégories: Album, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Nouveautés littéraires, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Je l’ai dit plusieurs fois sur ce blogue, pour moi la référence dans les livres de la très petite enfance, c’est Jeanne Ashbé. J’avais offert à des amis son dernier livre et attendais qu’il soit disponible à ma bibliothèque de quartier pour l’emprunter. C’est fait, et avec quel bonheur!

    Ton histoire, Jeanne Ashbé

    C’est l’histoire toute simple de l’arrivée sur terre d’un petit être. On suit son développement de sa conception à quelques mois d’existence (en regard de la dernière illustration). J’aime le trait enfantin de l’auteur, qui en dit tant avec si peu. La première double page présente un cordon ombilical qui s’enroule jusqu’à l’embryon. Dans les pages suivantes, nous suivons ce cordon qui nous indique le sens du récit vers l’enfant qui grandit. L’auteure/illustratrice en profite pour donner à celui-ci des airs de lapin souriant. Une fois l’enfant né, nous retrouvons ce lapin coquin en tant que spectateur de la vie de l’enfant, comme nous le sommes nous-mêmes. Puis il s’embarque dans une voiture, dont le son varie selon l’origine de l’enfant sur la page. Car l’auteure enrichit encore plus son livre en présentant des bébés de partout : caucasien, noir, bridé… et le petit lapin continue de nous guider.

    Nous rencontrons alors maman et papa, qui nourrissent et bercent l’enfant chacun à leur manière. S’amorce alors un jeu intéressant où les illustrations monochromes en brun et beige s’amusent à faire émerger des formes par la négation de couleurs. Ainsi, d’une pleine page marron émerge à la fois le chemin en spirale sur lequel se promène le lapin en voiture et un visage rieur qui lui souhaite « bienvenue au monde ». Puis, la spirale le fait gentiment basculer vers la page suivante où le petit mammifère disparaît alors que l’enfant se fait appeler : « mon lapin! » et qu’on lui dessine joyeusement des oreilles. Ainsi, cette histoire simple en apparence peut être analysée de plusieurs façons et permet plusieurs pistes de lecture et d’entrée dans l’œuvre. Le petit lapin qu’on suit depuis le début est-il un spectateur externe ou l’enfant lui-même qui nous regarde le regarder?

    Un livre riche en sens qui n’a pas terminé de me livrer ses secrets… Finalement, je pense que je vais aller me l’acheter. D’autant plus que ma toute petite (bientôt 9 mois) se l’ai dangereusement approprié et qu’il serait risqué pour mes oreilles que je le lui enlève!

  • La fille d’en face, Linda Amyot

    Date: 2011.05.20 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 0

    J’avais déjà prévu vous parler de cette merveilleuse petite plaquette qu’est La fille d’en face lorsque la liste préliminaire du Prix jeunesse des librairies du Québec est sortie, le 9 mai. Je n’ai aucunement été surprise qu’il y soit sélectionné dans la catégorie Québec 12-17 ans, car ce livre traite avec sobriété et intelligence de sujets difficiles à aborder.

     

    La fille d’en face, Linda Amyot

    Lena, alias Helena, est dans le coma. Élaine, son amie d’enfance, sa voisine d’en face, est incapable d’aller la voir. C’est que chacun voudrait qu’elle aide son amie à s’en sortir en étant à ses côtés… mais ce qu’elle a à lui dire ne la ferait certainement pas revenir. A-t-on le droit de détester une mourante- et de lui dire?

    Élaine en veut à son amie de toute la place qu’elle a toujours prise – ayant l’impression qu’elle lui prenait ainsi la sienne. Et encore aujourd’hui, sur son lit d’hôpital, elle prend toute la place. Elle la détestait pour sa vivacité, son énergie, sa force, sa beauté… maintenait qu’elle n’est plus rien de cela, Élaine est capable de lui dire sa rancune, sa rancœur. Soir après soir, la famille de Lena confit leur enfant chérie à Élaine pour qu’elle la veille, mais c’est son venin qu’elle lui coule à l’oreille. Toute sa hargne se déverse lentement sur Lena, apaisant Élaine. Elle lui raconte sa version de leur amitié, de leur histoire. Ses blessures, son côté obscur. Et peu à peu, Élaine se libère et apprend à se connaître, à s’affirmer. Passage initiatique de l’adolescente vers la maturité qui lui sera nécessaire à l’acceptation de la nouvelle réalité de Lena. Pour que leur amitié agonisante survive, il fallait qu’elle passe par ce long coma réparateur. Mais il reste encore une rue, une porte, un océan à traverser pour qu’Élaine renoue avec celle qu’elle connaît – et qu’elle aime – malgré tout.

    Un petit livre puissant, pour adolescentes et jeunes adultes, et aussi pour toutes celles qui se sentent encore proches de cette période si intense.

  • Livres à découvrir, pour le plaisir des nouveaux petits lecteurs. Première série: Somerset, Hélène Vachon.

    Date: 2011.05.18 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 1

    L’année scolaire tire à sa fin et les nouveaux lecteurs, qui ont travaillé si fort cette année pour apprendre à lire, vont bientôt passer leurs journées dans des camps de jour à jouer au soccer (chanceux!). Avant qu’il ne vide leur pupitre pour les grandes vacances, pourquoi ne pas leur offrir une petite liste de livres à découvrir, pour le plaisir et la rigolade, les jours où le soleil ne sera pas au rendez-vous? Dans les semaines à venir, je vais donc tenter de vous présenter mes premiers romans préférés…

    La série Somerset d’Hélène Vachon

    Je vous présente cet attachant personnage en premier car c’est mon préféré. Cette série date un peu, mais l’humour d’Hélène Vachon ne se démode pas (pas que son humour d’ailleurs, je vous parlerai sans doute un jour d’un de mes dix livres préférés: L’arbre tombé, qui est magistral). Somerset est un jeune garçon dégourdis, qui se pose mille et une question et se met constamment les pieds dans les plats. Personnellement, je l’imagine aussi assez volubile compte tenu du nombre de réflexion qu’il fait à la minute. Et que dire de son imagination débordante?

    Le cinéma de Somerset

    Je ne vous raconterai qu’un des titres de la série car il donne assez justement le ton. Donc, dans Le cinéma de Somerset, nous suivons le jeune homme qui se pose la terrifiante question: comment vais-je saluer le nouveau directeur de l’école? L’usage veut que trois mots permettent de saluer quelqu’un. Il y a bonjour, mais Somerset trouve que c’est juste les vieux qui se saluent en disant bonjour. Il ne reste donc que salut et allô. Entre les deux, son cœur et sa tête balance. Il se promène dans les couloirs en se répétant les mots, salut/allô, allô/salut. Et lorsque le directeur lui lance un bonjour, les mots se bousculent dans sa tête, il mélange les deux termes entre lesquels il hésite et lance au directeur un grand Salaud. Drôle de façon de saluer la personne dans le bureau de laquelle on ne veut justement pas finir! Pour savoir comment ça se termine pour le pauvre Somerset, il vous faudra emprunter le livre.

    Cette série, en plus d’être assez délirante et loufoque grâce à un personnage presque caricatural tellement il est drôle, a l’avantage d’être illustrée en couleur, ce qui plaira certainement aux petits lecteurs.

    Autres titres de la série Somerset:

    Mon ami Godefroy

    Mon plus proche voisin

    Le Sixième arrêt

    Le Délire de Somerset

    Le Cinéma de Somerset

    L’adage le dit: qui aime lire ne s’ennuie jamais… et avec cette série c’est certain que vos enfants/élèves auront presque hâte aux jours de pluie afin de rester à l’intérieur pour se plonger dans une aventure livresque! Rendez-vous mercredi prochain pour une autre série à ajouter à la liste.

  • L’île des Effrayants: 1. Afro le féroce frisé, Marthe Pelletier

    Date: 2011.05.16 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 0

    Je vous le dis tout de go, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Un des premiers billets que j’ai publié sur ce blogue concernait ma découverte d’une passion pour la science-fiction, ou plus exactement pour les romans d’anticipation pour adolescents. J’ai beaucoup d’admiration pour les auteurs qui inventent des univers complexes qui se tiennent. Et bien je dirais que ce premier roman, écrit pour les jeunes du deuxième cycle primaire (plus ou moins 8-11 ans), m’a plus tout autant.

     

    L’île des Effrayants: 1. Afro le féroce frisé, Marthe Pelletier

    Nous sommes dans un monde futur où les monstres ont été domptés et mis en cage au zoo. Lorsque l’un d’entre eux meurt, le dompteur en chef organise un Grand duel astucieux entre un humain et le monstre qu’il a dessiné. Si le monstre gagne, il retourne sur l’île qui l’a vu naître, la seule où des monstres en liberté sont autorisés à vivre, et il devient un Effrayant. S’il perd, direction le zoo où il devient un Ridicule alors que l’humain vainqueur verra son rêve se réaliser.

     

    Sur l’île des Effrayants, c’est Zia la reine qui voit au bon fonctionnement de ce petit monde monstrueux ainsi qu’à la naissance des Mims (c’est ce que sont les monstres avant de passer dans le Crâne crépitant qui leur donnera leur forme de monstrueuse). Il y a longtemps, elle régnait sur les monstres du monde des humains, mais depuis que les dompteurs ont gagné, elle s’ennuie sur l’île et rêve de dominer de nouveau la planète entière.

    Nous suivons ici Afro, de sa naissance en tant que Mim à son grand duel avec Jessie. Elle devrait avoir peur de lui puisque c’est elle qui l’a dessiné avec pour consigne de créer le monstre le plus effrayant possible… mais si elle gagne, son frère qu’elle adore pourra enfin recevoir des cours d’équitation comme il en rêve. La lutte entre la courageuse fillette et le monstre vantard (c’est son grand défaut et son point faible) sera féroce.

     

    J’ai très hâte de lire la suite, Acra, la cracheuse coquette. Longue vie aux Effrayants! Il y a longtemps que je ne m’étais pas enthousiasmée à ce point pour une série de premiers romans.

  • La Ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain

    Date: 2011.05.13 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 2

    Aujourd’hui, je vous révèle une de mes sources lorsque je suis à la recherche de nouveautés à lire: le blogue de la librairie Monet (Le délivré). La librairie publie un article mensuel faisant un retour sur les dernières parutions et les titres qui se démarquent. Quand je ne sais plus quoi lire, je me tourne vers leur blogue pour des idées et c’est là que je suis tombée sur Sean Hopper.

    La Ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un livre dur. Très dur. À l’image de ce Sean Hopper qui semble être une brute dénuée de sentiments. Car la ballade dont il est question ici, c’est un double aller-retour de l’enfer au paradis. Et celui qui y va n’est pas le petit garçon d’une dizaine d’année qu’on voit sur la couverture mais bien un trentenaire dit « Le tueur », boucher-responsable de la mise à mort des troupeaux à l’abattoir. Et le garçon? C’est le narrateur et voisin, l’observateur externe qui nous raconte la ballade à travers ses yeux d’enfants, qui finalement comprennent davantage que les autres adultes de l’histoire et racontent infiniment bien.

    Sean Hopper est un homme dur qui ne parle pas. Allergique aux sentiments, à l’humanité en général et aux enfants en particulier. Tous le craignent dans le village. Pourtant, Bonnie l’aime et vit avec lui. En cachette, elle s’occupe de Bud, le petit narrateur, dont la grand-mère mourante (une indienne qui lui a appris à écouter la nature qui l’entoure et à en tirer mille usages) vit davantage dans le monde des esprits que dans celui de l’enfant. Mais un jour Bonnie part car Sean l’a frappé. Il boit trop et conduit saoul. Un accident va le changer au-dedans, mais de l’extérieur rien ni paraît alors tous continuent à le craindre. Et surtout, il en sort incapable de tuer, de faire son travail.

    Comment s’en sortir alors que ce qu’il voulait le plus était justement d’y rester? Le destin de Sean Hopper ne s’est pas accompli encore et des nœuds restent à être dénoués. Sous toute sa violence et sa haine viscérale des enfants se cachent des blessures profondes qui, sans justifier, expliquent. Je n’ai pas vu venir la fin, le dénouement, qui m’a rentré dedans sur un banc du Parc Lahaie à Montréal, par une des premières belles journées du printemps. Ruisselante de larmes, avec un bébé endormis dans sa poussette qui ne se doutait pas de toutes les émotions qui chamboulaient sa maman. Un livre puissant, doux-amer, qui laisse une petite aigreur au cœur.

  • L’écureuil et le printemps, Sebastian Meschenmoser

    Date: 2011.05.09 | Catégories: À animer, Album, Développer son imaginaire, La bibliothécaire aime, Pour rigoler, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Il commence à faire chaud, on se réapproprie nos parcs préférés et le dur combat de la crème soleil est entamé. Tout est en place: le printemps est arrivé! Voici donc mon album préféré sur ce thème!

     

    L’écureuil et le printemps, Sebastian Meschenmoser

    Notre copain l’écureuil découvre un matin sa forêt parée de mille couleurs. Qu’a-t-il bien pu se passer? C’est le printemps déclare l’ours, c’est le temps de se remplir la panse! Alors que nos gloutons font bombances, hérisson aperçoit de dos une hérissonne qui lui plaît particulièrement.Car il est vrai que le printemps, c’est également la saison des amours dans la nature. Son ami l’écureuil entreprend donc de l’aider à conquérir le cœur de la belle inconnue. Pour se faire, il se dit qu’en démontrant bravoure et courage il récolterait honneur et gloire, et obtiendrait surement ce qu’il veut (savoureux clin d’œil à Don Quichotte dans l’illustration ici). Pour dénicher un adversaire à sa taille, le couple de valeureux amis se doivent d’avoir l’air menaçant, s’ensuit une séance silencieuse de déguisement loufoque, les images valent ici mille mots. Une fois bien déguiser, ils doivent trouver un adversaire à leur mesure pour impressionner la belle dans un combat épique.  Qui de mieux que l’ours? Une fois honneur et gloire obtenu, ne reste plus qu’à offrir à la belle un bouquet de fleur afin de récolter son admiration et son amour. Mais le visage de son aimé n’est pas tout à fait comme il s’y attendait! Une finale rigolote sur ce qu’on retrouve malheureusement un peu partout en forêt lorsque la neige fond, des restes du passage de l’homme (je ne vous révèlerai tout de même pas ce qu’est réellement hérissonne, il faudra emprunter le livre pour le savoir)!

    J’aime particulièrement les illustrations de cette série (il y en a trois) qui sont très originales dans le courant actuel. Le trait au crayon mine, salit, n’est pas des plus populaires (exception faite des illustrations de Manon Gauthier, dont j’adore aussi le travail) malgré tout son potentiel expressif. Il est ici utilisé avec brio.

    Si vous avez envie de poursuivre l’aventure, je vous suggère également L’écureuil et la lune qui est tout aussi délicieux. Cette fois-ci, c’est la lune que découvre l’écureuil au sortir de son trou un beau matin. Elle est tombée sur sa maison! Dès le départ, le lecteur est complice de l’auteur car la deuxième et la troisième de couverture présentent une illustration double-page révélant la vrai nature de la lune en question (que je ne vous révèlerai pas). Notre écureuil tentera donc par tout les moyens et à l’aide de ses fidèles compagnons, de la faire disparaître car il craint de finir ses jours en prisons si on la retrouve chez lui alors qu’elle a très certainement été volée! Encore une fois, l’auteur-illustrateur emploi l’image pour faire de savoureux clins d’œil au lecteur et ne manque pas une occasion de faire rigoler celui-ci en dessinant ses héros dans de fâcheuses situations. Tout simplement adorable.

    Je m’accorde le luxe de ne pas vous parler de L’écureuil et la première neige, car cet album aura très certainement une place de choix dans mon futur article sur le sujet, quelque part à l’automne. En attendant, courrez emprunter ces titres pour votre bonheur et celui de vos enfants, de votre classe du primaire ou de vos petits de la garderie. Ces deux livres se prêtent d’ailleurs très bien à une lecture devant un groupe car le texte en soit est écris de manière très expressive, et que dire des illustrations qui parlent d’elles-mêmes et interagissent avec le texte. Que du bonheur à partager en groupe! Et pourquoi ne pas poursuivre la lecture par une activité d’animation? Je suis certaine que ces livres vous en inspireront plusieurs.

    Bon printemps à tous.

  • Ne t’inquiète pas pour moi, Alice Kuipers

    Date: 2011.05.06 | Catégories: Adolescent, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 0

    Dans deux jours, ce sera la fête des mères. Nous allons profiter de nos mamans, de nos grand-mamans, autour d’un bon repas. Nous jouerons avec nos enfants. Nos amoureux vont également nous fêter (leur tour s’en vient après tout!). Quelle chance nous avons comme maman de voir grandir nos enfants, et qu’elle angoisse de penser qu’il pourrait en être autrement.

    Ne t’inquiète pas pour moi, Alice Kuipers

    Une mère monoparental, très occupée, entretient avec sa fille de 14 ans une relation par Post-it. À travers ces brèves notes nous suivons la vie ordinaire de celles-ci, faites de moments de complicité et de frustrations, des petits problèmes du quotidien aux grandes angoisses de l’adolescence. Il y a des chicanes, il y a des réconciliations, des moments d’amour, des moments de haine. Des listes de courses à faire, des plaintes formuler contre l’esclavagisme dans laquelle se sent prise l’adolescente. L’une est prise dans son travail, l’autre part ses premières amours. Elles n’ont pas le temps de se voir. Le lot de toute relation mère-fille quoi!

    Jusqu’au jour où la mère découvre qu’elle est gravement malade. Qu’elle a besoin d’aide pour ses traitements. Qu’elles ne peuvent plus se débrouiller toutes seules toutes les deux. Là, tout se précipite. Claire n’a pas besoin de vacances, elle a besoin que sa mère aille mieux. Car au travers des brefs mots laissés sur le frigo, elle comprend bien que c’est grave. Quand la mort se mêle de la vie, rien n’est plus pareil.

    Un beau roman sans prétention, sans flafla, sans sentimentalisme. Juste la vie qui joue parfois de mauvais tour. Un rythme effréné (c’est court, une notre sur un Post-it), une histoire en accélérée où les deux intrigues (la vie de la mère, celle de la fille) se frôlent et se déroulent en parallèle. Mais elles finissent par se rejoindre le temps d’un ultime message: Ne t’inquiète pas pour moi.

    Un très beau livre que les adolescent(e)s adoreront.

  • Albums à animer, en classe ou en garderie, à l’approche de la fête des mères

    Date: 2011.05.02 | Catégories: À animer, Album, Pour rigoler, Pour un câlin, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    C’est la fête des mamans dimanche le 8 mai et quoi de mieux qu’un livre pour initier, en garderie ou à l’école,  une activité autour de cette fête? Voici donc quelques livres coups de cœur d’une triple maman qui reçoit quotidiennement le plus beau cadeau du monde: une heure de lecture sous la couette, collés-collés, avec mes deux plus vieux.

     

    Je t’aimerai toujours, Robert Munsch

    Une anecdote de papa d’abord. J’ai fait découvrir ce livre à mon amoureux alors que nous étions de tout jeunes parents. Dans la librairie où je lui en ai fait la lecture, les commis devaient sûrement se demander pourquoi ce couples pleuraient en lisant un album! C’est que l’histoire est plus que touchante ou émouvante, elle exprime de manière très juste le sentiment d’éternité, d’amour éternel, que ressent un parent pour son enfant.

    C’est l’histoire toute simple d’une maman qui berce son enfant tout les soirs en lui chantant cette berceuse:

    Je t’aimerai toujours /La nuit, comme le jour /Et tant que je vivrai /Tu seras mon bébé.

    Tout les soirs, elle entre dans la chambre de son fils (qui lui en fait voir de toutes les couleurs dans la journée), le prend tendrement dans ses bras et lui chante sa chanson, malgré les mauvais coups et l’exaspération. Et lorsque celui-ci grandit et déménage, la courageuse mère fixe l’échelle sur sa voiture et part en pleine nuit pour prendre son « petit » dans ses bras, pendant son sommeil, et lui chanter sa berceuse. Alors qu’elle se fait vieille, elle téléphone à son fils et lui demande de venir la voir. À son arrivé, elle est incapable de lui chanter sa chanson car elle est trop malade. Il la prend alors dans ses bras et entame:

    Je t’aimerai toujours / La nuit, comme le jour / Et tant que je vivrai /Ton bébé, je serai

    Puis le fils, devenu à son tour papa, rentre chez lui pour bercer sa petite fille et lui chanter la chanson. Je mets au défi tout parent de lire cette histoire sans avoir la larme à l’œil. Impossible! Et je crois que mes enfants sentent combien j’aime ce livre car ma petite Simone (2 ans) me le réclame souvent en chantant la ritournelle.

    Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive, Deba Gliori

    Ce livre est très intéressant du point de vu du rapport texte-image. Nous avons un petit renard bougon qui demande à sa mère si elle l’aimerait quand même s’il était un crocodile? Une mouche? Et si l’amour se brise, est-ce que maman saura le réparer, le recoudre?

    L’histoire se déroule lors du rituel de la soirée: souper, bain, dodo. Mais alors que maman et fiston discutent d’un côté, nous voyons ce qu’imagine petit renard de l’autre, dans une illustration très rigolote (maman assise à table avec un hanneton plutôt qu’avec son garçon par exemple) que prendra plaisir à observer les enfants. Les dessins aux couleurs vives plaisent énormément et le tout se termine bien entendu par une promesse d’amour éternelle!

    La plus belle histoire d’amour, Dominique Demers

    Un petit garçon trouve une plume et questionne sa maman sur son origine. Elle lui raconte  qu’elle la garde en souvenir du commencement de sa plus belle histoire d’amour. Elle lui raconte alors sa rencontre avec son papa (elle lui a échappé un pot de fleurs sur la tête!), leurs premiers mois d’amoureux, comment ils ont décidé de faire un bébé et combien ils ont travaillé fort pour y arriver (assez drôle!). Comment c’est enfin arrivé et toute les étapes de la grossesse pour terminer par le récit de l’accouchement rocambolesque dans la vitrine d’un magasin de couettes, d’où est extraite la plume en question. Car la plus belle histoire d’amour de maman (et sûrement de papa aussi), bien entendu, c’est celle qu’elle entretient avec fiston. Touchant et rigolo. Et il faut souligner les magnifiques (comme toujours, je suis fan) illustrations de Philippe Béha. Une histoire assez longue qu’on privilégiera en maternelle ou au premier cycle primaire.

    Je t’aime gros comme…, Alain M. Bergeron

    Un autre de mes auteurs favoris qui se commet moins du côté des albums (on le connaît surtout pour ses premiers romans, la série des Dominic et des Petits pirates), mais qui le fait pourtant très bien. Ici, une fillette entreprend de dire à maman combien elle l’aime avant d’aller dormir. Elle l’aime comme A… un autobus. Puis toutes les lettres de l’alphabet y passe. Un amusant petit jeu qu’on peut facilement animer en classe ou en bibliothèque.

    Et vous, quel livre aimez-vous partager avec vos petits?

  • La guerre sous mon toit, Anne Fine

    Date: 2011.04.29 | Catégories: Adolescent | Commentaires: 0

    À l’occasion de la quatrième édition du Festival des enfants du Métropolis bleu, une auteur majeure est en ville et je ne voulais pas passer à côté de cette occasion pour vous présenter un de ses romans…

     

    La guerre sous mon toit, Anne Fine

    Cette chronique de la vie familiale avec deux adolescents m’a fait frémir -  et rire heureusement- d’une couverture à l’autre. J’angoisse sur ce qui m’attend dans 10-12 ans, lorsque mes trois tannants seront trois adolescents.

    Ici, sur un ton à la fois ironique et humoristique, Will lui-même (personnage principal) avoue que des adolescents, ce n’est pas marrant. Il nous fait donc le récit de sa vie de famille depuis que sa sœur s’est transformée en bouledogue.  Récit de vie et de guerre à la fois, car il se déroule bel et bien un dur combat sous son toit et les troupes alliées sont au bord de la dépression. Les parents n’en peuvent plus, la sœur cadette est laissée à elle-même sans parler des lunchs que doit se taper Will, qui ont tout à envier aux repas des itinérants. Donc, Will a décidé d’écrire, de décrire dans un cahier ce qui se passe quotidiennement sous son toit, tout comme l’a fait son écrivain préféré actuel en racontant son passage à la guerre.

    Ce qui est savoureux ici, c’est le ton. L’histoire contée est celle d’une famille de trois enfants avec des parents au bord de la crise de nerf dû aux changements opérés chez leur aînée. Mais le regard que pose Will sur sa famille dysfonctionelle est délicieux. Critique et complice. Observateur et participatif. Ambivalent. Parfois rouge, parfois blanc. Un vrai adolescent tout gauche qui ne sait pas sur quel pied danser.  Un regard décalé sur l’adolescence et ses troubles. Truculent!

    Si vous avez envie de rencontrer l’auteur samedi 30 avril, allez voir le blogue de Marie B. pour les infos. Sinon, vous pouvez aussi aller voir ce qui se passe du côté des bibliothèques de Montréal à l’occasion du festival.

     

     

  • Fred Poulet, Carole Trembay

    Date: 2011.04.27 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, La maman aime, Policier, Roman enfant | Commentaires: 0

    J’adooooooore Fred Poulet, au moins autant que Raoul Taffin (je les soupçonnes d’ailleurs d’être cousin ou proche parent). Certains diront que c’est parce que j’ai le troisième élément du trio à la maison (Alias Arthur Hamel, 4 1/2 ans), mais en réalité mon intérêt pour Fred remonte au moment même où je portais dans mon ventre mon premier petit tannant.

    Fred Poulet enquête sur un microbe, Carole Tremblay

    Ce titre est arrivé sur mon charriot alors que j’en étais à mes premières armes en tant que bibliothécaire jeunesse. Je plongeais avec ravissement dans ce milieu que je connaissais très peu. Je me rappelais mes lectures d’adolescente (Marie-Lune et Cassiopée, Ève Paradis et autres) et les fameux Jiji et Pichou, qu’on m’avait sûrement lu au primaire. Par contre, de mes premières lectures autonomes, je ne me rappelle pas vraiment. Je n’ai jamais lu la Comtesse de Ségur…

    Comme j’aurais aimé découvrir Fred Poulet à 7-8 ans! Plusieurs bibliothèques ont maintenant une section « Premières lectures » où sont regroupées les collections nivelées ou graduées. Fred se trouve au niveau 4 (le plus haut) de la collection À pas de loups aux éditions Dominique et cie. Je ne pourrais pas dire exactement ça correspond à quel âge ou à quelle année scolaire. Tout ce que je sais, c’est le plaisir que j’ai eu à le lire à l’époque, celui que j’ai encore à le lire aujourd’hui, et celui qu’Arthur a indéniablement à m’écouter puisque c’est son nouveau héros! Cet après-midi, j’ai dû lui en lire trois, laissez-moi vous dire que maman n’avait plus de voix par la suite…

    Pourquoi est-il si attachant? D’abord la justesse des histoires. Ce n’est pas parce qu’on s’adresse aux petits qu’on peut se permettre un manque de rigueur. Au début de chaque enquête, ou histoire, on nous présente cliniquement les héros et leurs rôles dans le dossier en cours. Un résumé du dossier nous est également présenté avant que ne début l’enquête!

    Donc, dans ce titre où notre enquêteur cherche le responsable de la vilaine attaque bactériologique  dont il est la victime. Affublé d’un excès de fièvre qui l’oblige à rester à la maison, Fred analyse toutes les possibilités qui se sont présentées à lui cette semaine d’entrer en contact avec le fameux microbe, mais c’est lorsque son père l’oblige à aller à l’épicerie et qu’il y rencontre la jolie Léa qu’il découvre le fin fond de l’histoire! Les responsables, ce sont elle et le jus d’orange qu’elle lui a offert de partager. C’est génial d’être malade avec Léa quand même.

    Fred Poulet enquête sur une chaussette

    C’est mon préféré de la série. Notre valeureux Fred  doit enquêter sur la mystérieuse disparition d’une des chaussettes que lui a tricoté sa grand-mère. Serait-ce la sécheuse, reconnue pour avaler quantité de bas perdus, la responsable? Non, puisque celle-ci est en panne lui apprend le patron (son père).Celui-ci a d’ailleurs dû aller sécher les vêtements au lavoir. Ah ah! Fred ne fait ni une ni deux et cours poursuivre son enquête auprès de la mystérieuse propriétaire et de son chien tousseur, pantoufle!

    Fred Poulet enquête sur la mystérieuse madame

    Notre courageux Fred est victime d’une panne de courant ce matin, mais ce n’est pas sur celle-ci qu’il décide de mener enquête, c’est plutôt sur la présence étrange d’un exemplaire du magazine Fifille d’aujourd’hui dans la salle de bain familliale. Une voleuse? Une espionne? Certainement pas la grand-mère qui est plutôt du genre Guide de l’auto. Fred Poulet mène minutieusement l’enquête et croit avoir découvert la fautive lorsqu’il surprend son père à la maison sur l’heure du dîner avec une mystérieuse madame…

     

    Il existe six enquêtes de Fred Poulet, de quoi occuper encore quelques après-midi de lecture avec mon petit poulet à moi! Bonne lecture.

    Fred Poulet enquête sur sa boîte à lunch

    Fred Poulet enquête sur une sale affaire

    Fred Poulet enquête sur le vélo volé

  • Peine maximale, Anne Vantal

    Date: 2011.04.22 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 1

    C’est en poursuivant ma lecture des finalistes des prix sorcières 2011 que j’ai lu ce livre saisissant. J’ai eu bien de la difficulté à le poser d’ailleurs car tout y est pensé pour nous tenir en haleine.

    Peine maximale, Anne Vantal

    Nous entrons donc au cœur de la cour d’assise français où se tient un procès mettant en cause un frère et une sœur, et par ricochet leur sœur cadette dont ils ont la responsabilité, faute de parents pour s’occuper d’eux. Le grand frère a fait une tentative de vol qui s’est terminée par l’enlèvement d’un bébé de trois mois, qu’il a confié aux bons soins de sa sœur, la rendant complice à son insu de son méfait. Nous sommes dix-huit mois plus tard, au début d’un procès de trois jours qui scellera la destinée des trois membres de la famille Assaiev.

    Le ton est froid, neutre, je dirais judiciaire ou clinique. De très cours chapitres composent cette histoire et on y alterne les points de vu de pratiquement tout les gens présents au procès: avocats, président, jurés, témoins, etc. Et celui des victimes aussi, ce couple éploré dont la femme ne s’en remet visiblement pas. Le seul de qui nous ne connaitrons pas les pensés, c’est l’accusé, le frère. On nous fait ainsi juré dans cette histoire, nous devrons décider du niveau de culpabilité et de la sentence que nous jugeons légitime, sans pouvoir pénétrer l’esprit de l’accusé.

    Toutes ces têtes dans lesquelles nous nous promenons présentent un panel intéressant et représentatif de la société dans toute sa diversité, ce que doit être un bon jury. De la mère de famille au mari adultère, de la vieille acariâtre au scientifique méticuleux, nous comprenons le point de vu de chacun sur le crime et comment ils en viennent à décider de la peine à donner. Leur jugement n’est pas toujours clair et juste, les intérêts personnels de certains comptent beaucoup plus pour eux que la gratification morale d’accorder une peine juste. C’est fascinant de voir ainsi le pouvoir de décider de la vie d’autrui remis entre les mains de tout ces gens.

    J’ai lu ce livre de manière frénétique. L’écriture est serrée, le ton est sec et va droit au but. C’est une question de vies, de deux fois trois vies, qui est en jeux. Celle des accusés, le frère et la soeur, ainsi que celle de la cadette qui sera changée à tout jamais si ses deux aînés sont emprisonnés. Celle des victimes, le couple et l’enfant qui a été enlevé.

    Un excellent livre à présenter à des adolescents, pour l’histoire, les courts chapitres et pour la structure qu’ils apprécieront.

     

  • À l’occasion de la prochaine Journée mondiale du livre et du droit d’auteur: les buveurs d’encre d’Éric Sanvoisin

    Date: 2011.04.19 | Catégories: Humour, La bibliothécaire aime, Roman enfant | Commentaires: 0

    À l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur qui aura lieu le 23 avril, on parle beaucoup de la reproduction frauduleuse des œuvres littéraire, du droit d’auteur, du passage des livres au numérique… mais on ne parle pas d’un fléau bien plus grave qui guette les bibliothèques et les librairies de ce monde: l’arrivée des buveurs d’encre. Attention, ils sont parmi nous!

    Le buveur d’encre, Éris Sanvoisin

    Odilon n’aime pas les livres! Son papa a beau être libraire et en rapporter des piles et des piles à la maison, le petit garçon n’aime pas lire. Pendant les vacances, il reste cacher dans la librairie et observe les lecteurs. Un jour, un être bizarre, au teint gris et flottant au-dessus du sol, entre et boit littéralement un livre. Il en aspire tout l’encre! Odilon le poursuit frénétiquement et découvre son repère, un caveau surmonté d’un encrier dans un cimetière.  Le buveur d’encre le surprend et le mord. Il lui donne « le goût de l’encre ». Dès lors, Odilon devra boire de l’encre et comprendra que celui des bouteilles est fade et sans goût alors que celui qui a vieillit sur le papier d’un livre est délicieux. En fait, ce n’est pas l’encre que l’enfant absorbe mais l’aventure à l’état pure que recèlent les livres. Pour la première fois, il est bien content d’avoir un papa libraire!

    Une paille pour deux

    Voilà Odilon bien installé dans son nouveau quotidien de buveur d’encre, mais il s’ennuie tout seul avec sa passion. Il ne restera quand même pas tout seule toute sa vie. Mais peut-il seulement mordre une fille? Il aimerait bien initier la jolie Carmilla, la nouvelle de sa classe, au plaisir de l’encre. C’est en lui courant après qu’il découvre qu’elle vit au cimetière, chez Draculivre! Cette dernière veut bien embrasser la vie de buveur d’encre avec lui et confectionne à cette fin une paille spéciale, pour deux.

    Dès lors, les aventures d’Odilon se poursuivent systématiquement avec la douce Carmilla.

     

    Dans La cité des buveurs d’encre, il prend en charge le déménagement de Draculivre et de Carmilla qui doivent quitter le cimetière en raison de travaux dans le métro. Mais s’il s’éloigne de plus d’un kilomètre, Draculivre mourra. C’est dans ce livre qu’Odilon emménage définitivement avec les buveurs d’encre. Dans Le petit buveur d’encre rouge, nos héros sont littéralement aspirés dans leur histoire préférée, Le petit chaperon rouge. Ils se retrouvent à incarner les deux rôles principaux de l’histoire, soit ceux du loup et du chaperon. Odilon ne veut pas en venir à manger Carmilla mais elle lui semble tout à coup tellement appétissante!  Dans La petite buveuse de couleurs il s’en fait terriblement pour elle car elle est malade et refuse de s’alimenter d’encre. Il découvre que c’est parce qu’elle a bu une histoire qui lui est restée sur le cœur et qu’elle n’arrive pas à digérer. Ce livre portait sur les vampires qui, en buvant le sang de leurs victimes, les tuent. Carmilla se demande si elle tue les histoires en les buvant, et ça la rend malade.

    Dans Le buveur de fautes d’orthographe, Odilon découvre le goût particulier des fautes dans les livres. Ça donne du piquant et il en raffole, mais dès leur plus jeune âge ont apprend aux buveurs d’encre que l’orthographe, c’est sacré, alors Odilon va en thérapie chez le psychiatre Freudkenstein. Mais il découvre qu’il n’est pas le seul à nourrir cette passion et il se trouvera un allié dans son amour de la coquille. Finalement, je n’ai pas encore lu le dernier tome, paru l’an dernier: Le livre des petits buveurs d’encre mais voici ce qu’en dit notre catalogue de bibliothèque, c’est plutôt prometteur!

     

    Je souhaite à tout les amoureux du livre de déguster, à l’approche de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, un grand cru de la littérature jeunesse!

     

     

     

  • Guerres, Charlotte Gingras

    Date: 2011.04.16 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Nouveautés littéraires, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 2

    Je n’achète jamais mes romans. Je suis bibliothécaire et j’emprunte mes livres, à l’exception des albums car je les lis inlassablement à mes enfants. Les rares romans que je m’offre, c’est parce que je suis incapable d’attendre qu’ils soient disponible en bibliothèque. Ça avait été le cas pour Ophélie, c’est aujourd’hui le cas pour Guerres, de Charlotte Gingras, sorti en librairie cette semaine.

    Guerres, Charlotte Gingras

    Je l’ai lu d’un trait. C’est une petite plaquette de 150 pages. Guerres au pluriel, car on traîne tous en soit une guerre. Ici, il y est question de la grande, celle d’Afghanistan où est allé volontairement le père réserviste. Celle de la mère qui n’aime plus ses enfants, qui a franchi la ligne rouge qui sépare le soldat du tueur. Celle de l’enfant abandonné qui ne connaît que la violence et ne pense qu’à cogner. Celle de la survie aussi, la guerre du quotidien pour nager en surface et tenter d’éviter la noyade. Celle d’enfants momentanément perdus parce que leur arbre est parti et qu’ils sont déracinés.

    Trois enfants dans cette famille. La narration est assumée alternativement par la sœur aînée, cette princesse esseulée par un père qui l’a mise de côté pour bercer excessivement son garçon, Luka avec un k. Mais dans ce geste de douceur paternel se cachait un geste de douleur. Et par ce frère, ce petit roi délaissé par un père qu’il aime trop, submergé par une violence qu’il ne se connaissait pas et qu’il ne sait pas gérer. Comment survivre au désir fou du père de les quitter pour aller faire la guerre alors qu’elle explose dans son propre foyer? Un long chemin, un long hiver éclairé par cette petite lumière, ce trésor d’amour qu’est la cadette, qui les ramène tous à leur vrai nature, qui est faite d’amour et non de haine.

    Comme toujours, je sors de ses livres bouleversée, muette. Comme après une pièce de théâtre qui m’a marquée, les mots ne sortent pas pour en parler. Il me faut digérer, réfléchir, me questionner car je ne peux évoquer cette histoire avec légèreté. La guerre est tout, sauf légère. Les histoires de Charlotte Gingras sont tout, sauf légères.

    Je me confesse, j’adore Charlotte Gingras. Son œuvre reste pour moi celle que je revisite avec plaisir. Son écriture est fine, directe, vraie. Ses livres sont denses, riches et grouillent de vie, de vie écorchée, souvent blessée et en quête de bonheur. Pour moi, c’est l’auteure pour la jeunesse par excellence. En fait, je dirais plutôt l’auteur pour l’adolescence par excellence. Je me promets de vous parler bientôt de ses autres titres, pour l’instant c’est Guerres qu’il est urgent de lire.

  • Les super-machins d’Élise Gravel

    Date: 2011.04.15 | Catégories: À animer, Album, La bibliothécaire aime, Pour rigoler | Commentaires: 0

    Je vous avais annoncé quelque chose de plus léger: et bien laissez-moi vous présenter la série des anti-superhéros d’Élise Gravel. Je vous assure un succès total auprès des groupes de garderie ainsi qu’avec ceux du premier et du deuxième cycle du primaire. Je vous jure que chaque fois que j’ai animé ces livres devant une classe, c’était la débandade et l’euphorie!

    Super-Momo dans piège de fromage

    Le premier de la série, celui qui donne le ton. Ces petits albums débutent toujours par la présentation loufoque du pseudo-héros dans toute sa « splendeur ». Ici, notre super n’a nul besoin de savoir voler car il possède un super pouvoir extraordinaire. Devine lequel? Il est capable de changer l’eau en fromage. À première vue, ça semble être un pouvoir inutile et ridicule, mais quand un enfant se noie rien n’est plus pratique que de pouvoir transformer le lac en immense fromage, qu’il faudra bien déguster par la suite pour en sortir le malheureux.

    Le ton est ainsi donné et chaque album est plus délirant que le précédent. On se croirait parfois dans une pub pour superhéros quétaine, ce qui ne manque pas de plaire au lecteur adulte qui y trouve son compte.  Les super-pouvoir de ces anti-superhéros sont plus poches les uns que les autres, ce qui fait crouler de rire les enfants. De plus, l’illustration de type images de synthèse très schématisées et colorées plaît assurément.

    Super-Dudu dans full total brocoli

    Deuxième titre de la série, et mon préféré. Super-Dudu a le pouvoir essentiel de faire exploser les brocolis à distance. C’est dans ce tome qu’on rencontre l’infâme super-méchant qui, ici, torture les enfants en tentant de les obliger à manger leur brocoli. Heureusement que Super-Dudu passait par là. Il réussira à déjouer les plans de son ennemi de toujours grâce à son super-pouvoir.

    Super-Dudu, un grand héros!

     

    Super-Titi dans les céréales se mangent froides

    Nous retrouvons ici super-méchant qui vient sévir dans un supermarché. Heureusement, Super-Titi entend ce qui se passe à la télévision et accourt sur les lieux. Lui seul peut déjouer les plans de l’infâme car son super-pouvoir extraordinaire lui permet de voir à travers les boîtes de céréales derrière lesquelles se cachent l’ennemi en quête de brocoli.

     

    De délire en délire, chaque anti-héros vit une aventure qui n’est en fait qu’une parodie de celles vécues par les superhéros chers aux enfants (Batman, Superman, X-Men, etc). Dans les épisodes suivant, Super-Lulu, l’homme au nombril bionique, se servira de son rayon lumineux (son nombril) pour capturer le fameux super-méchant. On rencontre aussi Super-Tsointsoin,  héros qui a le pouvoir de comprendre le langage des mouches à l’aide de son super dékrypto-krottonisateur. Et finalement, Super-Popol dans Vent de panique, où le super-machin se servira de son super-pouvoir très odorant pour déjouer l’infâme super-méchant qui a réussit à hypnotiser tout le monde et tente de se faire élire président (tiens tiens, devrait-on envoyer un Super-Popol dans un rassemblement des Conservateurs?).

    Batman et Superman peuvent aller se rhabiller car ils paraissent bien fade à côté des supers-machins d’Élise Gravel.

  • Pourquoi? Moka

    Date: 2011.04.11 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 1

    J’ai eu un prof de français hors de l’ordinaire je dirais en secondaire 4. Premièrement, il était jeune (on était sa première classe). Deuxièmement, il nous a fait goûter son caramel. Troisièmement, il m’a fait découvrir la radio de Radio-Canada à un âge où c’est plutôt CKOI que les jeunes écoutent (surtout dans mon patelin d’origine, Cowansville). Ah oui, et il nous a parlé d’excision. Oui, d’excision. Il nous a parlé d’un reportage qu’il avait vu et ça m’a marqué. Voilà pourquoi lorsque j’ai vu ce livre sur un chariot des années plus tard, je n’ai pu m’empêcher de le lire.

    Pourquoi? Moka

    C’est l’histoire de Wafa, 14 ans, une jeune somalienne qui habite la France avec sa famille. Jeune fille rangée, studieuse et obéissante, elle surprend toute la famille lorsqu’elle s’enfuie avec sa jeune sœur Makeda, peu avant son sixième anniversaire. Nous adoptons tour à tour le point de vue de Wafa et celui de son frère aîné, Cali, qui essaie de comprendre la raison de la fuite. C’est finalement leur tante, Halimo, au rique de subir la fureur des autres, qui s’aventurera à lui révéler ce qui arrivera bientôt à Makeda, comme à toutes les petites somaliennes: elle sera excisée.

    Même en France, loin de leurs villages d’origine, les petites filles d’origine somalienne sont excisées, souvent dû à la pression exercée par des aînées. Ici, c’est la grand-mère de Makeda, qui est en visite, qui désire que le rituel se fasse. Mais Wafa ne veut pas que sa petite sœur subisse son sort. C’est pourquoi elle fuit. Elle choisit la fuite dans le silence plutôt que de revendiquer le droit à son intégrité physique.

    À Cherbourg, ses frères, aidés par un guérisseur aux idées modernes et par ses filles, tentent de convaincre la famille de ne pas perpétrer cette tradition. Eux élèvent la voix pour dénoncer ces pratiques. Fallait-il que ce soit des hommes qui s’insurgent pour que le message soit entendu?

    C’est un beau livre sur le choc des cultures et des traditions, moderne et ancestrale, occidentale et somalienne. C’est un livre sur un choix difficile que doive faire ces jeunes, un choix de vie. Et le traitement de la question est fait dans le respect de l’autre. On ne sent pas de jugement de la part de l’auteur.

    J’aurais aimé que mon prof de secondaire 4 de l’époque me propose une telle lecture lorsqu’il m’a parlé d’excision. Le livre n’existait pas à l’époque, mais peut-être que je devrais lui en faire parvenir une copie aujourd’hui.

    Promis, bientôt je vous parlerai de livres plus gai et léger… avec le printemps qui se pointe j’aurai bien envi de lecture rigolote.

     

  • Spécial Pâques: livres et idées d’animation pour les garderies et les élèves du primaire

    Date: 2011.04.08 | Catégories: À animer, Album, La bibliothécaire aime | Commentaires: 0

    Avez-vous déjà dégusté vos premiers œufs cadbury? Ils vous harcèlent près de la caisse du dépanneur, et si eux ne le font pas, ce sont vos enfants qui le font car ils en veulent un! C’est un signe: Pâques est à nos portes. Voici donc quelques pistes d’animation à partir de livres sur les poules, les œufs et les lapins de Pâques, à la fois pour les garderies et les enfants du primaire.

    Les chefs-d’œufs d’Henri, Marcus Pfister

    Le plus célèbre des artistes du pays, celui qui décore les œufs de Pâques, en a assez de peindre année après année les mêmes motifs. Rien ne ressemble plus à un œuf de Pâques qu’un autre œuf de Pâques se plaint-il. Henri se rebelle et décide que cette année, il va innover. Il se met donc à peindre de véritable « chefs-d’œufs » : une femme au sourire mystérieux, un lapin aux formes géométriques, un autre qui pousse un cri angoissé, un œuf couvert de nénuphars… De Van Gogh à Dali, de Monet à De Vinci, Henri décore ses œufs en référence aux célèbres tableaux des peintres. Et à la fin, il n’est pas question de cacher ces œufs, il faut les exposer sur des monticules, ce qui ravit les enfants.

    Idée d’animation: L’album vient avec un encart identifiant les œuvres auxquelles se réfèrent les œufs d’Henri. Les enfants prendront plaisir à les identifier et à remarquer les libertés qu’a pris le lapin par rapport aux célèbres toiles. Et pourquoi ne pas poursuivre le tout en allant regarder d’autres livres sur les célèbres artistes et munir nos petits picassos de pinceaux pour qu’ils produisent eux aussi des chefs-d’œufs dans le style de leur artiste préféré.

    J’attendrai Pâques, Géraldine Elschner

    Ce livre est le premier à lire avant Pâques. En fait, je suggère même de le lire plusieurs semaines avant car on y explique comment la date de la fête est déterminée à chaque année. C’est d’abord l’histoire de Marguerite, dont le bébé poussin Quentin, encore dans son œuf, décide qu’il attendra Pâques pour sortir. Mais quand donc aura lieu Pâques cette année. Marguerite cherche un animal dans la ferme qui pourrait bien le savoir. On l’envoie voir la chouette qui lui apprend que Pâques aura lieu le premier dimanche, qui suit la première pleine lune qui suit le premier jour du printemps. C’est beaucoup trop long se plaint Quentin. Mais le poussin coquin a décidé de faire une entrée dans ce monde remarquée et il attendra les cloches de l’église le matin de Pâques pour naître.

    Idée d’animation: Il faut lire ce livre quelques semaines avant Pâques aux enfants afin d’aller voir avec eux sur le calendrier quand a lieu le printemps, puis sur un calendrier lunaire quand a lieu la première pleine lune après le premier jour de printemps et enfin retourner au calendrier régulier pour trouver le premier dimanche qui suit. Et pourquoi ne pas en profiter pour faire une petit atelier d’observation de la lune et de ses cycles? Il existe en bibliothèque une multitude de livres de tous âges sur le sujet!

    La petite poule noire, Martina Schlossmacher

    Au poulailler, la petite poule noire est la risée de tous car ses œufs ont des formes bizarres: des cœurs, des étoiles, des croissants de lune, etc. Comment de tels œufs pourraient tenir dans un coquetier lance Barbara, chef du poulailler? Alors que le lapin de Pâques est de passage pour choisir les œufs qu’il décorera, il découvre par hasard ceux de la petite poule noire qu’il décide d’offrir au roi. Il déploie des trésors d’imagination pour les rendre unique car le roi a tendance à s’ennuyer lors de la chasse aux œufs. Cette année, son visage s’illumine et il rigole joyeusement. Il veut absolument savoir qui a pondu ces merveilles. Barbara avance qu’elle seule en est capable mais la petite poule noire, nerveuse, pond alors un cœur et le roi décide de l’amener avec lui vivre au château. Grâce à elle, chaque matin il aura une surprise dans son coquetier!

    Idée d’animation: Il n’est pas de tradition au Québec de faire des mouillettes alors pourquoi ne pas tenter le coup avec les enfants. On pourrait commencer par leur faire fabriquer un coquetier (je suggère de les faire avec deux carrés de crêtes d’œufs qu’on colle base à base, créant ainsi deux surfaces réversibles pour déposer l’œuf à déguster), puis faire cuire avec eux des œufs à la coq qu’il déposeront dans leur coquetier. Il n’y aura plus ensuite qu’à les déguster en y trempant un morceau de pain (penser à coller un morceau de papier ciré dans le coquetier pour ne pas qu’il s’imbibe du coulant de l’œuf).

    La poule aux trésors, Françoise Chabot

    Poulette passe ses journées à fouiller la basse-cour avec son panier pour dénicher des trésors qu’elle emploiera pour décorer ses œufs. Malheureusement, la fermière n’arrive pas à vendre ces œufs décorés et trouve cela bien embêtant. Un jour, la poulette audacieuse sautera la clôture pour chercher cailloux colorés, plumes et fleurs dans les prés et près des bois. Elle y croise un fameux lapin, en pleure, car il a cassé tout ses œufs. Elle l’aiguillonne vers sa ferme, où il pourra en trouver d’autres. Mais le renard rôde, il faut faire vite. La fin est prévisible: le lapin, qui n’est pas un lapin quelconque mais bien le lapin de Pâques, adore les œufs de poulette et les achète tous à prix d’or. Pourquoi lire un livre dont les enfants devineront la fin, parce qu’il peut servie à merveille d’amorce pour une activité de décoration de cocos!

    Idée d’animation: L’histoire comme telle invite à poursuivre par une activité de décoration d’œufs de Pâques à l’aide de matériaux de récupération: brindilles, fleurs séchées, boutons, cartons, tissus, etc. Or, on peut aussi choisir de s’attarder aux illustrations avec les enfants et leur faire relever les différents matériaux qui les composent car elles sont réalisées selon la technique du collages. Ainsi, les poules sont faites de tissus à différents motifs, la paille en retaille de bois,  les cheveux de la fermière sont en laines, le panier est en gros carton gondolé, la forêt est composée de formes primaires découpées dans du carton de construction, etc… Ainsi, on peut combiner un atelier d’exploration de cette technique d’illustration à un autre sur la réalisation de cocos de Pâques à l’aide de matériaux recyclés.

    Pénélope la poule de Pâques, Hubert Ben Kemoun

    Cette histoire de Pâques a une saveur un peu plus philosophique et s’adresse davantage à des enfants d’âge scolaire. Présentée comme un conte ou une légende, elle rappelle beaucoup le mythe d’Icare, mais heureusement, la poule chocolatée ne fond pas totalement au soleil! Pénélope, une poule de Pâques en chocolat, désire être la reine de Pâques en étant la dernière trouvée lors de la chasse.Or, elle se cache si bien qu’on l’oublie et elle fond à vue d’œil à mesure que le temps se réchauffe. Elle se fabrique donc un plumage de fleur et décide de quitter sa cabane pour survivre. Elle se promène de forêt en jardin, pondant des œufs chocolatés au goût de fruit. Et il paraît qu’à l’approche de Pâques, elle retourne dans sa cachette dans l’arbre et espère toujours être la Reine de Pâques. Ainsi, ici, ce n’est pas le lapin qui cache les œufs à l’intention des enfants mais bien la poule qui les pond un peu partout.

    Idée d’animation: Avec ce livre, je me lancerais dans un atelier de production d’œufs en chocolat. Voici le genre de recette auquel je pensais, mais personnellement j’ajouterais des extraits d’arômes parfumés à la cerise, à l’amande, à la poire, etc, au mélange de sucre à glacer pour donner plus de goût aux créations de vos marmitons, leur permettre de personnaliser leur œuf et se coller davantage à l’histoire de Pénélope.

    Joyeuses Pâques à tous! Et si vous avez d’autres suggestions de livres à exploiter sur le sujet, n’hésitez pas à en laisser le titre dans un commentaire.

  • Nanouk et moi, Florence Seyvos

    Date: 2011.04.04 | Catégories: La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour aller plus loin, Roman enfant | Commentaires: 1

    Voici un livre dont j’ai bien failli ne pas vous parler. J’ai dû me faire violence pour ne pas le garder jalousement, comme un petit trésor. Un trésor noir et grave qui pose la question existentielle de la mort. L’histoire m’a beaucoup touché car à l’image du héros, j’ai un petit garçon à la maison qui me questionne quotidiennement sur la mort. La mienne, la sienne, ce qu’il y a avant, ce qu’il reste après… J’ai eu l’impression de rentrer dans la tête de mon petit Arthur (bien que Thomas, le héros, soit plus vieux) en lisant ce récit touchant.

    Nanouk et moi, Florence Seyvos

    J’ai découvert cette perle en poursuivant mon exploration des finalistes des prix sorcières 2011. Il était finaliste dans la catégorie roman junior (tout comme Passeuse de rêves dont je vous ai parlé ici). Le Nanouk du titre vient d’un film tourné en 1920, Nanouk l’Eskimau. Thomas est happé par le regard de l’Inuit sur le présentoir alors qu’il choisit un film à acheter. Bien que son père l’en décourage, il repart avec le DVD de ce documentaire sur la vie des gens du nord au siècle dernier. Au tout début du film, une phrase annonce que 2 ans après l’avoir tourné, le réalisateur a appris la mort de Nanouk dans une expédition de chasse au cerf. L’inuit est mort de faim.  C’est cette phrase qui est à l’origine du malaise de Thomas. Ces quelques secondes ont suffit à créer une angoisse qui ne passe pas, qui donnent constamment des cauchemars éveillés au jeune garçon. Il pense à Nanouk, à sa femme Nyla, à ses trois enfants. Thomas plonge dans l’angoisse de la mort, c’est lui qui rappelle son souvenir.

    L’enfance est parsemée de petites crises existentielles que résolvent à leurs façons les enfants. Certains les ressentent plus intensément que d’autres, parce que plus sensible peut-être? Les parents du jeune homme on assez d’humilité pour l’envoyer consulter un spécialiste en angoisse, le docteur Zblod. Thomas avouera lui-même au cours de ses discussions qu’il a volontairement été à la rencontre de la mort, pour voir s’il pouvait y penser sans libérer la folie en lui. Et il y arrive. En acceptant de partager un peu de sa tristesse, qu’il gardait jusqu’alors jalousement. Un beau livre, de beaux moments.

    Thomas n’est pas parfait, au cours de son cheminement, il vole un médicament qu’il croit être contre la tristesse, à ses parents. Ce qui fera faire des choses inhabituelles au petit héros, comme dire le mot « biquette » à tout moment sans pouvoir s’en empêcher. Mais est-ce vraiment la faute au médicament?

    Et il y a ce nouvel élève dans sa classe aussi, tellement gros que personne ne veut, n’ose lui parler. Thomas a peur de ternir sa réputation s’il le fait. Mais le hasard provoque leur rencontre et il deviendra un allié, sans même le savoir, dans la lutte de l’enfant contre l’angoisse de la mort.

    Et il y a sa maman qui vient d’apprendre la mort de son amie d’enfance qu’elle n’a pas vu depuis 15 ans. Et la photo de cette amie qui paralyse le jeune Thomas.

    Une belle histoire d’enfant qui grandit à coup de petites morts quotidiennes venant de sa nouvelle compréhension du monde et de son fonctionnement. À exploiter et à animer en classe ou simplement pour amorcer une discussion.

  • Spécial Journée internationale du livre pour enfants: des livres sur les livres

    Date: 2011.04.01 | Catégories: À animer, Album, Développer son imaginaire, La bibliothécaire aime, Nouveautés littéraires | Commentaires: 0

    J’adore ma profession. Être bibliothécaire est un des merveilleux imprévus de ma vie (j’ai fait des études en histoire de l’art et ai travaillé en art actuel auparavant). Mais être bibliothécaire jeunesse, c’est carrément la cerise sur le gâteau!

    Journée internationale du livre pour enfants

    Le 2 avril, c’est la Journée internationale du livre pour enfants. La date a été choisie en l’honneur de l’anniversaire de naissance d’Hans Christian Andersen. À cet effet, j’ai décidé de vous présenter une sélection de mes albums pour enfants préférés qui parlent de l’amour des livres et des histoires.

    Le gros monstre qui aimait trop lire, Lili Chartrand

    C’est un classique pour moi, un des premiers livres que j’ai découvert et animé. En fait, je lis ce livre à tous les groupes de CPE-maternelle que je reçois chaque mois d’avril en bibliothèque en l’honneur de la Journée internationale du livre pour enfants (en même temps qu’un livre sur Pâques, on ne s’en sort pas). Ça me permet de les sensibiliser à l’importance des livres pour enfants, aux trésors qu’on y décèle, à la chance qu’ils ont de pouvoir les lire.

    Le gros monstre vit dans la forêt où il a pour mission de faire peur aux humains qui s’approchent. Un jour, il doit crier deux fois pour effrayer une petite fille qui était plongée dans la lecture d’un livre. Cela ne lui était jamais arrivé: avoir à crier deux fois! Curieux, il ramasse ce drôle d’objet qui absorbait tant la jeune fille et le ramène chez lui. Il ne peut détourner les yeux des magnifiques images qu’il y a sur l’objet. Une vieille dragonne passant par là lui apprendra qu’il s’agit d’un livre et que ça raconte une histoire. Elle offre au gros monstre de lui apprendre à lire pour qu’il décode ce que raconte son livre. Celui-ci plonge dans l’aventure. Passionné par la lecture, il en oublie de faire peur aux humains, ce qui contrarie le chef des monstres qui le bannit du clan. C’était sans compter la curiosité des autres monstres qui voulaient, eux aussi, connaître les histoires. Depuis ce temps, les monstres rêvent aux histoires de princesses et ne font plus peur aux humains. Leçon: si on lisait plus de livre, on attaquerait moins notre voisin?

    On l’aime pour l’histoire et pour les magnifiques illustrations de Rogé, qui lui ont valu le prix du Gouverneur général en 2006.

    Tibert et Romuald, Anne Jonas

    Ici aussi, les illustrations sont d’une qualité indéniables. Les plans et points de vus  appellent une mise en scène quasiment cinématographique et donnent le ton au récit. L’échelle des personnages dans les images, la page couverture le démontre bien, suggère savamment le rapport de force des deux protagonistes.

    Romuald, une souris de la bibliothèque, part en expédition visiter ses cousins du grenier. Malheureusement, il rencontre en chemin Tibert, le chat de la maison. Il lui raconte alors une histoire qui le captive à un point tel qu’il en oublie de le manger. Et à la fin de l’histoire, il en redemande. Depuis ce jour, chat et souris s’entendent comme larrons en foire, à condition que Tibert ait son histoire. Variation sur le thème des mille et une nuits, cette belle histoire de chat et de souris amateurs d’histoires est à découvrir, si ce n’est déjà fait.

    Loup-Gris, Jean-Marie Robillard

    Ce livre, peut-être un peu moins connu que les deux précédents, gagne à être découvert. Loup Gris raconte l’aventure d’un loup qui s’ennuie sur la couverture de son livre rangé sur le rayon de la bibliothèque. Il n’a rien pour s’amuser, contrairement aux autres loups dont il visite les livres (celui du Petit chaperon rouge, des Trois petits cochons, etc). Sa forêt noire l’ennuie. Un petit oiseau prisonnier de sa cage lui propose un marché: s’il le libère il lui montrera comment garnir son paysage. C’est ainsi que le petit oiseau grappille dans les livres de bibliothèque des semences pour égayer sa forêt et laisser place à sa véritable histoire, qui implique un loup et… une chèvre. Ici aussi, les illustrations sont magnifiques et très significatives. Le gentil loup en quête d’une histoire a le bout du nez étonnamment rouge pour un être innocent, c’est que sous son air égaré, sa véritable nature se cache.

    Il est intéressant de jouer avec les enfants à reconnaître les contes auxquels sont associés les différents loups que visite Loup Gris et de poursuivre en allant les lire avec eux.

    L’ours qui aimait les histoires, Dennis Haseley

    Ce doux récit tout en roux-rouge présente un ours qui, intrigué après avoir découvert une lettre, s’aventure près du chalet d’une vacancière. Celle-ci lui lit des livres tout l’été et l’ours se laisse amadouer. Lorsqu’elle quitte sa résidence estivale, elle lui laisse des livres qu’il emporte aussitôt avec lui dans sa tanière pour les longues journées d’hiver. Ce qui frappe dans cet album, ce sont les magnifiques illustrations au pastel dont les teintes évoquent le plaisir enveloppant, douillet de la lecture. Comme une chaude journée d’été à laquelle personne ne peut résister.

     

    C’est un livre, Lane Smith

    Finalement, il y a ce livre qui fait fureur en ce moment mais sur lequel je n’ai pas encore mis la main. La bande-annonce ne laisse présager que du bonheur pour les amateurs de livres!




    C’est un livre – Lane Smith by GallimardJeunesse

    Bonne journée internationale du livre pour enfants à tous!

  • Passeuse de rêves, Lois Lowry

    Date: 2011.03.28 | Catégories: La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman, Roman enfant | Commentaires: 2

    Je vous ai déjà parlé de cet auteure, qui a aussi commis le magnifique roman Le passeur. Lorsque je suis tombée sur son nouveau roman dans le présentoir des nouveautés de la bibliothèque, je l’ai tout de suite emprunté. Heureux hasard car j’apprenais à mon retour à la maison qu’il était nominé pour le prix Sorcière dans la catégorie Roman junior. Je dois avouer que je l’ai préféré à La petite taiseuse de Stéphanie Bonvicini (qui est tout de même un magnifique roman à saveur philosophique), gagnant de la catégorie. Les goûts sont subjectifs, c’est peut-être qu’en ce moment j’ai besoin d’une petite passeuse de rêve…

    Passeuse de rêves, Lois Lowry

    C’est un roman tout en douceur, je dirais même délicat. Nous sommes dans le domaine du rêve, évanescent comme un nuage. Nous suivons Petite, qui ne sait pas ce qu’elle est exactement, et nous ne le savons pas non plus. Elle fait son apprentissage de « passeuse de rêves ». Pour ce faire, elle apprend à pratiquer le touché (se saisir des souvenirs d’une  personne en touchant des objets lui appartenant) sans aller trop en profondeur car elle pourrait alors passer du côté obscur et devenir une de ces choses hideuses, un Saboteur, qu’elle croise parfois et qui donnent des cauchemars. Mais elle est si douce et délicate que son touché ressemble au contact du fil de soie.

    Son enseignement se fait dans la maison d’une vieille dame et de son chien, car les passeurs de rêves s’occupent aussi des chiens (amusant!). La vieille dame a plusieurs objets que Petite touche  pour nourrir les rêves qu’elle lui offre. Puis, un jeune garçon arrive dans la maison. Lui, il a très peu d’objets desquels émanent de beaux souvenirs. Et il aurait tant besoin de beaux rêves! En plus, les saboteurs semblent décidés à l’attaquer en groupe et Petite est bien petite encore pour aider l’enfant à faire face à semblables cauchemars. Mais elle est courageuse et désire par-dessus tout rendre ce jeune garçon heureux dans ses rêves.

    Une belle et triste histoire, car vous l’aurez compris, ce petit garçon n’est pas arrivé chez la vieille dame de plein gré. Il y a été placé car sa mère ne pouvait plus s’occuper de lui, et encore moins son père. Mais elle est présente dans l’histoire cette mère et elle aussi bénéficiera des bienfaits d’un passeur de rêve pour passer au travers de moments difficiles afin de récupérer son petit garçon.

    Et on termine la lecture avec une terrible envie de sentir ce touché en fil de soie qui nous donnera de beaux rêves, qui veille sur nous. Un petit livre qui fait du bien.

  • Le Sauvage, David Almond

    Date: 2011.03.25 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 1

    En avez-vous, vous, des livres qui vous attendent? Je ne veux pas dire ceux sur votre pile « à lire » ou dans votre liste « à emprunter ». Non. Je veux dire de ces livres que vous avez emprunté plusieurs fois, sans les lire. Que vous avez commencé, sans les terminer. Pas parce qu’ils ne vous intéressaient pas, au contraire. Parce que les astres n’étaient pas alignés. Parce que ce n’était pas le bon moment. On en a tous quelques uns comme ça. Et ce matin, j’ai fini par le lire.

    Le Sauvage, David Almond

    Ce roman graphique est revenu traîné chez moi parce que les prix sorcières 2011 sont sortis récemment et que je l’ai emprunté à la bibliothèque. C’est le titre gagnant de la section roman ado. Je me suis dit que j’avais du pif car c’est un des premiers titres que j’ai proposé aux jeunes de mon club de lecture ado à la bibliothèque Le Prévost, L’Ivresse (petite plogue en passant ;) ). Plusieurs jeunes l’ont emprunté et m’ont dit l’avoir adoré, mais je ne l’avais toujours pas lu. Et comme les jeunes se l’arrachaient, je n’allais pas les en privé…

    Si bien que c’est ce matin que je l’ai lu. Et paf, un autre livre coup de poing qui vous rentre dedans. C’est l’histoire de Blue, un jeune garçon dont le père vient de mourir. Il est donc seul avec sa mère et sa petite soeur, Jess. Il y a le bum du village qui le prend pour cible et suite à une attaque particulièrement cruelle de Hopper (j’adore ce nom donné à un jeune garçon sans espoir), Blue se met à écrire l’histoire du Sauvage. C’est un garçon sans famille, qui vit dans le bois de son village. Il ne sait pas parler et se nourrit de baie et de proies crues. Quand un humain s’approche de la chapelle en ruine où il se cache, il le mange. On comprend très vite que le Sauvage est le double imaginaire de Blue, celui qui réalise ce que le gentil garçon ne saurait faire. Et il ne fait pas qu’écrire son histoire, il la dessine aussi dans des teintes de bleues (tiens donc!). Et le réel finit par se mélanger à l’imaginaire, ajoutant un soupçon de fantastique à cette histoire bien triste. Parce que les enfants trouvent les chemins qu’ils peuvent pour exorciser leurs drames. Et celui de Blue est infiniment réparateur et nous touche droit au cœur.

    Un beau livre d’amour en fait. Teinté de sang, de hache et de couteau (l’enfant est sauvage après tout). Et d’espoir.

     

  • Caca boudin, Au loup! et autres aventures de Simon le lapin

    Date: 2011.03.15 | Catégories: Album, Avant le dodo, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Simone exige, Vie de tous les jours | Commentaires: 1

    Ici, le rituel d’avant dodo se passe dans le niveau inférieur du lit à deux étages de mes plus vieux. Après le brossage de dents, ils courent au salon se chercher chacun deux livres. Il y a des soirs où ça va vite, comme quand Arthur me demande La revanche des lapins ou Loup noir (ce sont des album sans texte), et d’autres où j’en ai pour pas mal plus longtemps (Le château d’Anne Hiversère). Ces temps-ci, ma petite Simone, 2 ans, fait une fixation sur Simon le lapin, le héros de Stéphanie Blake. Il est entré dans ma maison en même temps que De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, via le fameux Caca boudin.

    Caca boudin

    Simon, le lapin coquin ne sait dire qu’une chose « caca boudin ». Peu importe qui lui parle et ce qu’on lui demande, il répond invariablement « caca boudin ». Ainsi, le jour où le loup lui demande s’il peut le manger, le petit lapin lui répond son leitmotiv habituel et se retrouve dans le ventre de son ennemi! Et le loup, que répond-t-il à sa femme lorsqu’elle lui demande si ça va? Caca boudin! Heureusement, le papa du petit lapin est très courageux et va le sortir de là, redonnant vie et verbe à Simon… mais pas pour très longtemps car il se trouvera un autre mot préféré. Pour le connaître, il faudra aller emprunter le livre.

    Les couleurs vives et les forts contrastes des albums de Simon attirent les bambins. Tout comme Aboie George, cette série fait partie des premiers albums grand format sur papier souple que je présente aux enfants lorsqu’ils sont prêts à quitter les touts-cartons et les bébé-livres. Le fond des pages, l’arrière-plan, présente toujours un aplat de couleur vive:  jaune, bleu, vert, rouge, etc, sur lequel vient s’inscrire le texte en noir. Du côté des pages illustrées, on retrouve également cette palette de couleur, de même que dans les vêtements et les personnages eux-mêmes. Toujours cernés d’un épais traits noirs, les personnages de Stéphanie Blake se distinguent facilement de leur décor minimaliste, ce qu’apprécient les jeunes qui en sont à leurs premières armes dans des univers plus complexes que les simples imagiers.

    Au loup!

    Quel enfant n’a jamais crié au loup? Vous n’avez qu’à penser au moment avant d’aller dormir où fiston vous demande 5 fois pour aller faire pipi et vous conviendrez que les enfants apprennent très jeune à « crier au loup » (sonner une fausse alerte pour provoquer la réaction désirée chez l’interlocuteur). Ici, Simon apprendra à ses dépends ce qui se passe lorsque le vrai loup se pointe et que plus personne ne vous croient. Mais retiendra-t-il vraiment la leçon? Une finale rigolote car la morale, c’est bien, mais il faut quand même en rire un peu!

    Superlapin

    Dans cette aventure, Simon, alias Superlapin le superhéros, reçoit un coup d’épée (écharde) en plein doigt et sa maman a la délicate mission de retirer le vil instrument de torture de sa progéniture. La douleur est intense mais Superlapin n’a peur de rien, pas même de l’aiguille de maman! Un album sur le pouvoir de l’imaginaire des enfants qui, très tôt, les pousse à s’inventer des jeux de rôle tordants pour les parents (ici, on joue au pirate dans le lit de papa et maman, Arthur le requin nous attaque et même à 2 ans Simone prend son rôle très au sérieux).

    Bébé Cadum

    Dans Bébé Cadum, Simon n’apprécie pas la venu du nouveau petit membre de sa famille et demande même à maman quand il retournera à l’hôpital ce « Bébé-cadum »! Mais lorsque Simon sent la peur du loup monter en lui au milieu de la nuit et que ses parents lui refusent l’accès à leur lit, c’est vers son petit frère qu’il se tournera pour chercher du réconfort, sous le couvert de le protéger des méchants loups, évidement. Ce livre est génial pour préparer la venu d’un nouvel enfant car on y évoque les perturbations que ça entraîne dans la famille (et Simon qui fait la terrifiante menace de faire caca partout si le Bébé-cadum reste, ce que font effectivement parfois les aînés en recommençant à mouiller leur culotte à l’arrivé de bébé). Mais il se termine sur une note positive et on sent bien que Simon l’aimera beaucoup son petit Bébé cadum.

    Non, pas dodo!

    Bébé cadum a grandit et on apprend qu’il porte le joli nom de Gaspard. Ici, Simon et son frère se fabrique une méga-grande-giga-top-cabane dans le bois, mais c’est l’heure de rentrer et les frérots quittent la cabane en oubliant un élément essentiel: la doudou de Gaspard (ça sonne très certainement des cloches aux oreilles des mamans ;) ). À l’heure du dodo, lorsque la forêt devient noire et dangereuse, Bébé cadum réclame son bien sans quoi il refuse de dormir. Simon exige donc sa cape de Superlapin et décide d’aller la chercher tout seul compte tenu du danger. Mais il fait noir et les bruits de la forêt sont autant d’éléments pour allumer l’imagination fertile du petit héros masqué, qui rentre en courant à la maison… mais la doudou en main, heureusement.

    Bref, chez moi Simon et son petit Bébé cadum font presque quotidiennement parti du rituel d’avant dodo. Un autre avantage de cette série pour les petits, c’est que les histoires reprennent souvent des éléments de leur quotidien, de leur vie de tout les jours. Ils nous font rire mais permettent aussi à mes cocos de s’identifier aux situations que vivent les frères lapins: perte de la doudou, peur de quelque chose d’imaginaire, construction de cabane, petits bobos, arrivé d’un nouveau bébé, sans parler de l’emploi des fameux mots de toilette!

    Et regarder les titres des autres livres de cette série, vous saurez tout de suite qu’il y a là matière à identification pour nos tout-petits. Et il a une bouille sympathique en plus ce lapin! Bonne lecture à quatre, six ou huit yeux. Vous m’en donnerez des nouvelles.

    (à paraître)

  • Une bouteille dans la mer de Gaza, Valérie Zenatti

    Date: 2011.03.14 | Catégories: Adolescent, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman, Roman enfant | Commentaires: 0

    Une bouteille dans la mer de Gaza, Valérie Zenatti

    Le conflit israélo-palestinien raconté aux jeunes, c’est possible? Zenatti a fait le pari que oui. Bien sûr, c’est un livre pour adolescent avec son lot d’histoire d’amour et d’amitié, de relation parent-enfant/ frère-sœur, mais le contexte dans lequel cette histoire s’inscrit ouvre une petite fenêtre sur le monde aux jeunes qui le lisent.

    Tal vit à Jérusalem. L’histoire débute par un attentat dans son quartier qui déclenche en elle une longue réflexion qu’elle jette sur papier. Elle aime sa ville, elle aime la vie et elle veut comprendre pourquoi toute cette violence. Elle décide donc que quelqu’un, de l’autre côté, doit lire son texte. Elle met le tout dans une bouteille qu’elle confie à son frère, qui fait son service militaire à Gaza. Elle s’imagine déjà les échanges à venir avec cette amie de l’autre côté de la frontière… mais, surprise!

    Deux semaines plus tard, le courriel tant attendu arrive et ce n’est pas celui d’une amie mais bien d’un garçon, qui semble plein de hargne envers elle et sa démarche. Il rit de Tal, mais lui écrit quand même. Alors elle persévère et force un échange car elle veut comprendre la réalité de son voisin. Car comme elle le dit si bien, elle peut imaginer la vie d’un jeune américain vivant à dix mille kilomètres car elle voit les séries télés, mais celle de l’autre côté de la bande, non.

    On se promène donc d’une tête à l’autre, d’un côté de la bande à l’autre, pour comprendre la réalité de ces deux jeunes qui se questionnent sur leur monde, leurs valeurs, la guerre et ses fondements. Une amitié se développe  sur fond de guerre. Ils sont habités d’un profond désir de réconciliation, comme semblent l’être leurs parents, mais pas nécessairement leurs voisins ou le reste de leurs familles. Tout n’est pas rose et tous ne veulent pas la paix.

    Une histoire pour adolescent donc, qui ouvre la voie à de longues discussions et qui a pour bienfait de les intéresser à ce qui se passe si loin de chez eux. Car si Tal peut imaginer la vie d’un jeune américain, est-ce que les jeunes de notre côté de l’atlantique peuvent imaginer la vie d’un côté ou de l’autre de la bande de Gaza?

    Et pour les plus jeunes…

    Les deux moitiés de l’amitié, Susie Morgenstern

    Ce livre aborde également la thématique de l’amitié entre juif et arabe, mais s’adresse aux pré-adolescents. L’histoire se passe au début des années 80, donc pas de portable ni d’internet, c’est via le téléphone que se fait la rencontre. Salah s’ennuie dans son nouvel appartement et compose au hasard un numéro de téléphone. C’est Sarah qui répond et accepte de discuter avec lui. Un jeune arabe, une jeune juive, mais tout deux à Paris et dans un contexte beaucoup plus léger que pour dans Une bouteille dans la mer de Gaza.

    Le texte court  aborde en surface les réalités de ces deux jeunes, mais il ne faut pas oublier qu’il s’adresse à des enfants du primaire. Il s’agit donc d’une introduction aux diverses réalités culturelles plus que d’un véritable questionnement. Une amorce pour parler de nos différences.

  • En noir et blanc pour les tout-petits

    Date: 2011.03.10 | Catégories: Album, Développer son imaginaire, La maman aime, Marguerite s'émerveille, Vie de tous les jours | Commentaires: 2

    Je vous ai parlé déjà de mes deux plus vieux, Arthur 4 ans et Simone 2 ans. Mais j’ai aussi une toute petite puce de 6 mois, Marguerite, qui s’éveille, s’émerveille tout doucement au monde des livres. Voici quelques uns de mes bébés-livres préférés, presque tous en noir et blanc, car à cet âge ils sont attirés par les forts contrastes.

    Blanc sur noir et Noir sur blanc

    de Tana Hoban

    Encore une fois, j’ai découvert ces titres grâce à la Librairie Monet, ou plus spécifiquement via leur blogue, Le Délivré. Il s’agit d’imagiers tout simple présentant un objet /animal de la vie de tous les jours par page. Je les ai acheté pour ma petite reine et dès que je les lui ai présenté (vers 2 mois je dirais) ses yeux se sont écarquillés et elle a tendu les mains pour les attraper. En fait, tout son corps, jambes comprises, se sont tendues vers le livre convoité. J’ai alors compris le message et lui ai offert d’autres titres en noir et blanc.

    Chat blanc chat noir, Pierre Bisinski

    Ici, comme dirait ma Simone, les chats « font des folies » sur le thème des contraires. Bien sûr, Marguerite n’est pas rendu à reconnaître ces concepts, mais elle prend beaucoup de plaisir à examiner les images cette fois-ci en noir, blanc et rose!

    Mes animaux (collection Blanc noir chez Tourbillon)

    Celui-ci, je viens tout juste de l’acheter pour l’offrir et je me demande bien si je ne vais pas le garder. Il est magnifique! Un coup de cœur de maman. Encore une fois, il s’agit d’un imagier sur le thème des animaux en noir et blanc (et en action cette fois), mais avec une petite touche de couleur par page. J’adore le style de l’illustrateur qui réussit à donner de la personnalité à ses animaux malgré la palette minimaliste.

    Olivia, Ian Falconer

    Exit Babe, chez les Hamel c’est Olivia le cochon de nos rêves! Encore tout en contraste, ces albums cartonnés en gris-noir, blanc et rouge plaisent autant à maman qu’à bébé. Et ici l’illustrateur se donne vraiment la peine de dessiner une cochonnette stylisée, ce qui est apprécié par les plus grands. Ce n’est pas parce que le livre est mis entre les mains d’un poupon que son grand frère ou sa grande sœur ni jettera pas un œil aussi.

    Beaucoup de beaux bébés, David Ellwand

    Cet album, d’abord paru en grand format sur papier souple, a été réédité en 2009 en version tout-carton et on ne peut que s’en réjouir. Vous avez sans doute déjà remarqué comment les tout-petits aiment se regarder dans le miroir et à quel point ils sont fascinés par les autres bébés. Vous avez ici quelque chose qui répond parfaitement à ces deux besoins. Chaque page présente un bébé avec une émotion (bébé triste) ou un élément de son corps (mains de bébé) ou un bébé en action (bébé boum boum, bébé pleure), etc. L’enfant se reconnaît donc dans chacune de celle-ci et à la dernière page l’auteur a eu la bonne idée d’inclure un miroir, validant totalement l’identification suggéré dans les autres pages.

    Et vous, quels sont les premiers livres que vous avez mis entre les mains de bébé?

     

     

  • Le temps des mots à voix basse, Anne-Lise Grobéty

    Date: 2011.03.07 | Catégories: Adolescent, Album, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 2

    L’amitié est la terre meule dans laquelle je me suis enracinée pour devenir qui je suis. J’ai fait des rencontres tôt dans mon adolescence qui m’ont marquées (mais ne l’avons-nous pas tous fait à cet âge?) pour la vie. Mes fidèles amies sont toujours présentes dans ma vie et c’est une bénédiction car l’amitié a cette faculté d’éclairer les temps noirs…

    Le temps des mots à voix basse, Anne-Lise Grobéty

    Le magnifique titre de ce livre rend parfaitement justice à cette petite plaquette destinée aux adolescents. Ça se passe dans un pays tranquille où les gens se saluent en se regardant dans les yeux. C’est l’histoire de deux amis de toujours, voisins, dont les pères sont également amis. Ceux-ci se retrouvent dans le fond du jardin pour discuter et poétiser. Ils aiment rire et aiment la vie, mais par-dessus tout, ils aiment les mots. Un jour, dans cette petite ville allemande, l’ami du jeune héros est retiré de l’école et les enfants n’ont plus le droit de jouer ensemble. La nuit venu, les deux pères se parlent au fond de la cour, mais il ni a plus de rire et d’envolée lyrique. C’est le temps des mots à voix basse, cachés, murmurés pour que personne ne les surprennent. C’est le temps où les gens ne se parlent plus et se regardent encore moins dans ce beau pays de collines et de vergers.

    Ce texte grave a la douceur du miel des abeilles que cultive le père du jeune narrateur, il coule comme une lumière dorée sur un temps sombre dont l’inéluctable fatalité, finalité, n’épargne personne. Ni enfants, ni poètes. Ni petit village tranquille parmi les vergers.

    Cette histoire est vue à travers les yeux de l’enfant qui n’a pas à fuir. Qui reste avec ses questions alors que son ami disparaît dans la forêt. Pour passer de l’autre côté et se placer dans l’œil, dans la tête, dans le cœur de celui qui doit tout abandonner, mais sans comprendre davantage les raisons qui l’obligent à le faire, je propose un autre titre tout aussi troublant:

    Nul poisson où aller, Marie-Francine Hébert

    Ici, c’est l’histoire toute simple de la petite Zolfe, qui sent bien qu’un grand voyage se prépare. Une question demeure: quelle barrette choisir? Elle hésite, se demande laquelle sa grande amie choisirait. Puis, des hommes armés arrivent et ordonnent à sa famille de quitter. Immédiatement. Ils font peur mais ont presque l’air de jouer un jeu. C’est impossible que le père de sa meilleure amie, si gentil, se cache derrière ce foulard… L’enfant apporte avec elle l’essentiel: son poisson rouge. Car il a avec lui , dans son bocal, tout un univers, tout un système. Elle en est responsable et ne veut pas l’abandonner. Alors commence la longue marche. Et le bocal devient de plus en plus lourd dans les petits bras de Zolfe. Mais à qui le confier? Toutes les portes et les fenêtres des maisons qu’elle croise dans sa marche sont closes. Les gens n’osent pas les regarder et les gardes les poussent rudement à aller plus vite.

    Et puis elle passe devant la maison de son amie, qui la regarde même si sa mère essaie de l’empêcher. Elles se comprennent tout de suite et au détour du chemin, la petite allemande récupère le bien le plus précieux de la petite juive. Son univers, son poisson, son histoire. Car tout comme le livre dans le livre, offert par l’amie, qui est une mise en abîme de leur histoire, le destin du poisson scelle leur amitié. Ce sera maintenant à la petite allemande de se souvenir et de garder vivant l’univers, l’histoire de la petite Zolfe.

    Cet album est extraordinaire à plusieurs niveau. D’abord l’histoire imaginée par Marie-Francine Hébert. Belle et douce, lourde et tragique. Un destin d’enfant. Mais c’est son arrimage aux merveilleuses illustrations de Janice Nadeau qui fait toute la force de cet album. Ses dessins à l’aquarelle, tout en transparence, comme le monde de l’enfant qui s’efface. Ses figures longues, étirées, comme la nuit qui s’installe dans sa vie, comme la marche sans fin qu’elle entreprend. Et Zolfe, en rouge, comme un petit soleil dans cette nuit. Et son amie, en bleu, qui ne peut faire autrement que de suivre le courant.

    Deux belles histoires toutes en douceur pour un événement de l’histoire tout en douleur.

  • Spécial mois de la nutrition, livres et idées d’animation

    Date: 2011.03.04 | Catégories: À animer, Album, Arthur demande, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

     

    Il y a des thématiques faciles qui reviennent constamment en bibliothèque: Noël, Halloween, Pâques, etc… Et il y en a d’autres moins évidentes du côté de la fiction, comme la nutrition. Avec le fameux mois de mars, les écoles et les cpe demanderont systématiquement des livres en lien avec la nourriture. En voici donc quelques uns que j’aime bien…

    La série de l’inspecteur Lapou, Bénédicte Guettier

    Cette fois-ci, c’est mon grand Arthur qui m’a fait découvrir quelque chose. À l’occasion de ses 4 ans, je l’ai amené à la Librairie Monet pour qu’il choisisse quelques livres. Il voulait des livres sur les navettes spatiales, sur l’espace et sur… les pommes (il allait y aller prochainement avec le CPE). Alice, une de mes libraires préférées, lui a donc fait découvrir ce titre de l’inspecteur Lapou. J’étais septique au départ car j’avais toujours associé cette série à un groupe d’âge plus élevé en raison des nombreux jeux de mots souvent très « français ». Et bien, je m’étais trompée car depuis nous retournons  périodiquement à la bibliothèque chercher un nouvel inspecteur Lapou à la demande de mon petit roi. Nous avons donc, avec cette série, tout un éventail de titre à suggérer aux éducateurs car les aventures se passent systématiquement dans le potager et mettent en vedette des fruits et des légumes.

    Idées d’animation: inventer d’autres jeux de mots culinaires ; créer d’autres personnages alimentaires rigolos.

    La petite souris, la fraise bien mûre et l’ours affamé, Audrey Wood

    Le pigeon trouve un hot dog, Mo Willems

    Le camion de pépites, Renée Robitaille

    Ces trois titres mettent en scène des histoires qui tournent autour d’un aliment sans que la nourriture soit directement le sujet du livre, contrairement aux personnages de la série de l’inspecteur Lapou. Par contre, chacun à leur manière, ils sont intéressant à raconter devant un groupe. Le rythme et le suspens du texte bien ficelé de La petite souris, la fraise bien mûre et l’ours affamé peut être suggéré à un éducateur moins à l’aise à raconter car la simple lecture de l’histoire telle quelle suffit à son animation. Quant au Le pigeon trouve un hot dog, on le mettra entre les mains d’un animateur un peu plus théâtral qui mimera avec plaisir, et pour le plaisir de tous, les crises de l’oiseau. Enfin, la conteuse Renée Robitaille a imaginé ce conte contemporain qu’est Le camion de pépites. On sent dans ce texte qu’il a d’abord été imaginé pour être livré à l’oral et c’est pourquoi on le mettra entre les mains d’un bon conteur. Par ailleurs, cette plongée dans le camion de pépites de chocolat ravira les papilles des tout petits.

    Je ne suis pas un hamburger!, Alain Durant

    Ce titre plutôt amusant est une mise en histoire de l’adage « on est ce que l’on mange ». Un garçon se transforme en hamburger car il refuse de manger autre chose. Tous le convoite avec gourmandise et son seul moyen pour redevenir lui-même sera de manger des légumes, beurk! Moralisateur mais efficace, avec des illustrations aux couleurs vives qu’aimeront nos petits mangeurs de hamburgers.

    Idée d’animation: atelier culinaire santé avec préparation de smooties ou milk shakes aux fruits.

    Blaise et le château d’Anne Hiversère, Claude Ponti

    J’adore ce titre et presque tout ce que fait Claude Ponti, mais quand Arthur me sort ce livre (parmi une demi-douzaine d’autres) avant le dodo, ouf! Car elle est longue cette histoire, mais je fais le pari que même avec des petits elle fonctionnerait. Les jeux de mots sont à mourir de rire et les illustrations cachent un millier de détails amusants à découvrir. Blaise le poussin masqué, ainsi que les autres poussins, décident de fabriquer un gâteau pour l’anniversaire d’Anne Hiversère. Ils iront donc chercher tout les ingrédients nécessaires à sa fabrication dans un délire de jeux de mots et de personnages loufoques. Personnellement, j’ai un faible pour les Grobinets alors que mon grand aime beaucoup le poussin à tête de champignon ainsi que le couple volant « pète et répète ».

    Idées d’animation: bien sûr, fabriquer un gâteau ou des cupcakes ; agrandir les images du livre et en faire un « cherche et trouve « car tous les poussins en action se retrouvent dans chaque image; inventer des jeux de mots « pontiesque »; faire un concours avec l’image de la fête où se retrouvent plusieurs personnages de la littérature et du cinéma pour enfants, les associer à leurs œuvres.

    Lustucru le loup qui pue, Dominique Demers

    Le pauvre loup n’aime pas manger les enfants, ce qu’il préfère par dessus tout c’est des galettes chaudes de fromages qui puent! Mais ça lui donne une haleine épouvantable et il ne peut parler à quelqu’un sans que celui-ci ne tombe dans les pommes. Jusqu’au jour où une petite enrhumée frappe à sa porte et dévore avec lui un mounche-miam de sa création.

    Idée d’animation: jumeler la lecture du livre avec une activité/dégustation autour des fromages québécois, inviter un conférencier pour les enfants.

    La belle lisse poire du prince de Motordu, Pef

    Ce livre est sans aucun doute celui que j’ai le plus animé dans ma carrière. Je vis carrément une histoire passionnelle avec celui-ci et je vous avoue qu’en congé de maternité ma version petit format ne me satisfait pas. Je rêve d’aller voler l’exemplaire édité dans la collection « Les bottes de 7 lieues » (format géant et épuisé) que j’ai jalousement mis hors circulation à ma bibliothèque!

    Idée d’animation: le menu tordu présent dans ce livre est une source inépuisable de création de jeux de mots tordus à faire avec les enfants. Et pourquoi pas même un livre de recettes tordus!

     

    Une soupe 100% sorcière, Quiterrie Simon

    Une sorcière n’a plus grand chose pour faire sa soupe et court donc se ravitailler dans le potager de ses voisins où elle ne trouve que carottes, pommes de terre et poireaux. Peu habituée à cuisiner des légumes, elle invente une soupe qui sent délicieusement bonne. Mais les voisins lésés viendront récupérer leur dû. Kroquela finira-t-elle par pouvoir  goûter à sa soupe? Un conte moderne de sorcière qui, grâce à sa soupe, sera perçue comme une princesse car le prince charmant, passant par là, tombera sou le charme du délicieux arôme. À noter: les clins d’œil au petit chaperon rouge, au petit Poucet, etc…

    Idée d’animation: Concours de création de soupe, à partir de différents livres de recettes sur le sujet les enfants doivent inventer leur propre soupe. La recette gagnante sera réalisée le lendemain (le temps que la bibliothécaire aille se procurer les ingrédients!).

    Enfin, sur le thème Qui mange quoi? dans le règne animal, et à l’aide des multiples documentaires sur le sujet, il y a un nombre infini d’animations à créer. Que ce soit de la recherche dans les livres à partir de quiz papier, ou un « génie en herbe » spécial biblio, les jeunes adorent qu’on teste leurs connaissances. Et pourquoi ne pas leur offrir une collation du même ordre pendant l’activité, afin qu’ils réalisent que les animaux ne mangent pas de barres tendres ou de frites. Quelqu’un veut une carotte?

     

  • Le passeur, Lois Lowry

    Date: 2011.03.01 | Catégories: Adolescent, Dystopie, La bibliothécaire aime, Roman | Commentaires: 1

    Je vous ai déjà parlé de mon intérêt pour les livres d’anticipation et de comment la vague m’a happée, mais, en vérité, j’avais déjà fait une petite incursion dans ce monde au début de ma carrière de bibliothécaire jeunesse à la ville de Montréal.

    Le passeur, Lois Lowry

    Je ne me rappelle plus exactement de la date, mais c’était à cette période où toutes en cœur nous « chialions » contre le tout nouveau Nelligan (catalogue des bibliothèques de la ville) et regrettions amèrement ce bon vieux Gulliver et ses fonctions (Ah, les paniers ;) ). Les bibliothécaires en arrondissement avaient donc été invitées à venir discuter des points à améliorer au central. J’étais impressionnée car je me retrouvais avec des vétérantes, responsables des bibliothèques jeunesse de la ville!

    Nous étions donc autour d’une grande table lorsque la personne qui dirigeait la réunion, afin de faire un exemple, demande un titre de livre à chercher dans le catalogue. Une de ces dames thécaires jeunesse lance : « Le passeur » de Lois Lowry. Je note donc discrètement le titre dans mon agenda et l’emprunte à mon retour en bibliothèque…

    Wow! C’est LE livre que j’ai le plus souvent recommandé cette année-là. Un coup de cœur véritable. Il est pour moi de ces livres dont l’atmosphère me revient parfois en mémoire comme un souvenir persistant. Me submerge. M’angoisse. La scène finale, cette descente avec l’enfant qui a froid tourne périodiquement en boucle dans ma tête. Cette totale dépendance. Cette totale rébellion envers l’inhumanité de l’homme…

    L’histoire? Dans un monde futur où l’homme a une pilule pour tous les bobos, il a aussi choisi de ne pas savoir.  Tout est bien organisé dans cette société. À 12 ans on se voit attribué une fonction. On ne s’aime pas, on vit en couple pour élever les enfants qu’on a reçu, car on ne les fait pas non plus. Et à un an, s’ils sont déclarés inaptes, ils sont « élargis ». Tout comme les personnes âgées arrivées à la fin de leur vie utile d’ailleurs. Mais ce qu’est l’élargissement, personne ne le sait…

    Jonas se voit confier la plus importante des fonctions : « dépositaire de la mémoire ». Une seule personne dans la communauté sait comment était le monde avant, quand l’homme aimait et voyait les couleurs. Une seule connait la vérité sur l’élargissement. Nous suivons donc cet enfant qui verra son monde se déconstruire à mesure qu’on déposera dans sa mémoire les faits et les choix qui ont mené l’homme à vivre tel qu’il le fait maintenant…

    Un livre magnifique que j’ai recommandé à des adultes comme à des ados, et suite auquel on revient presque systématiquement me demander « un autre…. ».

  • Dans la famille Hamel nous demandons… Raoul Taffin

    Date: 2011.02.26 | Catégories: Album, Arthur demande, Développer son imaginaire, La maman aime, Pour rigoler | Commentaires: 0

    Ma première rencontre avec Raoul remonte à quelques années déjà, je l’avais alors découvert en chasseur de mammouths. Dans un cours sur la littérature jeunesse, une enseignante nous l’avait présenté comme son coup de cœur pour sa classe de premier cycle. J’avais adoré, mais étais restée sur l’impression que ce genre de livre, qui exige un effort de compréhension et un certain niveau d’abstraction, était réservé à des enfants du niveau scolaire. Que non!

    Raoul Taffin chasseur de mammouths, Gérard Moncomble

    Raoul est donc revenu dans ma vie via mon grand tannant de 4 ans qui voulait des livres sur les mammouths (il avait vu le film L’Ère de glace). À la première lecture, il n’a pas vu tous les signes, mais vous, les verriez-vous? Je vous explique…

    Raoul Taffin est un jeune garçon à l’imagination débordante. Dans cette histoire, il doit tuer et rapporter son premier mammouth au clan. Il part donc à l’aventure, rencontre un clan de chasseur, évite des obstacles et en découvre finalement un tout petit au fond d’un trou. Ça y est, c’est le sien, celui qui le fera entrer dans l’ordre des chasseurs. Mais il semble aussi effrayé que lui, réussira-t-il à le tuer? Tout au long de l’aventure, nous sommes avec Raoul. L’histoire est si bien écrite qu’on embarque et ne remarque pas les anachronismes (à la fin de ma première lecture, je ne me rappelais même pas que Raoul descend une cage d’escalier à la première page!). C’est avec la dernière illustration double-page que la lumière se fait, nous n’avons pas suivit le jeune garçon dans une contrée sauvage mais bien sur un chantier de construction, que son imagination débordante a fait se transformer en terrain de chasse de l’ère glaciaire au gré de son aventure. Et le petit mammouth, devinez ce que c’était? Allez emprunter le livre pour le savoir! Et pour le plaisir de faire le chemin inverse une fois la première lecture terminé, afin de relever les indices que l’illustrateur nous avait laissé dans chaque page sur la véritable nature de cette aventure…

    Raoul Taffin pirate, Gérard Moncomble

    C’est le préféré d’Arthur car dans cette aventure, Raoul s’imagine être un pirate. Alors qu’il n’y a plus rien dans les cales, le pirate Raoul part à l’aventure pour ravitailler le navire. Où va-t-il vous pensez? Encore une fois, la vérité éclate à la dernière page, mais entretemps il rencontre un pirate ennemi, un trésor, la faune marine et même la douane du port!

    Il faut prendre le temps de souligner le travail exceptionnel de l’auteur et de l’illustrateur qui ont travaillé conjointement pour réaliser ces albums car c’est un excellent exemple où à la fois le texte et l’illustration sont nécessaire à la compréhension de l’histoire.

    Et petite anecdote, l’illustrateur a aussi réalisé le visuel d’au moins un casse-tête de bateau de pirate… ce qu’Arthur a immédiatement remarqué!

    Raoul Taffin cosmonaute, Gérard Moncomble

    Celui-là, c’est le préféré de maman. Raoul doit aller porter un message aux habitants de plusieurs planètes aussi différentes les une que les autres. Armé de son costume de cosmonaute, il part dans son vaisseau afin de vaillamment remplir sa mission auprès des occupants de la galaxie, tous de joyeux hurluberlus. Encore une fois, la véritable nature de la « mission » de Raoul sera révélée à travers l’illustration de la dernière double-page.

    Vous l’aurez compris, le plaisir de ces livres est de se faire prendre au jeu et de parcourir le chemin inverse une fois la nature de l’aventure révélée afin de découvrir les indices qui nous ont échappé. Et à 4 ans, les enfants le font finalement très bien car dans chacun de ces albums, mon grand a vu des choses qui m’étaient complètement passées sous le nez!

  • H.B., Thierry Lenain

    Date: 2011.02.23 | Catégories: Adolescent, Album, La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin | Commentaires: 0

    Thierry Lenain, c’est La fille du canal, un livre magnifique sur l’inceste et la résilience. C’est aussi Un pacte avec le diable, un roman sur une fugueuse qui se fait recueillir par un jeune drogué. Du côté des plus jeunes, il a commis Petit Zizi, l’histoire d’un enfant qui subit les méchancetés de ses camarades d’école, et Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte!, où un petit garçon se défend face aux caresses envahissantes de la tatie en question. Pour moi, Thierry Lenain, c’est H.B.

    Le titre intrigue. N’étant pas française, je n’avais jamais entendu parlé de H.B. lorsque j’ai emprunté cet album pour ado il y a plusieurs années. Je me suis donc plongée dans ce livre de manière tout à fait innocente. Et j’ai été happée. Par le souffle et par l’histoire. Par l’image qui sert le propos (géniale l’idée d’illustrer la première et la dernière double-page par des loups au regard tourné vers le livre, vers ce qui se passe à l’intérieur, comme s’ils épiaient H.B., prêts à intervenir). Happée par le sentiment de toucher à quelque chose de tout à fait personnel et de tout à fait universel. Par la réflexion que soulève l’album.

    Un homme « bombe humaine », H. B. (Human Bomb) séquestre une classe de maternelle en France pendant près de 2 jours. Largement télévisé, l’auteur suit et commente la prise d’otage. Il ne peut se résoudre à voir l’homme comme bête et cruel. Dès le départ, il voit 2 histoires pour le même homme, celle du dedans, qui se passe dans la classe, et celle du dehors, alors que chacun se fait une tête sur « la bête » sans chercher les raisons qui l’ont amené à poser un tel geste. Pourquoi cet homme est-il allé « mourir en enfance » dans une maternelle? H.B. est gentil, poli avec les enfants et la maitresse. Elle ne craint pas de les laisser avec lui pour sortir parler aux parents. Il joue avec eux et les libère facilement, hormis six petites filles à qui il raconte Blanche-neige. Il s’inquiète pour elles et désire qu’elles ne sortent pas traumatisées par l’évènement. Les policiers le drogueront en mettant un somnifère dans son café.

    Si vous ne connaissez pas la fin de ce livre, qui raconte une histoire vraie, résistez à l’envie de fouiller le web pour la trouver et courrez plutôt chercher le livre. Pour que votre esprit reste ouvert au questionnement, à la réflexion amorcée par l’auteur. Parce que H.B., bien sûr, c’est Human Bomb, mais c’est aussi Human Being. Et qu’est-ce qui peut pousser un être humain à un geste aussi cruel? Un livre qui dérange, vraiment à ne pas lire avant d’aller dormir…

  • Pipi, caca, pet et crotte de nez! – Deuxième partie

    Date: 2011.02.20 | Catégories: À animer, Album, Arthur demande, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Simone exige, Vie de tous les jours | Commentaires: 0

    Bon lundi matin à tous! Histoire de commencer la semaine avec un sourire, je vous présente cette deuxième série de livres sur ce qui semble parfois être les principaux centre d’intérêt de nos petits…Estomac sensible s’abstenir!

    Pipi tout croche, Carole Leroux

    Ce délicieux petit livre tout-carton raconte l’histoire de Charline, une petite puce qui veut faire pipi debout, comme son ami. Elle essaie de mille et une façon mais elle finit toujours par avoir les jambes toutes mouillées, dégoulinantes de pipi. Sans zizi, debout, on fait pipi tout croche! Décidément à lire vers 2 ans, au moment de l’apprentissage de la propreté.

    Gros pipi, Émile Jadoul

    Pour le même groupe d’âge, j’aime beaucoup ce Gros pipi d’Émile Jadoul. Petit pingouin réveille ses parents toutes les nuits pour qu’ils viennent avec lui à la toilette. Résultat: papa et maman ne sont pas très en forme le matin. Ils essaient d’apprendre à petit pingouin qu’il est assez grand pour se lever tout seul la nuit pour faire pipi, mais celui-ci a  trop peur. Cette nuit, il se décide et y va tout seul. Wow! Il est vraiment fier de lui. Tellement fier qu’il court réveiller papa et maman pour leur dire!

    La gratouillette, Anne Villeneuve

    Dans La gratouillette, nous suivons Anémone, la mignonne et très sage enfant qui ne dérange personne, sauf pendant le cours de mathématique auquel elle semble allergique. À ce moment-là, des fourmis lui envahissent le nez et elle tente de les chasser avec son doigt. Ce qui devait arriver arriva, son nez fini par lui rester sur le bout du doigt. Ni magie, ni colle ne semble fonctionner. Elle devra aller voir le spécialiste pour s’en faire poser un autre, et elle en choisira un à sa mesure! Sourire garantie dans l’auditoire.

    Crotte de nez, Alain Mets

    Ah, ce cher Crotte de nez! Avec toutes ces histoires que je fréquente, on pourrait me croire insensible aux doigts dans les nez et autres choses dégoûtantes… et bien non! Il reste encore quelques livres qui me lèvent le cœur. Avec sa description très réaliste d’un petit cochon roulant sa crotte de nez et la mangeant, il est le grand champion des livres dégoûtants, mais  ô combien attachant. À un point tel qu’Arthur (qui est à l’âge où il confond son nez avec le garde-manger, particulièrement en hiver) me le demande plusieurs fois par semaine. L’histoire? Jules, le petit cochon sale et mangeur de crottes de nez, se fait enlever par le méchant loup avec sa bien-aimé, la proprette Julie. Il ne comprend pas pourquoi Julie ne le trouve pas attirant jusqu’à ce qu’elle lui dise ses quatre vérités et son amour de la propreté… que semble partager le méchant loup. Pour sauver sa belle, Jules se sacrifie et amène le loup à le manger en premier, mais lorsqu’il voit le petit cochon sortir de son nez une énorme boule verte et gluante et se la mettre dans la bouche, s’en est trop pour lui. Il se sauve en courant, vert et malade. Je croyais qu’une telle scène allait décourager les plus féroces appétits de gluant vert, il semblerait que non…. mais l’histoire reste drôle et les enfants l’adorent.

    Du côté des documentaires maintenant…

    Un mot pour vous parlez de ces drôles de documentaire dont Angèle Delaunois est devenue spécialiste. Chaque titre explique un phénomène du corps humain, souvent très drôle et proche de la réalité des enfants. Du documentaire ludique à son meilleur.

  • Quand c’est papa qui conte les histoires

    Date: 2011.02.19 | Catégories: Album, Arthur demande, Avant le dodo, Pour un câlin | Commentaires: 2

    Il existe une panoplie d’album sur le rituel d’avant dodo, mais il y en a un qui sera toujours spécial pour moi…

    Tous les soirs du monde, Dominique Demers

    Cet album raconte l’histoire d’un petit garçon qui, tous les soirs, demande à son père d’endormir le monde afin que lui-même s’endorme. Papa, docile, remonte donc la couverture jusqu’aux pieds de fiston et lance la formule magique qui endort une partie du globe. Ainsi, au fur et à mesure qu’il remonte la couverture sur le corps de son enfant, le papa endort l’Arctique, la mer et les océans, l’Afrique et les steppes, etc… il terminera en réveillant le monde des fées afin de donner de beaux rêves à l’enfant somnolent. Tous les soirs du monde, le papa endort sa petite planète.

    J’ai aimé cet album dès la première lecture que j’en ai fait, à l’automne 2005. Pour l’envolée imaginaire qu’on retrouve dans chaque double-page illustrée alors que le papa endort une partie du globe et qu’on voit ce que l’enfant imagine. Pour les mots de Dominique Demers qui coulent, poétiques. Pour le moment d’intimité et de tendresse qui unie l’homme et son fils. Et pour la promesse que ce moment sera répété tous les soirs du monde.

    En fait, cet album a fait naître en moi une idée dès la première lecture. Je l’ai acheté et l’ai laissé sur le bureau de mon amoureux avec une petite note: « Et si nous aussi, nous nous fabriquions une petite planète à endormir tous les soirs du monde? ». Il m’a répondu quelques semaines plus tard en glissant parmi mes cadeaux de noël Le yoga pour les femmes enceintes. Et 9 mois plus tard naissait Arthur, qui a aujourd’hui 4 ans, et que papa endort tous les soirs du monde avec ses histoires inventées qui font galoper son imaginaire (après, bien sûr, que maman lui ai lu, ainsi qu’à sa petite sœur, plusieurs livres!).

    Et vous, vous avez des livres fétiches à suggérer pour le rituel d’avant-dodo?

  • Pipi, caca, pet et crotte de nez! – Première partie

    Date: 2011.02.16 | Catégories: À animer, Arthur demande, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler, Simone exige | Commentaires: 2

    Avouez-le, vous aussi aimez les livres pour enfants parlant de caca, de pipi, de pet et de crottes de nez… toutes ces choses dont les éducatrices en garderie et les enseignantes au primaire essaient d’empêcher nos enfants de parler. Mais je les comprends, il y a un temps pour toute chose… et le temps pour en rire est venu!

    Le classique: De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, Werner Holzwarth

    Une anecdote, histoire que j’ai l’air folle un peu. Je recevais un groupe d’étudiant à la maitrise en sciences de l’information de McGill à la bibliothèque Interculturelle. Discussion unilingue anglaise. On dérive sur la censure et les élèves me demandent si j’en ai déjà vécu en bibliothèque. Je leur parle donc de cette éducatrice outrée que j’ai lu ce livre à son groupe. Et je ne sais pas comment le livre s’appelle en anglais alors je parle de « little mole who has a shit on his head » et personne ne répond… Et je renchéris, « you know, the little animal who live under the ground.. it is practically blind… in the story it have a shit… » et je poursuis la conversation avec le mot « shit » qui revient à toutes les phrases. Et un moment donné, je réalise qu’il y a comme un malaise dans le groupe. Alors, candidement, je leur demande s’il existe  a « politically correct word for « shit »" et une élève toute timide lève la main et me répond: « Yes :poop ». Oups, je veux rentrer six pieds sous terres. Et ceux qui la connaissent imagineront également la très distinguée Mme Mittermeyer, professeure du groupe, qui semble aussi gênée que moi… Une chance que je ne leur ai pas raconté le livre avec les bruits de défécations de chaque animal que j’imite à merveille!

    Ce livre est donc un classique réédité de nombreuses fois. J’ai même le toutou de cette petite taupe et de son caca. L’histoire? Une petite taupe sort la tête de son trou et reçoit un caca sur la tête. Offusquée, elle cherche parmi les animaux de la ferme lequel lui a fait cet odorant cadeau. Chacun lui prouve que ce n’est pas lui en lui donnant un exemple « live » de son caca (les enfants croulent alors de rire, ainsi que la plupart des éducatrices et des enseignantes). Elle finira par démasquer l’infâme et par se venger, à sa façon.  Je ne garantis pas le calme dans le groupe suite à cette lecture!

    Histoires de pets:

    Pétunia, princesse des pets, Dominique Demers, Pépito, Birte Müller et Walter, le chien qui pète, William Kotzwinkle

    Comme on l’aime cette Pétunia! J’adore cette princesse prise de pétarade parce qu’on exige d’elle qu’elle soit parfaite. Remède contre cette terrible maladie? On se détend et on s’amuse un peu! Les illustrations aux couleurs vives et les expressions de la princesse servent particulièrement bien l’histoire. Hilarité générale garantie!

    De plus, gavées des histoires de Cendrillon, de Blanche-Neige et de La belle au bois dormant à la sauce Disney, nos petites princesses ont bien besoin de ce livre qui ramène le « princessariat » à leur niveau!

    Pauvre Pépito, lui aussi est contraint de retenir ces infâmes pets dont le bruit et l’odeur incommodent grandement maman et papa grenouille, particulièrement devant la visite. Il essaiera bien de les retenir, ses gaz, mais ça le fera gonfler, gonfler, gonfler jusqu’à ce que remplis d’air, la pauvre grenouille se mette à voler. Comment faire pour revenir sur terre: « Pète et pétille, Pépito »… phrase à retenir.

    Finalement, il y a Walter. Walter le chien qui pète et empeste tant que personne ne peut le supporter dans une maison. Brigitte et Benoît lui feront essayer toutes les nourritures imaginables mais l’effet reste le même: Walter pète. Lui aussi essaiera de se retenir mais ça lui fait tellement mal au ventre…. cette histoire se termine un peut différemment des autres. Allez la lire pour découvrir comment Walter se transformera en héros et sauvera la maisonnée, qui trouvera finalement une utilisation bien particulière aux gaz de l’animal (l’illustration de la dernière page révèle cette ingénieuse idée).

    Ah oui, et pour garantir que les enfants perdent leur capacité d’attention et de concentration à 100% dans un brouhaha incontrôlable, il faut animer ces trois derniers livres avec un coussin péteur (il y en a dans tous les Dollorama).

    La deuxième partie suivra bientôt, cœurs sensibles s’abstenir!

  • Les mille oiseaux de Sadako, le livre qui me suivra toute ma carrière

    Date: 2011.02.14 | Catégories: La bibliothécaire aime, Pour aller plus loin, Roman | Commentaires: 5

    C’était au printemps 2006. J’organisais mon premier club de lecture estivale et je fonçais tête baissée sans trop savoir dans quoi je m’embarquais. En plus, ma bibliothèque étant toute neuve, c’était son premier club de lecture à elle aussi. Je voulais que ça fonctionne… et ça a fonctionné!

    Vous vous en souvenez peut-être, c’était l’année du thème « Héros  recherchés ». Les organisateurs à Toronto avaient eu la bonne idée d’inclure, dans le matériel promotionnel enligne, l’illustration en noir et blanc de chaque petit héros présent sur l’affiche (ils sont d’ailleurs encore disponible, cliquez ici si vous les voulez, pratique pour des animations). J’avais déjà planifié de faire des tournées de classe dans 4 écoles pour parler du club et je voulais terminer mon animation par un coloriage de ces héros que j’exposerais ensuite à la bibliothèque (Marketing payant: les classes sont ensuite venues voir l’exposition de leurs œuvres). Je les connaissais pour la plupart: Gandhi, Terry Fox, Rosa Parks, etc . Mais une illustration m’intriguait car je n’avais aucune idée de qui elle représentait.

    Tout en planifiant mes animations, je faisais mes recherches dans le catalogue de l’époque (allez les vieilles thécaires, toutes ensembles, un soupir de nostalgie pour ce bon vieux Gulliver,ahhhhhh) avec les mots-clés héros, héroïnes, etc. Les aides-bibliothécaires me sortaient des chariots complets de livres que j’avais demandé et c’est au hasard de ceux-ci que je suis tombée sur Sadako. L’illustration de la page couverture coïncidait avec celle qui me posait problème sur l’affiche.

    Les mille oiseaux de Sadako, Eleanor Coer

    Lors de mes animations en classe, au moment du coloriage, j’avais sélectionné une douzaine d’illustrations extraites de l’affiche. Les enfants choisissaient celles qu’ils voulaient. Il y avait les héros de la vie de tous les jours: ambulanciers, pompiers, policiers… puis il y avait les autres que les enfants connaissaient moins: Mère Teresa, Einstein et Sadako. Je prenais toujours le temps d’expliquer aux enfants qui étaient ces héros et Sadako fut le coup de cœur de l’ensemble des jeunes du quartier Côte-des-Neiges cet été-là je pense.

    Je leur racontais donc, à la manière du livre, qu’il n’y a pas si longtemps une bombe avait explosée au Japon, la bombe atomique. Ça, ils connaissaient. Et que cette bombe avait laissé dans l’air des particules que bien des années après son explosion, les habitants respiraient encore. Sadako est née 10 ans après l’explosion. Au primaire, c’était une championne de course à relais, la meilleure de son école. Mais pendant une course, elle s’est sentie mal et s’est évanouie. À l’hôpital, on lui a appris qu’elle avait « la maladie de la bombe ». Elle savait ce que c’était, plusieurs autres enfants de son école l’avait eu… et on ne les avait jamais revu. C’était une leucémie, un cancer du sang dû aux radiations toujours présentent dans l’air. Sadako était une petite fille forte et pleines d’idées. Sa meilleure amie lui raconte alors la légende des grues selon laquelle si elle plie mille oiseaux grues en origami, son vœux sera exaucé. Elle commence et plie tous les papiers qui lui tombent sous la main. Elle fait accrocher ses grues au-dessus de son lit, comme une volée d’oiseaux. Elle plie, elle plie, elle plie toute la journée, autant que ses forces le lui permettent… Pour savoir si elle se rend jusqu’à mille, il vous faudra faire comme les jeunes de mon club de lecture de l’époque, et aller l’emprunter à la bibliothèque.

    Immanquablement, les larmes me montaient aux yeux en racontant cette histoire..c’était peut-être parce que j’attendais mon premier enfant, mais je ne pense pas que c’était ça. C’était beaucoup plus que ça car les jeunes étaient aussi émus que moi. Lorsque je suis revenue de congé de maternité 15 mois plus tard, en septembre 2007, ma remplaçante m’a raconté combien elle avait été embêtée au début lorsque des jeunes (qui m’avaient vue dans leur classe au printemps) venaient lui demander le livre de la petite fille qui avait la maladie de la bombe, Sa… quelque chose. Il paraît qu’ils sont plusieurs à être venus le chercher.

    Et vous, quels sont les livres qui vous ont marqués, professionnellement?

  • Hunger Games ou comment j’ai découvert que la science-fiction, j’aime ça!

    Date: 2011.02.11 | Catégories: Adolescent, Dystopie, La bibliothécaire aime, Roman | Commentaires: 14


    Je l’avoue, j’adore la littérature pour ado. En fait, pendant mes trois congés de maternité, je n’ai pratiquement lu que ça. Et cette fois-ci, c’est dans la science-fiction que je suis tombée…

    J’ai toujours snobée ce genre littéraire. Et je pense que je ne suis pas la seule (voire l’article de Carole Tremblay dans Le Devoir, ce n’est pas de la science-fiction, c’est de la « dystopie »). J’imaginais qu’il comprenait uniquement des histoires sur des cyborgs peuplant mars. Encore aujourd’hui, je parle plus volontiers de roman d’anticipation que de science-fiction.

    Voici comment la vague m’a happée…

    Les fragmentés, Neal Shusterman

    Il y a d’abord eu Les fragmentés, de Neal Shusterman. Dans un futur pas si lointain, la guerre entre les pro-choix et les pro-vie s’est soldée par l’adoption d’une loi obligeant les femmes enceintes à garder leur enfant, mais permettant aux parents de les fragmentés. Fragmentation: récupérer médicalement chaque partie du corps pour une réutilisation future en le dépeçant littéralement  (je vous avoue que la scène de fragmentation décrite dans le livre me hante encore, car le tout se fait alors que le fragmenté est conscient… et ça se termine par ses yeux. À ce moment-là, ça frise l’horreur). Nous suivons donc trois adolescents qui fuient les « frags » (police chargée de récupérer les adolescents en fuite touchés d’un avis de fragmentation) et qui deviendront les pivots d’une rébellion. Excellent!

    Hunger Games, Suzanne Collins

    En octobre 2009, j’ai changé de bibliothèque et on m’a confié un nouveau mandat: un club de lecture ado. Je me lance donc comme défis d’aller les rencontrer dans leur école secondaire pour les attirer ensuite à la bibliothèque. Je me prépare, telle une représentante Tupperware, à faire mon « pitch de vente ». Par contre, je ne vends pas de petits pots en plastique. Mon produit, c’est les livres et je dois trouver ceux qui accrocheront les ados au premier coup d’œil car j’ai moins d’une heure par classe… Je cherche donc les livres dont les couvertures sont les plus accrocheuses et tombe par hasard sur cette nouveauté en bibliothèque: Hunger Games.  Je partais le lendemain pour trois jours de visite à l’école secondaire et n’avais visiblement pas le temps de le lire en une nuit (j’avais déjà deux de mes trois enfants à l’époque). Tant pis, je l’ai pris avec moi… et me suis transformée en adolescente. Entre chaque visite de classe, alors que les jeunes avaient 10 minutes  pour se déplacer vers leur prochain local de cours, je m’accroupissais dans le corridor et me plongeais dans mon livre (je me suis d’ailleurs fait regarder croche par quelques profs qui ne me connaissaient pas car je pense qu’il était interdit de s’asseoir par terre). Je mangeais mon dîner le nez dans mon livre… À chaque classe que je visitais pour leur parler de mon club de lecture, de comment ça allait fonctionner, du type de livre qu’on y lirait, je racontais mon livre, où j’étais rendu et comment je ne pouvais m’empêcher de le lire. Et me voyant aussi accrochée, je pense que ça a donné le goût aux jeunes d’embarquer avec moi.

    L’histoire? Toujours dans un futur pas si lointain, suite à une guerre interne entre les douze districts d’un pays (que j’ai tout naturellement associé aux États-Unis) et sa capitale (Panem), les Hunger Games furent instaurés. Afin que le peuple n’oublie jamais que c’est Panem qui règne, chaque district doit envoyer annuellement un garçon et une fille âgé entre douze et dix-sept ans dans l’arène. Le choix se fait par tirage, mais quelqu’un peut également se porter volontaire. Et que ce passe-t-il une fois dans l’arène? Un carnage. Car un seul jeune en sortira et apportera ainsi l’abondance à son district pendant un an ( car bien sûr, la capitale affame le peuple). Ils doivent s’entretuer au vu de tous car la télé-réalité y atteint son paroxysme, la capitale obligeant les habitants à regarder les leurs mourir. La jeune Prim, douze ans, est pigée, mais sa sœur Katniss ne l’entend pas ainsi, elle se porte volontaire. Depuis la mort de leur père au fond de la mine, c’est elle qui subvient aux besoins de la famille en chassant illégalement et il n’est pas question qu’elle faille à sa mission en laissant sa jeune sœur monter dans l’arène. Et le garçon de son district, qu’elle connait à peine mais qu’elle devra tuer si elle veut revenir, c’est Peeta, le fils du boulanger. Elle a une dette envers lui mais doit revenir pour faire vivre sa famille, qui ni arrivera pas sans elle… Et il y en aura 22 autres à tuer, du même âge qu’elle. On la suit donc dans l’arène où la cruauté des attaques et des pièges inventés par le directeur des jeux pour le divertissement de la capitale est impensable, animale.

    J’ai tellement aimé que j’ai été incapable d’attendre la traduction française des deux tomes suivants (Catching Fire, ou Embrasement en français, et Mockingjay, pas encore traduit), que j’ai lu d’une traite en anglais, m’accordant le plaisir (ô combien cruel le lendemain alors que les enfants se lèvent trop tôt) de quelques veillées de lecture se poursuivant très tard dans la nuit.

    La déclaration, Gemma Malley

    Par la suite, j’ai découvert la trilogie de Gemma Malley grâce aux judicieux conseils de la bibliothécaire jeunesse de la bibliothèque Plateau Mont-Royal. Brièvement, nous sommes dans un monde où la jeunesse éternelle existe. Pour avoir droit à son cocktail de pilules, il faut signer la déclaration, soit une promesse de non-reproduction. Pas d’enfant, sans quoi les richesses naturelles vont s’épuiser trop vite! Je n’ai pas lu le dernier tome qui est sorti à noël et n’est pas encore disponible en bibliothèque, mais je pense que je vais céder à mon envie et aller me l’acheter!

    Et vous, des titres à me suggérer?

  • Premières histoires – Lou et Mouf, Jeanne Ashbé

    Date: 2011.02.07 | Catégories: La maman aime, Simone exige, Vie de tous les jours | Commentaires: 2

    « Un yoyourt », je veux un yoyourt moi » – Simone, 2 ans

    C’est la faute de T’en as plein partout! de Jeanne Ashbé. Depuis que ma Simonette à roulette connait ce livre (ça fait quand même plus de 6 mois), elle réclame son « yoyourt » tous les jours. Elle aimait ça avant, mais là ça frise la folie…

    Laissez-moi émettre une hypothèse sur la raison de cette soudaine passion.

    Lou et Mouf… et les premières expériences de projection

    Cette série, à la fois intelligente et amusante, a fait l’unanimité ici. Elle comprend plusieurs titres présentant tous des événements du quotidien de nos enfants. Créée par Jeanne Ashbé, spécialiste de la littérature pour les tout-petits, Lou expérimente les mêmes situations, les mêmes frustrations, que nos petits. Ceux-ci se reconnaissent dans la maladresse du petit personnage (Oh! C’est cassé!), dans ses excès de colère (Non, pas ça!), ses peurs (Ça fait peur)…  C’est sans doute pourquoi ma petite sauterelle, qui adorait déjà le tandem grâce à Ouh! Il fait noir (qu’on lui lit depuis ses 9 mois, âge où elle s’est retrouvée toute seule dans son lit), reproduit quotidiennement l’action de son héros: manger un yaourt et s’en mettre partout!

    L’identification des petits passe aussi par le physique androgyne, « bébé », de Lou. Ses traits demeurent schématisés et on ne sait trop s’il s’agit d’un petit garçon ou d’une petite fille, ce qui aide grandement la projection. La preuve: j’ai demandé à mon fils si Lou était un garçon ou une fille, réponse: un garçon. Et ma fille elle, qu’en pense-t-elle? C’est une fille, bien sûr.

    Ces petits livres, à mi-chemin entre les tout-cartons et les albums, ont aussi fait mon bonheur personnel. Après des mois à présenter des imagiers (les premiers livres qu’on leur présente appartiennent souvent à cette catégorie et on fait vite le tour du genre), j’étais bien contente d’enfin lui raconter une « vrai » histoire.

    Et dire que maintenant, c’est Crotte de nez, d’Alain Mets que mon grand me réclame… j’en ai mal au cœur, mais ça c’est une autre histoire!

  • Il faut commencer quelque part

    Date: 2011.02.05 | Catégories: À animer, Album, La bibliothécaire aime, La maman aime, Pour rigoler | Commentaires: 1

    Mon chum, un programmeur passionné d’architecture montréalaise (imtl.org), m’a fait remarquer, en me voyant bidouiller dans les paramètres de ce blogue, qu’un adage du milieu dit que si tu publies ton site seulement quand tu es certaine qu’il est prêt, c’est que tu le publies trop tard. D’accord, faisons imparfait et lançons-nous… mais par où est-ce que je commence?

    Je veux parler des livres, des livres pour enfants. Je suis en congé de maternité en ce moment donc je vois moins passer les nouveautés qu’en temps normal (une bibliothécaire jeunesse a l’immense privilège d’acheter pleins de livres à leur sortie). Alors, où trouver mon inspiration? Chéri (après tout, c’est lui le geek qui m’a poussé à partir ce blogue pour se déculpabiliser de passer ses soirées à travailler sur son site), des idées?

    Je suis presque gênée, c’est vrai qu’en ce moment sur nos cartes de bibliothèques ( je gère mes cartes et celles de mes 3 enfants à la bibliothèque de la ville et à BANQ, donc 8 au total) il doit y avoir au moins 40 livres, sans compter tous ceux de ma bibliothèque personnelle (dont je justifie l’ampleur par l’argument choc: mais c’est pour les enfants…).

    Commençons donc par un de mes classiques, à la maison comme au travail. Il est rentré en bonne position dans mon palmarès de livre à animer grâce à Lucie Clément, animatrice de la bibliothèque de l’Assomption, alors que nous suivions toutes deux un cours dans le cadre du certificat en littérature jeunesse. Et j’ai nommé: Aboie, Georges!

    Aboie, Georges! Jules Feiffer, École des loisirs

    À la maison, ce titre m’a servi d’album de transition entre les tout-cartons et les livres d’images à parti de 18 mois environ. Le texte est facile (tout le monde peut reproduire les bruit des animaux, et c’est toujours drôle) et les images épurées facilitent la compréhension de l’histoire chez les petits. En bibliothèque, je l’anime vraiment pour tous les âges. Il m’est arrivé de le présenter à un groupe de garderie de 18 mois tout comme à des « grands » de 2e année. Les animaux restent un sujet toujours prisé par les enfants…

    Georges est un chiot incapable d’aboyer. Il meugle, il cancane, il miaule… mais il n’aboie pas. Sa pauvre mère, au désespoir (soyez attentif d’ailleurs à l’illustration de ce désespoir: à se rouler par terre), décide de l’amener chez le vétérinaire. Celui-ci découvre, en les extrayant, que le chien avait avaler une vache, un canard, un chat… La consternation sur son visage, et sur celui de la mère, est à mourir de rire. Et leur joie est extrême lorsque le chiot aboie enfin. Mais elle sera de courte durée car sur le chemin du retour le fameux Georges fera des siennes et son nouveau cri prendra la forme d’un…  Allez le découvrir directement dans le livre.

    Chers lecteurs, vous découvrirez sur ce blogue que j’adore hameçonner ceux qui s’aventurent à m’écouter parler des livres…

    Au plaisir de vous prendre encore bientôt dans mes filets.

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